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Thérapie-survie - SURVI
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— SEXITᚏ JOUR 31

Thérapie-survie

By 16 avril 2020 No Comments

Je m’appelle Mikaella S. J’ai 32 ans. Je vis avec M., mon compagnon, nos trois enfants, L., R. et P. (issu d’un premier mariage de M.). La génétique nous a donné de la beauté et du charme, et j’en profite bien, enfin, j’en profitais bien jusqu’au 17 mars. On est le 16 avril, il est 14h15, je suis en manque de sexe. 

J’ai été contactée par SURVI pour faire de petits films autour de la situation d’enfermement. Je suis vidéaste, mais, mise au pied du mur d’une commande, toutes les idées malicieuses que j’ai d’habitude sont restées tapies quelque part en moi. J’ai pensé faire un film d’animation avec des pommes de terre, des dominos et les enfants. NON. J’ai pensé mettre en musique et en images ces drôles de voisins en face qui ne ferment pas leurs rideaux la nuit. NON. Alors je vais écrire mon manque de façon anonyme. Mikaella n’est pas mon vrai prénom. Mais ça pourrait y ressembler. Je travaille dans une banque éthique. Je suis une banquière. Jusqu’au confinement, j’accordais des prêts autant que je le pouvais. Et j’avais des amant.e.s. 

Depuis six ans qu’on est ensemble, M. et moi, on s’aime profondément. On a su assumer nos ombres, on a appris à laisser le sol se dérober sous nos pieds, à laisser venir le ressac quand c’est nécessaire. On se chérit et on se regarde mutuellement avec candeur. On a toujours bien fait l’amour, au moins une fois tous les deux jours et le magnétisme réciproque opère autant depuis le confinement. Ou plus exactement depuis que je suis guérie du COVID-19. Ce qui me manque, ce sont mes amant.e.s.

M. est un homme très intelligent et façonné comme une effigie étrusque, allongé et tendu. Dès qu’il fait un pas pour quelque raison que ce soit (attraper un maté, ouvrir une fenêtre), il danse, grave et joyeux. Et quand nous parlons et qu’il m’écoute, ses yeux noirs résolus et calmes figent l’air de leur densité. Quand je le vois le matin, mes réseaux sanguins affluent, mais depuis que j’ai retrouvé mon goût et mon odorat, mes amant.e.s me manquent. 

M. ne me connaît pas cette ombre. S’il découvrait ma vie de sexe en dehors de notre relation, il me quitterait — immédiatement. D’ailleurs, fidèle à sa plastique, il est droit comme un I en amour aussi. S’il venait un jour à sentir une quelconque attraction pour quelqu’un d’autre que moi — une femme —, il se poserait à une table, m’écrirait une longue lettre, ferait sa valise, organiserait la garde alternée et déménagerait, sac de sport de Hockey en main. Je crois que M. ne me connaît pas complètement même si parfois je me trahis gentiment. Mais vous, Anonymes, je peux vous raconter, je peux — et j’en ai besoin si vous le voulez bien. Je ne sais pas où ça va. Je n’ai rien prévu. Je découvre. C’est excitant.

Je commence demain, thérapie-survie. 

Si vous vivez une situation similaire, écrivez-moi à SURVI qui transmettra. Anonymat garanti.

Mikaella S.