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— SEXITᚏ JOUR 38

Une des cicatrices

By 23 avril 2020 No Comments

Mikaëlla, banquière de 32 ans est confinée avec son mari M. et leurs trois enfants. Guérie du Covid-19, elle a retrouvé le goût et l’odorat et se découvre en manque de sexe et de ses amant.e.s. 

Épisode 3

Jeudi 24 avril  – 14h25

À mi-confinement, en préparant un cocktail et taillant des citrons, je me suis coupée. Une bonne entaille dans le poignet, du sang, pas de nerf touché, une compresse, du sang, un sparadrap, du sang, qui ne s’arrête pas. Finalement, ça se stabilise, la blessure sèche, puis le sang durcit. Le sang séché entame sa mue vers une excroissance qui, dans la durée vaseuse du confinement, tombe. Il reste une marque rouge et la ligne blanche de l’incision en dessous. Une cicatrice qui vient s’ajouter aux autres. Deux sur la main gauche, une sur le tibia, une sous le menton, une sur les fesses, trois sur le pied gauche, une au coin de l’œil droit, une sur le front, et une vraiment conséquente dans mon cœur : A., un amant que j’aime beaucoup, que je n’arrive pas à quitter. Il a comme le sang bleu. Son sang ne fait qu’un tour. C’est une foutue maladie auto-immune. Des fois, ses plaquettes disparaissent. Au moindre contact sa peau bleuit. Si je l’empoigne au moment de jouir, il garde des traces pendant des jours. Il a une femme alors pour ne pas laisser de traces quand je viens, je dois me servir des surfaces non-A. : j’arrache, je mords tout ce qui se trouve sous ma main ou sous mes dents. J’ai déchiré des draps, fait tomber un tableau et la bibliothèque dans sa suite, arraché un pommeau de douche, mordu une table, une bougie, cassé des verres. A. m’entreprend toujours par derrière. Il me tient par les hanches et ne se gène par pour serrer, lui. La première fois, c’était dans un café un soir d’été. Je le connaissais vaguement par l’école. Il y a eu la fête de l’école, les parents qui se retrouvent. On boit un peu plus que d’habitude. CE soir-là, rien. Mais le lendemain, à l’autre bout de la ville, un bar sénégalais avec des Guinness de 1,5 litre par personne, et une collection de whiskies atroces mais assommants. On se reconnaît à peine. Je suis avec des collègues pour le port de départ.

J’ai regardé un film en famille hier soir et j’ai pensé à lui et à des moments avec lui. Dans ce film, il y a un personnage maigrelet presque chétif, pas très beau, mais les yeux rieurs, légèrement mal dessiné, légèrement repentir. J’aime bien le rayé, le griffonné, le raté, ceux que la création ou la génétique ont foiré. A. c’est tout ça, une petite tête en plus sur un corps bizarre, mais une belle queue. D’habitude, je dirais sexe mais pour A. c’est Queue. Pas qu’elle soit spécialement imposante. D’ailleurs, cette obsession des hommes et de quelques femmes pour le mesurage m’est bien étranger.

C’est juste qu’elle était présente la queue de A., sensible, intelligente, maligne. Je pense à elle en regardant ce dessin-animé. D’un soir à un autre soir quelques années avant, il était tard. Il n’a pas dit un mot. Il m’a regardé longtemps. Il s’est dirigé vers les toilettes. Je l’ai suivi.

Depuis trois semaines, j’observe cette petite blessure sur mon poignet. Je la vois changer d’état et je vois la peau retrouver sa situation pré-blessure. Pour A. ça ne marche pas. J’aime son sang bleu, et je ne guéris pas. Alors je regarde ce film en confinement en famille et c’est encore cette mélancolie sourde érotique qui monte, une tristesse mélangée d’excitation. Je vois ce personnage dessiné et je pense à la queue qui m’encule si bien en toutes circonstances. Quand je l’ai accompagné pour aller acheter une voiture d’occasion un jour à un boucher et qu’on s’est retrouvés à rouler dans cette voiture pour sa famille. On s’est arrêtés le long de la voix de chemin de fer. Un jour d’été humide. Il m’a embrassée longtemps. On, s’est si bien embrassé.e.s que j’ai eu terriblement envie de lui encore. Je me suis retournée, j’ai baissé mon jean à mi-genoux  et j’ai senti la carrosserie chaude (c’était une voiture noire) contre mon ventre. Il m’a d’abord entreprise dans le sexe et se retirant un moment, est reparti dans mon cul. Tout doucement, subtil avec son gland glorieux. Je pensais que ce serait sec mais c’est comme si mon cul mouillait, comme si A. et sa queue me touchaient le clitoris par le cul. Un train est passé vite au moment où tout a vite explosé. Des passagers ont dû nous voir, A. en transe et mon visage déformé comme un tableau de Bacon. À la fin du passage du train (sorte de cyclone sonore) et dans le silence du souffle de cette machine de fer, j’étais défaite et le sperme d’A. qui m’avait remplie tandis que je jouissais, commençait à couler entre mes fesses. Voilà pour une des cicatrices.

Mikaella S.

PS : Si vous vivez une situation similaire, écrivez-moi à survizine@gmail.com qui transmettra. Anonymat garanti.