loader image
— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 4

Passion YouTube

By 20 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

Dans la vie, j’ai plusieurs passions : essayer de comprendre l’amour (et croyez-moi c’est pas simple) et les vidéos YouTube. Je suis à ce propos ravi qu’un comparse de ce webzine partage sa caverne d’Ali Baba (je me demande d’ailleurs comment Alan Food fait pour survivre en période de restriction. J’imagine pas sa commande au Leclerc drive). Et aujourd’hui, je vais donc vous parler de bienfaiteurs de la plateforme, de personnes importantes pour le bien-être hexagonal : Mc Fly et Carlito. Je le dis sans une once de second degré, il m’est avis que ces deux zigotos (je vous parie que lorsqu’on sort tous du confinement dès que Sibeth aura appris à utiliser un masque, ce mot sera revenu à la mode, tip-top) sont de salubrité publique.

À quoi bon présenter les YouTubeurs parmi ceux qui font le plus de vues ? Car ce n’est pas parce qu’on est le boss d’un secteur que l’on ne doit pas être défendu (cette affirmation n’est pas valable pour le cas Weinstein). J’aime sincèrement Mc Fly et Carlito. car ils symbolisent la résilience. Plus que leurs contenus, il faut se rendre compte que ces deux vidéastes n’ont jamais rien lâché. Ils ont dédié leur vie à la connerie : après le lycée, une émission de metal sur le Mouv, tout sauf un plan de carrière pour les conseillers d’orientation. Ensuite, le « Fat Show » sur une chaîne nommée « L’énorme », tout sauf un succès pour ce qu’on nomme l’audimat. Durant des années, ils étaient les ringards, les Beavis et Butt-Head foirés de la Nation. Vous savez ces copies qu’on réalise du cousin américain. Par exemple chez nous, on vient de se rendre compte que Daniel Balavoine est la version ratée de Kobe Bryant. Un crash d’hélicoptère bien moins commenté et Kobe rappait beaucoup mieux que Daniel. Mc Fly et Carlito m’épuisent quand je regarde leurs vidéos et en même temps m’attendrissent. Je vois deux amis qui ont bravé le courant de la vie, des normes, et ont réussi à s’imposer au sommet de la chaîne alimentaire des placements de produits pour devenir les despotes des goûts adolescents. Cependant, avec tout ce pouvoir, ils glissent régulièrement moult messages de tolérance, d’ouverture d’esprit sur des notions comme : la sexualité et une approche respectueuse, l’écologie, l’importance de se prendre des bides dans la vie. Ils sont en 2020 peut-être une des solutions à l’échec de notre système éducatif.

À titre personnel, là où ils impactent directement mon petit cœur c’est sur leur rappel de comme l’amitié compte par-dessus tout. Ils convient leurs potes de lycée, refont notamment une vidéo dans leur ancien bahut où, avec tous les collègues de l’époque, ils ré-écrivent la scène d’un concert improvisé dans la cour de récréation.

Je crois que cette vidéo m’émeut et signifie plus que moi que n’importe quel livre de La Pléiade. Au chiotte les libraires (bon j’avoue, ce texte est en réalité sponsorisé par le syndicat des libraires indépendants pour qu’on ne les rouvre pas durant la pandémie), les leçons de vie sont dans les vidéos de Mc Fly et Carlito.

Ces deux dernières années, ils m’ont conforté sur un chemin de vie à emprunter. Ce furent des guides spirituels. Avec des vidéos telles que Mario carte bleue ou le perdant de ce célèbre jeu de voiture se voyait confisquer sa VISA pour que les autres participants puissent lui commander des bétonnières ou des abris de jardin, ils m’ont appris que les blagues les plus encombrantes mais réalisées avec amour sont les meilleures. Il y a eu des concours d’anecdotes où, par la magie de l’Internet et de devoir inviter des gens connus, on apprend définitivement que Guillaume Canet et Gilles Lellouche sont à la piètre image de leurs films. Pour comprendre ma théorie, sachez que Les Petits Mouchoirs fait partie, dans mon classement personnel, des pires films de l’humanité tant il promeut l’idée que je ne peux accepter qu’à terme on se détestera tous entre copains. Sa suite assoit définitivement le pire. C’est-à-dire qu’on se déteste, mais on est obligé de se revoir par convention sociale. Je comprends pourquoi le personnage de Jean Dujardin préfère crever que de supporter une bande de crétins qui, plutôt que d’aller le voir à l’hôpital, vont manger des huîtres au Cap-Ferret. Une belle bande d’abrutis qui, dans cette période, se confineraient à 26 au bassin d’Arcachon, braillant qu’on ne peut plus profiter des plages.

Mc Fly et Carlito sont, eux, la preuve de la beauté des amitiés qui perdurent. Ils ont repassé le bac en motivant des lycéens à travailler comme eux pour avoir à minima 10 et ensuite faire de leur vie ce qu’ils souhaitaient (bon, après, y en a qui devront sauver la Nation en étant caissier et se féliciter d’avoir une prime de 1000 euros pour permettre à quelques crétins d’aller acheter des olives vertes pour leurs Martinis dans leur résidence secondaire). La réussite de ce duo vient à mon sens du fait qu’ils n’ont jamais évolué. Ils ont décidé à 16 ans qu’ils allaient continuer à être légers, absurdes, à faire des cascades et à placer l’amour en tête de file des sentiments. Ils s’y sont tenus. Voilà peut-être le pourquoi de mes deux passions dans la vie dévoilées en début de texte : et si la solution de l’amour n’était pas glissée dans les vidéos de ce duo ? Deux amis qui ont tout bravé pour construire la meilleure vie qu’ils rêvaient adolescents à coup de pouce bleus et de défis stupides, de chansons sur le dab et d’instants de stand up gênants. Comme un pacte solennel qu’on réalise avec son frère de cœur : peu importe les turpitudes et les marées, on est toujours plus fort à deux (si vous réalisez ce pacte avec l’élu(e) de votre cœur, c’est encore plus beau. Mais quelque part, il y a moins de divorce et de garde partagée avec quelqu’un avec qui on ne couche pas mais qui est seulement notre partenaire de Fifa).

Quand je regarde des vidéos de McFly et Carlito, ce sont tous les souvenirs de conneries avec mes potes lorientais qui me reviennent à la surface. Elles me sont la promesse qu’on peut avancer dans la vie (peu importe ce que l’on décide comme voie : les enfants, une maison, un métier prenant, un tour du monde, devenir le champion du monde du tombé de dominos) sans jamais négliger son passé qui nous a construit. Que le futur n’induit pas d’oublier dans sa fondation ses bases (alors soyons clairs, je n’ai aucune notion ni d’architecture ni de voyance, donc là le texte part en roule libre de la cascade). Ce ne sont pas des grands enfants. Ce sont des adultes qui n’ont pas oublié de se marrer. Avec les contraintes de la vie et de devoir gagner de l’argent : mais ils arrivent subtilement entre opérations mercantiles à infuser du fun et de la stupidité vitale adolescente. Ce n’est pas pour rien si lors de leur premier prime sur TMC, un des moments réellement touchants fut un sketch avec deux membres des Robin des Bois. Je suis issu de la même génération que Mc Fly et Carlito et cette troupe fait partie avec Éric et Ramzy des idoles des gens qui, comme nous, ne voulaient pas grandir (maintenant, depuis 10 jours, on ne veut simplement pas mourir. Y a de l’évolution, merci le virus).

Des chantres de l’innocence pure, les Robins étaient les précurseurs de cet humour d’utilité publique où l’on se marre entre amis comme dans la cour de maternelle. Ce ne sont plus des sketchs et de l’écriture, mais de la bonne humeur et des conneries semi-improvisées, l’essence reste la même. Quelque part, là ou Mc Fly et Carlito nous guident, c’est sur la voie de l’utilisation d’Internet. Y a déjà un intérêt qui a bien été capté au regard de la pénurie de PQ, mais Internet est aussi un vecteur. De bonne humeur, de projets, de renforcement des amitiés, des liens, de partage humain. À cette heure du confinement, je crois qu’une bonne playlist de vidéos telles que « on mange la galette des rois avec Will Smith » ou une chanson sur une poire à lavement vous occupera plus sainement l’esprit que des heures de Facebook et son royaume de fake news. Et si vous avez faim, il y a toujours Alan Food Challenge qui a mangé l’équivalent de la consommation d’un petit pays sur sa chaîne. Cela devrait vous rassasier.

À demain (car je suis toujours optimiste, et en plus c’est le week-end. Je voudrais pas rater cela).

Jocelyn Borde