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Revoir Marceau de Romain Meynier (Éditions Cambourakis, 2017)

La semaine dernière, je vous parlais du dessinateur Marek dont le dernier livre ne pouvait pas sortir faute au confinement (Tiens, d’ailleurs, à ce propos : il me charge de vous dire que son livre sur Truffaut a encore été repoussé et sortira le 19 août finalement). Pour se consoler, il peut se dire qu’il y a pire situation : avoir sorti son livre quelques jours avant le confinement par exemple.

Quel sera le sort des vieilles-nouveautés à la réouverture des librairies ? Laissera-t-on une chance à ces livres pétrifiés dans le temps depuis deux mois ou devront-ils laisser place illico aux ouvrages qui attendent leurs sorties différées ?

Fin février, de passage à Paris, j’ai pris un verre avec l’écrivain Romain Meynier qui me disait être impatient de voir paraître son nouveau roman (dont la sortie était le 4 mars). Nous avons trinqué à cette publication sans savoir que son livre ne resterait disponible à la vente qu’une dizaine de jours. L’île blanche, ça s’appelle, et malheureusement je ne peux pas vous en parler aujourd’hui, puisque moi-même, je n’ai pas pris le temps de l’acheter en librairie.

En revanche, je peux vous parler de son bouquin précédent que j’avais adoré : Revoir Marceau. Surtout qu’il a un lien avec le confinement (et c’est le principe de cette chronique, dois-je le rappeler ?).

Revoir Marceau, c’est l’histoire d’un mec qui se fait plaquer par sa copine (Marceau, donc) alors que le couple passe ses vacances dans une petite maison en Lozère. En partant, la fille enferme le gars dans la baraque. Sans clé, l’amoureux éconduit hésite à sortir, reste cloîtré quelque temps, puis finit par avoir une idée géniale : passer par la fenêtre du rez-de-chaussée. Ah ben oui, tiens, pas bête…

S’ensuivent les aventures autant rocambolesques qu’improbables d’un type légèrement inadapté, pour qui la vie et les fenêtres semblent des obstacles insurmontables. Dans ses efforts toujours avortés pour revoir Marceau, on en vient à se demander quelle est la part d’actes manqués. On pense à Un soir au club de Christian Gailly où le héros rate trois fois son train qui doit le ramener chez lui. On se marre tout du long. C’est léger, plein d’humour, et ça fonctionne sur le principe d’un pas en avant pour deux en arrière.

C’est la stratégie du stop and go personnifiée. Quand on y songe, le héros de Meynier se pose les mêmes questions que nous pendant le confinement : doit-on ne rien faire, faire semblant de ne rien faire ou faire comme s’il n’y avait rien ? « Lire Romain Meynier, c’est comme ne rien faire, en mieux. », tranche malicieusement Philippe Jaenada à propos de l’auteur (Tiens, d’ailleurs, au passage : je suis en train de lire La serpe de Jaenada (Ceci explique pourquoi j’utilise autant de parenthèses dans mes chroniques en ce moment)).

Pour en revenir au livre du jour, je terminerai avec une citation de Sacha Guitry bien connue : « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. » Et bien, dans une sorte de mise en abyme, le sort du dernier livre de Romain Meynier est encore du Romain Meynier : ce roman silencieux, coincé en librairie depuis mars ressemble à une histoire qui pourrait arriver à l’un de ses personnages.

Pour cette raison, je vous invite dès le déconfinement à Revoir Marceau sur une Île blanche.

Jean-François Kierzkowski

Illustration : Marek