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La vie est parfois traversée par des pages blanches. Des moments où l’inspiration ne pointe pas le bout de son nez. Je suis là devant mon ordinateur, à courir ce marathon du confinement solidaire de la connerie et me voici légèrement en berne. Je songe à Édouard Philippe, après avoir vu une dernière photo parue sur Instagram. Oui, chacun a les abonnements qu’il veut. L’homme seul, avec des failles, la chemise ouverte, qui prépare les devoirs pour l’Assemblée nationale. Quand vous lirez ce papier, on saura s’il a bien travaillé (tout du moins, on aura eu des indices sur un devoir rendu et construit en bonne et due forme, ou une improvisation totale). Nous nous approchons de la fin de cette odyssée. Je ne parle pas de notre civilisation mais de ces chroniques lunaires qui verront leur épilogue la semaine prochaine. Alors, pour nous préparer au monde où l’on ne rigolera plus, j’ai décidé de parler survivalisme. Des êtres qui illuminent notre quotidien et nous donnent la marche à suivre en se préparant à se confiner dans des bunkers et manger des conserves de kebab depuis plus de dix ans. Je ne dis pas qu’il faille suivre les yeux fermés des leaders d’opinion. Mais comme notre gouvernement et tous les scientifiques n’ont aucune idée de comment se sortir de cette crise (à part prendre le volet économique du « il faut retourner au travail, la décroissance est néfaste »), je me dis qu’il faut certainement songer à toutes les solutions. Et nul doute que ces YouTubeurs qui testent des rations tel le hamburger en conserve et mangent du placement de produits ne sont aucunement notre salut. Théorie de l’échec.

Pour se rassurer et évacuer les situations anxiogènes, il y a la théorie du pire. Tu regardes plus grave que ce qui te tombe sur la tronche. Cela ne marche pas quand tu es en retard d’impôts, ceux qui ont l’ISF en sont débarrassés et n’ont pas de soucis de trésorerie. Dans notre cas où l’on est confiné et prêt à sortir vers l’inconnu d’un mal réel et invisible (où surtout personne n’a l’air guère préparé), on se retrouve tous projetés au moment du bal de fin d’année à 16 ans où l’on est censé inviter son/sa cavalier(e). Pétrifiés, nous repensons à Hartley, Cœurs à vif et l’on s’avoue : eux, ils ont traversé pire qu’une simple humiliation, il y eut des drames, des pleurs et Drazic a dû mûrir. Pour ce climat particulier, il y a la solution des films catastrophes. Présentement, nous avons une chance de nous en sortir. Ce qui est nettement plus important que dans le cas d’Armageddon. Là, clairement, une météorite géante attaquait la Terre et la seule idée restante était d’envoyer une équipe de bras cassés perforer celle-ci. Avec à sa tête Bruce Willis qui découvre que le gars qui fornique avec sa fille est dans l’expédition (et Bruce il est un peu en mode protection paternaliste vieille école dans celui-là). Pour couronner l’impossible, personne dans l’équipage n’était astronaute mais spécialiste du forage pétrolier. Ce film nous disait en gros que notre seul salut c’était Total et des types tellement inaptes à la vie en société qu’ils avaient choisi de vivre loin de tout et détestant l’espèce humaine. On envoyait en opération à cœur ouvert des types qui savaient creuser des tunnels dans leur purée. Quelque part une artère cela ne doit guère être différent. Vous voyez la théorie du pire. Perso, voir des films de fin du monde avec des vagues géantes et des décès en pagaille sans une once de zombies ou autres invasions, cela ne m’excite guère en général. « Un virus, il tue tout le monde, ne vous aimez pas sans protection ! ». Même avec une musique catastrophe, je n’aurais pas envie de voir ce film. C’est bon j’ai déjà vu Philadelphia (qui est une œuvre importante au-delà de la blague). De même pour les catastrophes naturelles : des dinosaures qui s’échappent d’un parc et vont massacrer le monde perdu, je valide. Des villes qui meurent à cause du dérèglement climatique, j’ai envie de dire que ce n’est pas comme si cela s’annonçait surréaliste. Je crains donc ne pas trouver de comportement adéquat à adopter dans ceux-ci. Le Jour d’Après, cela ne nous apprend rien si ce n’est que tout est de notre faute. Visiblement, nos habitudes de consommation provoqueraient cette bombe à retardement. Si je voulais qu’on me fasse la leçon, c’est gratuit et non 15 euros avec du pop-corn. Les schémas de ces films reposent de plus souvent sur le même principe : des groupes de gens ne se connaissant pas s’entraident sans deviner que, dans cette nouvelle micro-société créée, subsiste un traître. Et à l’intérieur de ce groupe un père de famille qui ne s’est jamais trop occupé de ses enfants mais qui profite de la fin du monde pour se dire « si je faisais un acte héroïque, cela effacerait tous les anniversaires, Noël, rentrées ratés ». En même temps, c’est plus efficace que l’achat d’une voiture pour les 18 ans. Et sauver ses enfants d’un bloc de glace est moins polluant. Comme dans tout bon film d’horreur, on attend de ces personnages qu’ils aient un comportement totalement idiot. C’est la théorie du plus con. Pour nous rassurer sur nos réactions en cas de crise, cela fait du bien de voir des crétins. Cela nous conforte sur notre propre intelligence « c’est certain que je n’aurais pas fait ainsi ». Qui s’arrêterait pour demander son chemin dans la campagne de Massacre à la tronçonneuse ? S’il y a un tueur en série tels ceux de Scream ou Vendredi 13, la dernière chose à faire est de partir de soirée seul(e) pour aller se balader dans les recoins d’un couloir sombre.

Dans les films d’angoisse, il n’arrive que des malheurs, mais à seulement un groupe de personnes. L’effet produit est donc qu’on peut regarder ces bandes se faire massacrer ou la mère de Michael Myers continuellement se faire pourchasser : nous ne sommes pas concernés. On balaie devant notre porte. C’est probablement ce qui angoisse un grand nombre dans la situation actuelle (je ne vaux guère mieux) : on est tous touchés potentiellement par une perspective de complications et soumis pour nous protéger au bon vouloir de décideurs en qui il n’est pas évident d’avoir confiance. Même les gens censés nous soigner n’ont aucune idée de la suite. Toute la théorie selon laquelle si l’on travaille bien à l’école, rien ne pourrait nous arriver est donc fausse. Et ce n’est pas comme à la récréation : si on se trompait de chef de bande, on pouvait toujours changer en cours de route. Si Jean stagnait en taille de CE2 à CM1, nous n’étions pas obligés d’attendre un quinquennat. Quand ce fut Gertrude la plus forte, nous n’avions aucune peine à gicler l’ancien despote qui n’avait qu’à manger plus de soupe ou se caler des vis dans les jambes pour grandir. La révolution était à portée de jet de purée à la cantine. L’école nous a appris à survivre dans la jungle, pas à respecter les consignes. Est-ce que savoir que notre salut repose sur la capacité des enfants de plus de 6 ans à se laver les mains est plus angoissante ? Repensons à notre école élémentaire : vos mains vous paraissaient-elles propres en rentrant à la maison ? Nous sommes foutus.

Les théories du pire et du plus con s’adaptent à celles et ceux qui sont censés tirer les leçons de nos erreurs. Toutes leurs familles sur trois générations ont permis cette destruction lente et méthodique de la planète et un film catastrophe généralisé. Je serai enfant en ce moment, il est certain que je ne compterais plus que sur moi-même pour m’en sortir. C’est la théorie du Monde de Narnia de demain. Pour la première fois dans l’histoire de la civilisation, les adultes devront rendre les armes. Enfin nous allons arriver à cet instant où l’on avoue : personne ne sait rien et ne comprend précisément ce qu’on doit foutre ici. Nous commencerons par écouter ce que les plus jeunes générations ont à nous dire car, objectivement, dans le sens inverse c’est un échec permanent. Comment faire de notre mieux pour que, dans tout ce bourbier cosmique, ils soient mieux armés intellectuellement et émotionnellement que nous à gérer ce champ de ruine ? Car eux, les films catastrophe et d’horreur cela ne les aidera plus. La théorie du pire et du plus con, ils l’ont eue en direct à la télévision dès leur plus jeune âge. Cela s’appelle la réalité des discours au Sénat. Il faut encore croire à la magie, aux trésors des pirates, aux aventures que l’on se crée. Notre monde imaginaire, nous l’oublions trop vite. Pourtant, ce sont les enfants arrivant à garder cette lueur d’espoir qui seront la solution. C’est la théorie des Goonies. Une bande de gamins qui, à 8 ans, ont sauvé leur quartier et des acteurs et actrices qui, cheveux blancs et fossettes grandissantes, se retrouvaient hier en visio. Non pour partager leurs souvenirs d’un temps insouciant de boomers mais réfléchir à comment rêver et aider dans la suite de nos existences. Les Goonies sont de retour et je ne peux croire à un monde où les gamins de tous horizons ne pourraient vivre des aventures incroyables comme les leurs.

À demain pour la construction de toboggan d’intérieur et de plage à domicile. Visiblement va falloir ruser pour les jeux d’été. Théorie de la débrouille.

Jocelyn Borde