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Dans la vie, nous sommes tous doués sur des points précis. Certains savent cuisiner sucré-salé, d’autres larguer par sms, nous avons tous nos talents spéciaux. Mais nous vanter de nos réussites n’est guère captivant. Je ne suis pas là pour vous proposer des cours de développement personnel où chacun transformera sa vie. Déjà, car nos existences auront bientôt un sens tout différent à la suite de l’effondrement et qu’il est plus sain de revenir sur ses failles. Tous ces éléments constitutifs de nos doutes les plus profonds, ces moments de gêne où l’impossibilité de sortir de classe a induit la flaque d’urine sous notre siège et notre défiance face à l’autorité. De mon côté, il y a un domaine où je suis catastrophique. Certainement même totalement inapte. Alors oui, il y a aussi le tir à l’arc mais ce n’est pas forcément le plus handicapant dans la vie. Tout du moins pendant encore quelques semaines. Quand on devra aller chasser les cerfs et autres biches qui envahissent nos villes pour manger, peut-être que je me mordrais les doigts de ne pas avoir maté Walking Dead. Oui, car comme depuis le début de mes essais, vous avez compris que je fais plus confiance au poids des images qu’à toute autre forme pour m’apporter les réponses dans la vie. Certes, il y a des films qui ne nous aident pas forcément. Je viens de tomber sur cette bande-annonce d’un thriller autour d’un tueur en série qui dévore ses victimes par le cul. Pour le moment, mon cerveau n’a pas réussi à placer cette information de sorte qu’elle me serve à quelque chose. Pourtant, une autre de mes faiblesses est la récurrence de mes gastros. Qui m’ont entraîné à ne pas pouvoir sortir de classe assez rapidement, et donc à défaut de mare brunâtre, le port du jogging de la honte. Et de plus jamais porter de jogging. Et certainement d’une aversion certaine pour le sport en jogging. Chaque fil est détricotable à l’infini. À défaut de pouvoir un jour reprendre mon métier désuet qui consistait à organiser des concerts, je deviendrai psy sur YouTube. Je ne me rase plus déjà, c’est un début. 

Où suis-je donc le plus malhabile ? À quel endroit sur terre ma place ne se positionne-t-elle pas ? Je devance les blagues : oui certainement pas sur les bancs d’une église. Vous me mettez derrière un volant et je perds toute confiance en moi. Celle-ci dûment acquise après avoir volontairement passé mon adolescence en me mettant des bâtons dans les roues de la sociabilisation (la décoloration des cheveux est rarement une bonne idée pour la prestance). Il n’y a pas que le volant. C’est tout le concept, les pédales qui heurtent ma motricité, la nécessité de savoir lire une carte ou, à défaut, de savoir écouter un GPS. Prendre la bonne décision au moment opportun. J’ai toujours peur de vouloir faire « pouce » sur l’autoroute : « non, on arrête, y a trop de voitures, stop ». Là-dessus, j’avais eu des signes très clairs dès la petite enfance qui se sont confirmés par la suite. Si l’être primaire n’arrive à effectuer une roulade arrière droite à 5 ans, je crains que certaines actions évidentes du quotidien ne soient complexes. Elle est belle l’école de la République, mais nous avons tous des connaissances que notre cerveau refusera à jamais d’ingurgiter. Pour certain(e)s, les Maths sont une langue, pour d’autres c’est un refus catégorique de passer la frontière de cette logique. De mon côté, la géométrie je n’ai jamais rien compris. Tracer des lignes, visualiser des courbes, se projeter en 3D. Autant dire que mon appréciation des distances est cadavérique et que, combiné aux premiers points évoqués, le tout me renvoie plus au sort de (là j’allais choisir un coureur de Formule 1 pour la blague, mais j’ai l’impression que la fin est souvent funeste. Je ne voudrais porter le mauvais œil, on a déjà assez à faire en ce moment, je ne vais pas me rajouter la mort). Il y avait d’autres matières que mon cerveau refusait d’ingérer, mais honnêtement cela intéresse qui la techno en quatrième ? Non monsieur Ratier (il n’existe pas, mais assez évident à visualiser avec sa salopette tachée de traces de sciure) apprendre à construire un circuit avec des diodes ou un perchoir à oiseaux ou une mini-sonnette n’entre pas dans le champ des compétences que mon esprit souhaite acquérir. Il y a Brico-Dépôt pour tous ces objets et au regard de ma motricité ils seront bien plus réussis par des enfants chinois. Après peut-être que je peux les battre à un concours de Mathématiques par contre. Ces points de détails vont probablement de pair avec la franchise de ma mère n’hésitant pas à me dire que mes dessins étaient moches et qu’elle ne porterait pas mes colliers de nouille en terre cuite.

Comment allais-je m’en sortir alors de cette aversion de la conduite ? Déjà en côtoyant des amis compréhensifs qui, de toute manière, préféraient garder leurs vies sauves que de rechigner à me laisser monter éternellement au siège passager. Aussi, en passant très rapidement le permis et l’obtenir du premier coup quand objectivement le vol est avéré pour me convaincre définitivement de l’arbitraire du système. Et enfin en me cognant tous les Fast and Furious pour me certifier que ce monde de la voiture n’était pas le mien. Ah mon esprit, il est très clair : au permis, on me pose des questions sur la mécanique, cela veut dire que ce monde croit que j’éprouve un quelconque intérêt pour des joints de culasse chromés (je n’ai aucune idée de ce dont je suis en train de parler). Alors je ne suis pas totalement idiot et je me doute que partir en rides à 200 km/h ou effectuer des casses n’est pas la première de nos actions dès l’obtention du papier rose. Cependant, le Québec, toujours prompt à mieux nous aider sur le chemin de la vie ont traduit tout cela en Rapides et dangereux. C’est clair que ces films ne sont pas la meilleure des promotions pour la Sécurité routière. Dans Fast and Furious, on parle de gang, de courses de rue ; les mecs portent des marcels et des muscles. À peu près tout ce que je ne possède pas. Tout du moins si je montais un gang avec mes ami(e)s à part terroriser quelques maternelles en vélo, je crains que nous ferions assez vite chou-blanc. Les films égrènent les runs et le vol d’argent avec des nouvelles voitures au nom de Mazda RX-7 ou Toyota Supra qui me renvoient dans un monde totalement parallèle. Il faut se rendre compte que moi, à part la R5 ou la Fiat Punto, je ne connais pas grand-chose. Bien à propos l’adaptation franchouillarde de tout cela existe déjà, mais Samy Naceri dans Taxi cela ne me procurait pas une immense fierté hexagonale.

Car tout est moins bien. La voiture va moins vite, les héros (Frédéric Diefenthal s’il vous plaît) ont moins de charisme. Franchement, j’ai plus de sensation avec la coccinelle à Monte-Carlo que ces andouilles à Marseille. Même les bandes-sons ont moins de gueule. Nous, on récupère toutes les faces B non enregistrées des derniers de la classe de Skyrock, eux la jouent à l’américaine : ambiance beats-tunés et balades au piano pour la chialade. De l’huile de vidange et des larmes de crocodile. Même dans l’évolution et les tracas de la vie nous ne pouvons comparer les sagas. Quand Paul Walker décède tragiquement (ce n’est pas un spoiler, il est mort dans la vraie vie de sa vraie voiture), Fast and Furious boucle un épisode avec supplément d’émotions, scène tournée avec des effets spéciaux pour symboliser l’adieu et chanson de Whiz Khalifa. Nous, quand Samy Naceri sombre dans l’alcool et la drogue et était incarcéré pour la promotion du quatrième pour injures et violences, on file la saga à Franck Gastambide qui le remplace par Malik Bentahla. En guise de chanson, on a un slam de l’ancien pilote avec son chien qui contraste un peu niveau envolées lyriques. Pour votre étude comparative, les deux morceaux :

Toute la saga ne m’aura pas donné envie de chausser mes gants pour un coupé sport. Alors que pourtant ils ont fait des efforts avec pas moins de bientôt onze films au compteur. Pour un type comme moi qui aurait eu peur lors d’un contrôle technique de ne pas savoir répondre, autant dire que voir tous ces chauffards ne jamais rentrer au garage et ne pas compter leurs points a un effet galvanisant. Fast and Furious me donne l’impression d’aller vite, même plus vite que les personnages un peu idiots. Je comprends avant eux la résolution de toutes les intrigues. La magie du cinéma ne se retrouverait-elle pas là-dedans ? Nous permettre l’espace d’un instant d’être tout ce que notre ADN et constructions sociales ne nous permettent pas. Ce soir, je regarde Forte avec Melha Bedia et Valérie Lemercier sur une femme en surpoids qui, pour mieux séduire des hommes, va se mettre au pole dance. Au rythme de mon télé-travail sur canapé, je vais peut-être pouvoir m’acheter une barre cependant pour rattraper la fiction. En pensant à tous ces automobilistes qui ne pourront bientôt plus démarrer la batterie de leur voiture, restée aussi inactive que mon fessier depuis un mois.

À demain à 1000 à l’heure sur l’autoroute de nos nouvelles vies.

Jocelyn Borde