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— FLEUR BLEUEᚏ JOUR 29

Ravivons les souvenirs

By 14 avril 2020 No Comments

Pendant plusieurs mois, une grand mur nantais, longtemps couvert de compositions à la bombe de tout ressort, a été retouché par un graffeur trentenaire.

De son propre aveu, étant lui-même adepte du remplacement propre à la rivalité nocturne entre bavards masqués, il était surpris que sa composition, pourtant simple et peu habituelle, n’ait jamais été recouverte.

Il y a longtemps certes, mais quelle actualité !

Si en plus l’on réalise que cette citation, d’abord anglophone, a été attribuée à une dizaine d’auteurs tous plus illustres les uns que les autres, dont Abraham Lincoln et Barack Obama (un peu trop contemporain pour être crédible), on s’étonne, et je ris jaune.

Selon le journal Le Monde, elle est signée de l’auteur américain Robert Orben, lequel a également déclaré (je me marre) « Être en vacances, c’est n’avoir rien à faire et avoir toute la journée pour le faire ». Pas mal.

Le graff, dont je vais sous peu vous révéler le contenu, semble facile.

On pourrait ruminer, je l’entends déjà le vachard : « Oui bon, on veut encore nous faire culpabiliser ».

Ironie du sort, Robert Orben a été magicien, pas seulement auteur, de comédies principalement (je souris).

Cette phrase posée à la bombe sur un mur gris longeant un tramway, le long d’un établissement culturel voué aux musiques actuelles, résonne de façon caustique en qui s’en éprend et veut bien y songer.

Elle a été détournée pour l’éducation. On pourrait la reprendre à sa guise sur le terrain boueux de la recherche, ou mieux, sur la question des hôpitaux nationalement vôtres. Elle en dit long du dépit que l’on peut éprouver si l’on pense une seconde à comment cela s’est installé, à qui l’a provoqué, cultivé (adjectif ici très ironique), lentement, surement, insidieusement. Et d’autres de s’étonner, de claironner comme aujourd’hui que c’est lamentable d’en être arrivé là, avec panache, et remerciements compatissants envers notre beau service hospitalier… Beurk.

Et bien messieurs dames, insurgez-vous ! Il est temps. Et n’allez pas accuser le pauvre consommateur épris de gratuité addictive, ou critiquer le graffeur, car la communauté des graffeurs, quoi qu’on en pense, a laissé ces mots s’étendre sur un mur pendant plus d’années que de mauvais jugements à leur égard. Non, votez tiens, et rappelez-vous bien ce message, tout en songeant à ce toujours moins d’état, si bien justifié depuis des lustres par nos énarques-chapons « endorloris » par une douce amnésie, que d’aucuns jugeaient si éligibles.

La culture coûte cher ? Essayez l’ignorance. Ou détournez ce fameux slogan.

Jean-Christophe Baudouin