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À ce que je viens d’apprendre, ce week-end il ne va pas faire soleil à Tours. Déjà que je suis déréglé, si en plus le chef du climat nous cale une douille gigantesque sur les possibilités de boire ses petites bières au soleil un samedi je suis colère. Vous me direz, cela ne change pas de l’ordinaire. C’est souvent quand on ne travaille pas qu’on se prend la pluie. C’est cyclique, les mauvaises nouvelles reviennent toujours. Franchement, le confinement ne bouleverse pas mon for intérieur. Enfin il modifie ma flore intestinale : j’ai beau manger des yaourts au bifidus, je constate. Mes crottes sont gigantesques, elles sortent toutes de l’eau après évacuation. Du coup, je me demande si je suis le seul dans ce cas ? Est-ce que le manque de marche produit des étrons de cette taille ? Ou alors est-ce l’alarme de mon cerveau pour bien me rappeler les changements. Je crois que je commence à dérailler, je tente de me rappeler du monde d’avant. Je ne sais pas si les lecteurs de SURVI viennent sur ces pages pour des considérations de la sorte. Je vais me reprendre, je vous promets. Si je bois plus de bières artisanales, avec toute la fermentation, cela fera contre-balance ?

Comment je vais l’occuper ce temps pluvieux ? Certes, il y a toujours les films, source inépuisable de réflexions pour mon cerveau. Il m’en faut plus, je ne peux plus me contenter de films français lambdas. Alors oui je pourrais me lancer sur une analyse de la filmographie de Kev Adams et évoquer comment il a confondu désir de maturité et rébellion toujours adolescente. Pour son Tchao Pantin, il a participé à un film dont le pitch consistait à monter des braquages de banque pour aider un pote cancéreux. Ensuite, le clou du spectacle Gangsterdam où là Kev carrément va à Amsterdam et deale de l’herbe en faisant des blagues sur le viol et les gays, c’est trop rigolo. Une évolution ratée. On ne peut que constater cependant son confinement cinématographique, bloqué ad vitam aeternam à rejouer Aladin et permettre à nos comiques français en manque de visibilité de cachetonner. Mais idem, les Éric et Ramzy ou Jamel se trompent de cible. En voulant adapter leurs audiences fuyantes en participant à ces raouts de comiques, ils croient capter la nouvelle audience reine du marché : les jeunes sur Instagram. Sauf que là encore Kev est le mauvais cheval. En fait, j’ai de la peine pour lui, tout le cinéma comique français l’a fait tapiner sans que personne ne lui paie au moins un cocktail. À dire vrai, je n’ai rien contre lui, j’ai même trouvé admirable sa dernière décision. Avant la scène de ménage en direct de la cuisine de Raphaël durant un concert live (où l’on constate tout le mépris de l’homme au foyer qui bosse là avec sa communauté, excusez d’apporter un peu de magie devant ses basses considérations d’alimentation), il a annoncé arrêter ses tentatives journalières sur la plateforme. Non pour un manque d’imagination ou de wifi, non, simplement pour défaut de public. Ah les journaux pour parler de la fracture numérique et du décrochage scolaire d’un tiers des inscrits y a du monde, mais pour évoquer le dédain face à la star des ados d’il y a 10 ans il n’y a plus personne. Non, Kev Adams porte en lui le syndrome du « les techniques des Américains, on ne peut les exporter dans l’entertainement ». Il n’y a qu’un Will Smith qui est passé du Prince de Bel Air à Independance Day sans heurt et qui arrive à rapper en plus de sa participation aux films sans être trop ridicule. Nous, on sent les ficelles de la SACEM. Pire, je crains que nos ados, ils ne soient pas si dupes que l’industrie veut bien le croire.

Alors le monde est en train de changer, mais attention : les grands groupes qui ne paient pas leurs impôts vont continuer à trafiquer même après des dons pour les masques. Bernard Arnault de LVMH sabre son salaire de deux mois. Pas d’inquiétude, en 2019 celui-ci sans dividende s’élevait à 2,2 millions d’euros. S’il a eu quelques cours de placements économiques, il devrait s’en sortir. Les adolescents ont eux cette cruauté dans l’inconstance, peu importe le sens de la rotation de la planète. Les stars d’hier ne sont pas celles de demain et il est impossible de capitaliser sur un suivi de carrière. Après qui reprocherait aux ados de grandir (à part Woody Allen ?). Mais pour une Lorie qui a réussi à se réinventer en se tapant Garou puis en participant à des séries sur TF1, combien de Billy Crawford sont laissés sur le bord de la route ? Les Américains toujours prompts à nous aider ont la solution. Pour ne pas laisser périr les idoles de jeunesse, jouons sur la nostalgie. Les pré-pubères grandissent, et il faut les laisser se cogner aux parois de l’existence pour mieux les récupérer à terre. En France, cela a semi-marché mais on a trop basé la réflexion sur le modèle Stars 80. Comme nos décideurs de l’industrie culturelle n’ont toujours pas compris que la variété ne régnait plus en maîtresse, ils ont voulu apposer ce schéma « croisière de has-been » à tout ce qui se vendait. Dans la musique, des tournées de rappeurs des années 90 « L’âge du rap Français » furent montées, où se réunissaient ceux n’arrivant pas à gagner un featuring et un partage Twitter par des minots de 20 ans. C’est comme si, dans un épisode des Power Rangers, toutes les couleurs qui ne pètent pas type caca d’oie ou blanc (quand t’es un combattant ninja, le blanc se salit hyper vite avec les cascades) faisaient alliance. Forcément, le robot qu’ils construisent en établissant la transformation, il prend un peu l’eau de partout. On rêve trop petit. Nos alliances sont aussi peu inspirées que le retour de Manuel Valls en politique, les combines dans notre cinéma sont beaucoup trop visibles. Aux États-unis, ils sont audacieux. Il fut annoncé hier le retour de deux séries phares de nos époques lointaines : Sauvés par le gong et Punky Brewster. Pas de tentative de rendre cool ce qui fut. Non, ces sensations sont mortes et enterrées ; alors dansons sur ces cendres et tentons au moins de rallumer une clope avec les restes de combustion de sympathie.

 

Pour les souvenirs, Saved by the Bell (je me la joue ricain) était une série sur des teenagers qui passaient leur temps à se draguer et où le chef de bande était l’énervant Zach. Épuisant, car du haut de sa mèche blonde il avait toujours raison et était adoré de tous malgré son statut de cancre. Avec ses cinq autres amis (composés malignement d’un hispano baraqué, d’une blanche canon bourgeoise, d’une noire et d’un geek débile symbolisant le puceau), ils vivaient des aventures au sein du lycée et on suivait leurs évolutions. Une fois que les quatre saisons furent passées, nous avons pu assister à la remise de diplôme et même à un mariage, il était temps de les abandonner. Quatre saisons plus tard, les producteurs savaient que ces personnages devant gérer le dépôt des enfants à la crèche n’intéresseraient plus personne. Une des actrice a par exemple tenté de sauver son statut de star de basse-cour de goûter et a opéré le virage à 180 direct dans le mur. Elle a trop poussé le désir de maturité en interprétant le rôle-titre de Showgirls, le film le plus sous-estimé d’Hollywood sur le destin d’une strip-teaseuse qui, au-delà des strings jetés par terre, est une critique acerbe du rêve américain et du fric tout puissant. Donner une leçon sur la cupidité de ce pays en mettant en avant le pouvoir de la féminité et du droit de disposer de son corps, Weinstein ne l’a pas laissé passer dans les années 1990. Pour Sauvés par le Gong, les producteurs ne capitaliseront donc pas dessus immédiatement. Ils attendront que le public grandisse, devienne à son tour adulte, doive aussi se coltiner des ados qu’ils ne comprennent pas. Et comment faire alors pour revivre ce moment chéri où l’on est tout seul chez soi et on dévore ses BN devant la télé (avons-nous ressenti de sensations plus rassurantes dans la suite de nos vies) ? En ressuscitant ces personnages. Contrairement en France où les calculs sont trop visibles, le plan est ici machiavélique. Les acteurs présents n’ont plus aucune gêne à intégrer de nouveau la série ou sont même tristes de ne pouvoir en être. Leurs carrières fut en même temps parsemées de présentation de programme de type Danse avec les stars, de sextape pour Screech que personne n’a envie de voir ou de troubles bi-polaires qui n’aident pas dans le Twitter game. Il n’y a pas de reformation grossière comme vu précédemment, ce n’est pas le banquet des anciens élèves. Non ces personnages révolus, pour qui la tendresse et l’affection est présente tant ils ont raté leurs vies à notre instar, participent à une nouvelle histoire. Avec des codes de la nouvelle génération (visiblement, c’est toujours le blondinet à la mèche trop pendue qui est le héros dans les écoles américaines), sans trop comprendre ce qui leur arrive. Ils sont aussi largués que nous et n’essaient pas de faire semblant. Le monde du travail est cruel, même dans le divertissement. Si notre entrée dans le monde actif fut aussi chaotique, voir que les gloires de notre insouciance galèrent autant a un pouvoir galvanisant. Ne pas les accoler à des vedettes actuelles mais des futurs has-been a un effet paradoxalement réconfortant qui plus est.

La passe de deux est même réalisée avec le concept de l’enfant star. Punky Brewster était la gamine dont nous étions tous amoureux (car nous étions aussi des enfants, ne voyez pas le mal partout). Il y avait toutefois un trait de filiation étrange dans ces séries américaines de l’époque qui, comme Arnold et Willy, avait pour base la mort des parents. Punky était une orpheline, recueillie comme un chaton par un vieux monsieur qui avait pour meilleur ami son chien Bandit et ses baskets fluos. Elle était la définition du cool, sautait par la fenêtre pour vivre des aventures et représentait l’enfant que nous n’étions pas. Déjà car nous on avait des parents pour la majorité qui ne cessaient de nous emmerder en « s’occupant de nous » et aussi car elle avait la répartie d’une performeuse de stand-up niveau contrat de diffusion en exclusivité sur Netflix. Son come-back est donc également au programme. L’actrice a évidemment grandi et les producteurs sont toujours particulièrement malins pour l’identification. Elle est désormais mère, célibataire et doit gérer ses trois enfants (si elle a l’air de bien s’entendre avec le père, comme tout bon paternel dans nos sociétés il ne les supporte que quatre jours par mois). Là aussi, les Américains ont compris que rien ne servait de tricher. Les enfants que nous étions qui rêvions d’indépendance (combien comme moi ont jalousé Macaulay Culkin de se voir abandonné par ses parents lors de vacances de Noël et de pouvoir profiter de la maison tout seul à 6 ans pour y mettre le feu en voulant se faire chauffer du lait) ont grandi. Désormais, nous rêvons que les enfants nous laissent à notre tour cette indépendance et de pouvoir de nouveau avoir la maison seul pour accueillir les amants (ou juste glander devant la télé en slip, le Martini et les olives ayant remplacé les frosties et les produits laitiers). Punky Brewster comme Sauvés par le Gong ne s’adressent plus aux jeunes générations. Déjà car elles n’en ont que faire de vieilleries qui sortent du tube cathodique mais aussi car le nouveau propos est ciblé sur toutes les névroses que nous avons gagnées au fil des décennies. Difficulté à paraître cool pour arriver à coucher, comment gérer sa progéniture en inventant d’autres erreurs à l’inverse de celles de nos parents pour se diversifier, comment concilier vie privée et devoirs familiaux ?

À lundi car si je ne vais pas aller embêter les urgentistes pour mes réflexions stomacales, Doctissmo n’est jamais fermé et je vais pouvoir lancer un nouveau sujet de discussion. Moi aussi, comme Punky Brewster, je dois me prendre en main. Par contre, j’ai jamais eu le droit d’avoir un chien. Elle avait de la chance d’être orpheline !

Jocelyn Borde