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— FLEUR BLEUEᚏ JOUR 37

Petits riens #10 : La chocolatine

By 22 avril 2020 No Comments

Il n’y a pas de petit rien anonyme. Tous les petits riens portent des noms, ils ont un alpha et pas de débat. Sauf un : la chocolatine. Certains l’appellent « pain au chocolat ». Et ce sujet ravive une fracture de la taille d’un tibia. Il n’y a pas d’argument, pas de référent, c’est un match stérile, sans arbitre et sans terrain : chaque camp s’invective depuis les gradins.

La chocolatine est un mot d’une saveur enfantine. J’aime que cette gourmandise soit féminine, gonflée, qu’elle parte du « chaud » et se termine sur une dentale cabotine. J’aime l’arbitraire de ce choix, j’aime à le revendiquer en terres insoumises, lorsqu’il est clairement indiqué sous le prix, le vocable ennemi. À Paris, par exemple : « Bonjour, j’aimerais vous prendre une chocolatine ». Entourée d’infidèles, il est bon de conserver la ferveur des croisés. Et la boulangère courtoise de s’abstenir de corriger.

On récupère la poche de papier brun, très vite tachée d’auréoles de beurre. Il y a de la joie à voir gras et sucres ainsi se mélanger. Le sermon des viennoiseries, le péché de gourmandise, la calorie du diable. La chocolatine fait suinter désir et culpabilité. Elle est d’une inégalable sensualité. Cette viennoiserie dodue fait trembler plusieurs siècles de Chrétienté.

La chocolatine ne doit jamais être briochée, mais habilement feuilletée. C’est un dogme, une impérieuse nécessité. Le cœur doit être fondu et contenu, ni liquide, ni croquant. Il faut savourer religieusement la légèreté de ces fines couches superposées et le moelleux caché du chocolat. Au détour du palais, découvrir le secret et d’un ronronnement satisfait, se mettre à prier. Y trouver la force de réaffirmer sa foi : « dans la chocolatine, je crois. »

 

Céline Rousseau