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Silo de Hugh Howey (éditions Actes Sud, 2012)

Quand on y pense, c’est rigolo de constater à quel point les histoires de virus et de confinements étaient revenues à la mode ces dernières années. Il devait y avoir quelque chose dans l’air qui faisait que, inconsciemment, chacun sentait le coup venir. (Bon, je dis ça, mais moi, sur le moment, j’avoue que je n’ai rien vu. Il est toujours plus facile de proposer une lecture des événements après-coup.)

Aujourd’hui, encore un drôle destin pour un roman de science-fiction sorti en 2012 : Silo de Hugh Howey. L’histoire : dans un futur très lointain, les humains sont enfermés dans un énorme silo enfoui sous terre. Ils vivent là-dedans depuis si longtemps qu’ils ne se souviennent même plus de l’origine de leur confinement. Grâce à de petites caméras plantées sur le haut de leur silo, ils savent que l’air en surface est irrespirable — et qu’il ne sert à rien de vouloir aller faire un footing, même avec une attestation. Depuis des siècles, l’organisation du silo est parfaitement réglée. Tout roule en autarcie (une sorte de Biosphère 2, mais en version qui marche), jusqu’au jour où…

OK, ok, aujourd’hui, je ne vais pas spoiler, vous lirez la suite en découvrant le roman. D’autant plus que le livre a rencontré un tel succès qu’il a eu droit à deux suites : Silo – Origines et Silo – Générations.* Pourtant, cette publication avait été dès le début compromise. Quand Hugh Howey a proposé son texte, tous les éditeurs l’ont refusé. Selon eux, personne n’avait envie de lire les aventures d’humains stockés dans des silos en attente d’un réensemencement de la Terre quand le moment sera venu. (zut, là, j’ai un peu spoilé quand même…) Mais l’auteur n’a pas lâché l’affaire. Il a autopublié son texte en version numérique. Résultat : 500 000 lecteurs. Du coup, les éditeurs classiques sont revenus penauds vers l’auteur en lui proposant de publier son livre.

Il y en a eu quelques-uns, avant Howey, qui ont eu de sacrées intuitions pandémiques. L’écrivain Dean Koontz a écrit en 1981 un roman intitulé Les yeux des ténèbres* dans lequel un virus mortel mis au point dans la banlieue de Wuhan est baptisé le Wuhan-400. En 2015, l’écrivain Franck Thilliez décrivait dans son polar Pandemia* une épidémie mondiale d’un virus qui ressemble à la grippe et dont le récit de sa propagation ressemble à ce que nous vivons actuellement. Et puis il y a Les Simpson (parce qu’en matière de prémonition, il y a toujours Les Simpson). En 1993, dans l’épisode Marge à l’ombre, Homer commande un presse-agrumes par correspondance. L’ouvrier qui emballe l’ustensile en Chine tousse dans le colis : il a une mauvaise grippe. Lorsque Homer reçoit son colis, il l’ouvre et tombe aussitôt malade. Et virus chinois se répand comme une traînée de poudre dans tout Springfield… D’oh !

* Tous les livres chroniqués dans mes articles ont été lus par votre serviteur… sauf quand cela est précisé que non par un petit astérisque. Vous l’avez donc compris : je n’ai pas lu les deux suites de la série, ni Les yeux des ténèbres, ni Pandémia.

Jean-François Kierzkowski

Illustration : Marek