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— RANGER SA VIEᚏ JOUR 24

Ranger son gras

By 9 avril 2020 No Comments

Aujourd’hui, petite pause dans mes rangements. Le classement de mes documents administratifs ne me paraît de toute façon pas assez intéressant pour faire l’objet d’un chapitre dans la grande littérature du confinement. Et puis, il est temps de regarder les choses en face : ma grande procrastination dans la vie, ce n’est pas le classement de mes vinyles et de mes livres. Non, chez moi, le sujet principal d’évitement depuis des années, c’est la reprise du sport !

Ne me jugez pas trop vite. D’une part, parce que je sais qu’une petite partie de vous-même se sent concernée par le sujet, et d’autre part car il faut faire preuve d’une grande ingéniosité et d’une organisation millimétrée pour parvenir à ne pas faire de sport dans sa vie quotidienne. Rester plus tard au bureau, rallonger les trajets en rentrant chez soi, prévoir un ou deux apéros avant un concert ou une séance de cinéma, héberger des amis tous les week-ends… Non vraiment, je vous promets qu’il s’agit là d’un combat de tous les jours.

Mais cette semaine, je me suis fait une promesse. Je mange mon chapeau, et décide donc de ranger mon gras. La période de confinement m’a déjà donnée un sacré coup de pouce : il n’y a plus de beurre ni de farine en supermarché pour faire mes gâteaux. À croire que la Terre entière a décidé un bon matin de devenir boulanger-pâtissier (Note pour plus tard : les métiers de bouche constituent toutefois un bon choix de carrière sur Instagram). Dès le petit-déjeuner, c’est donc tartine non beurrée en main que je fais mon entrée dans le monde tout en leggings et queues de cheval des vidéos de fitness en ligne.

N’ayant aucune idée de comment fonctionnent ces exercices, je tente un simple « Maigrir + Ventre + Vite » sur YouTube et laisse l’algorithme me guider. Sous de nombreux exemples de « Mon gras : avant/après » censés me motiver (ça ne fonctionne pas du tout), je clique. Pamela, qui vit en Californie, m’accueille depuis sa salle de gym personnelle, sur fond musical de Dance Music sucrée, évoquant à la fois les plages de la Côte d’Azur et les boutiques aux vêtements hors de prix (Vous voyez ? Celles qui vous mettent mal à l’aise et vous donnent l’impression que vos chaussures neuves sont sales !). Dix minutes d’exercices, c’est tout à fait jouable… Au bout de 40 secondes, je suis roulée en boule sur mon tapis (poussiéreux et à franges, je n’ai pas encore de tapis de yoga comme Pamela) et j’ai clairement envie de mourir.    

Une petite pause sur mon balcon s’impose. Deuxième tartine. Alors que je poursuis mes recherches de façon plus adaptée à mon métabolisme (« Maigrir + Ventre + Débutant »), j’aperçois mon voisin entamant sa troisième montée de ma rue à vélo, sans broncher. Certains ont le don de vous faire culpabiliser même sans vous adresser la parole, c’est incroyable. Un jour tu verras, petit Jalabert, moi aussi je les ferai sans suer ces montées à vélo !

Remontée comme un pendule, je reprends ma tentative de carrière sportive. J’ai de la chance, j’ai déniché une séance de sport qui se déroule en bord de mer en Bretagne, ce qui soigne mon petit mal du pays. Alors que petit Jalabert entame sa cinquième montée de rue (que c’est agaçant) pendant que je regarde les vagues sur mon écran sans bouger, rage et motivation s’emparent soudain de moi. C’est donc ça que l’on ressent quand on prend en main sa vie ? Je m’en vais donc retrouver Pamela dans sa salle de sport en Californie, et me fais la promesse que, en ce jour 24 du calendrier du confinement, je terminerai ces dix minutes de sport. À nous deux Jalabert, à nous deux Pamela, c’est une ère nouvelle qui s’annonce : je serai à présent une membre fidèle et assidue de la communauté des sportives heureuses à legging, queue de cheval et tapis de yoga ! Mais juste avant, une troisième tartine m’attend.

Mathilde Colas