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— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 37

Santiago, de la crise politique à la crise sanitaire

By 22 avril 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

À Santiago, de la crise politique à la crise sanitaire

Il est de ces pays incontournables, pour qui aime écrire et voyager. Il est de ces pays dont la culture a traversé les continents et dont les artistes ont marqué leur époque. Gabriela Mistral, Luis Sepúlveda et Pablo Neruda, par exemple. Vous l’avez deviné ? Aujourd’hui on s’envole pour le Chili. Alors que l’Amérique latine semblait pendant un temps avoir échappé à la pandémie, le continent est désormais lui aussi largement impacté par le Covid-19. Mon premier colocataire à Chengdu, José, vient justement de rentrer se confiner à Santiago. Voilà une bonne occasion de lui rendre visite.

« Il y a encore pas longtemps j’étais à Varsovie, en Pologne, pour mes études. Tu sais, les pays d’Europe de l’est, ça ne plaisante pas », me dit-il. Et pour cause, début mars, le gouvernement polonais prévient deux jours à l’avance du début de la quarantaine qui durera jusqu’à fin mai. En apprenant la nouvelle, José fait son sac pour rentrer au bercail. « Je suis d’abord passé par la France, voir un copain à Poitiers. » On est alors le 13 mars, à la veille des élections municipales. « J’ai ensuite pris un avion pour São Paulo (Brésil) et je suis arrivé à Santiago. » Obligé de passer par la quarantaine, il loue un appartement dans le centre-ville de la capitale. Il y réside toujours aujourd’hui.

L’année dernière, le Chili a été largement secoué par un mouvement social contre l’augmentation du coût de la vie et des inégalités. Le 25 octobre 2019, plus d’un million de Chiliens étaient dans les rues pour demander la démission du président Sebastián Piñera. « C’est très bizarre ce qu’il se passe ici, m’avoue José. Ces mêmes personnes contre lesquelles on se battait il y a quelques semaines (la police et l’armée) sont désormais dans la rue pour nous protéger. » Dans la capitale du Chili, un couvre-feu a été  imposé entre 22 heures et 5 heures du matin. La ville est découpée en districts qui, selon l’évolution des cas recensés, sont en lockdown complet ou partiel. « Chaque semaine, en fonction des chiffres, on sait si l’on peut sortir de chez nous ou non. » Bien sûr, il faut quand même avoir une bonne raison et remplir une attestation que l’on trouve sur Internet. Le pays, qui s’étend sur 4300 kilomètres, a lui aussi été découpé en différentes zones, dont les frontières sont fermées ou non, selon l’évolution des cas. Enfin, l’hiver devrait bientôt s’installer sur le continent sud-américain, ce qui fait craindre aux dirigeants une recrudescence des hospitalisations dans les mois à venir. Pour José, la situation est donc à la fois calme et tendue. « Étonnamment, le Gouvernement semble faire du bon boulot. » Mais, d’après lui, la trêve sociale ne devrait pas continuer une fois la pandémie contrôlée. Le référendum pour une nouvelle constitution, revendiquée par les manifestants en 2019, a dû être reporté à fin octobre. « Tout le monde a cette date bien en tête », me dit-il.

En attendant, les gens restent chez eux et les rues sont vides, précise José. Fait remarquable, à Santiago, il est toujours possible de se procurer facilement des gants, des masques et du gel hydroalcoolique. Il me confie également avoir trouvé une faille dans l’attestation : prétextant faire des courses dans un supermarché spécialisé situé loin de son appartement, il s’échappe de temps en temps pour faire un footing. « Jusque-là je n’ai pas eu de soucis. Et puis ça ne peut pas être pire que les prêtres évangélistes. » Le sujet est devenu une blague virale parmi les jeunes, alors que la colère monte contre les messes qui continuent d’être célébrées dans le pays.

Entre la religion, le Gouvernement et le virus, moi, je trouve ça bien compliqué cette situation au Chili. En pleine réflexion sur le chemin du retour, un poème de Pablo Neruda me revient alors en tête. Dans les années 1950, le poète-politicien avait écrit ces vers qui résonnent étrangement avec notre actualité : « Now we will count to twelve / and we will keep still. / For once on the face of the earth, / Let’s not speak in any language ; / Let’s stop for one second / And not move our arms so much. »

Grégoire Bienvenu