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— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 38

Que les roses sont belles à Göttingen

By 23 avril 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

David : que les roses sont belles à Göttingen

Bien sûr ce n’est pas la Seine, ce n’est pas le bois de Vincennes. Mais c’est bien joli tout de même, à Göttingen. Et puis, Angela Merkel a annoncé mercredi que l’Allemagne allait prendre le chemin du déconfinement. Comment le plus grand pays d’Europe peut-il d’ores et déjà envisager l’après, alors que nous, nous sommes encore enfermés entre quatre murs pour le mois à venir ? Pour en savoir plus, j’ai fait mon baluchon, fourré quelques brötchens dans mes poches et pris la route direction la Basse-Saxe.

La petite ville étudiante de Göttingen se situe littéralement en plein centre de l’Allemagne. Installé à quelques minutes du centre médiéval, David m’accueille dans son très grand « WG », ou wohngemeinschaft. Pour ceux qui dormaient en cours d’allemand, c’est une sorte de grande colocation où dix étudiants ont pris leurs quartiers. Entre les plantes et les bouquins, David y semble parfaitement installé. « Je compare cet épisode à un voyage en bateau, me dit-il. Quand je faisais de la voile gamin, on partait pour plusieurs jours et il fallait être prêt. » Le raisonnement tient la route. Alors qu’il observait la situation se dégrader en Chine depuis fin janvier, David était pourtant de ceux qui pensaient que le virus n’arriverait pas jusqu’en Europe. Dans la deuxième semaine de mars tout s’accélère en Allemagne. « Du jour au lendemain, on a décidé avec les autres locataires de ne plus sortir de la maison. » Par un concours de circonstance, il se trouve que tous les colocs sont étudiants et en pleine vacances scolaires, donc aucune raison de mettre le nez dehors, si ce n’est pour acheter à manger. « On y va deux par deux et on nous regarde toujours avec mépris à la caisse parce qu’on a des caddies hyper chargés. Mais dix personnes, ça fait des bouches à nourrir ! »

Au delà de cette colocation, il semblerait que le modèle allemand brille par son efficacité. « Peut-être parce que Merkel est une scientifique de base. Elle doit comprendre le problème. » Attends. C’est quoi la formation de Macron déjà ? Évidemment cet argument fait sens. Peut-être même plus que cet article de Forbes qui avance que les meilleures réponses à la crise viendraient des femmes. L’Allemagne bénéficie d’une large capacité d’accueil dans ses services de soins intensifs et teste un grand nombre de ses citoyens. « Une de mes colocs pensait avoir été infectée, me raconte David. Elle avait des symptômes inquiétants et s’est enfermée dans sa chambre. En cinq jours, on avait reçu un kit, procédé au test et reçu les résultats du labo. C’était négatif. » Bien sûr, dans les rues de Göttingen il y a quelques restrictions : on ne peut pas sortir à plus de deux par exemple. Mais les masques et les gants sont rares et les verbalisations encore plus. Il y a quelques semaines, l’État de Basse-Saxe a tenté de faire passer une loi pour interdire à ses citoyens de se rendre dans une autre maison que la leur. « Mais c’est anticonstitutionnel, alors ils ont retiré leur texte», me dit David en rigolant.

À l’heure où les commerces rouvrent progressivement dans la petite ville de Göttingen, on dirait bien que la crise sanitaire s’est bel et bien heurtée à une organisation scientifique et rationnelle de la part des Allemands. Grâce à cette stratégie, le pays peut désormais envisager le futur. « On veut organiser un festival de salons en juin, avec une vingtaine d’artistes qui viendront jouer dans dix salons différents », me dit David avant de me quitter. Sur le chemin du retour, l’ennui de la quarantaine qui m’habite depuis quelques jours a soudain pris la forme d’une douce rêverie. Bien sûr nous, nous avons la Seine, et puis notre bois de Vincennes. Mais Dieu, que les roses sont belles à Göttingen, à Göttingen.

Grégoire Bienvenu