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Margot : un retour à Milan, contre vents et marées - SURVI
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— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 39

Margot : un retour à Milan, contre vents et marées

By 24 avril 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

Margot : un retour à Milan, contre vents et marées

« Il n’est point de terre plus douce que sa propre patrie. » Homère, L’Odyssée (IX, 34)

Depuis le début de la quarantaine, quand vient la nuit, il est parfois difficile de s’endormir. Morphée, si efficace il y a quelque temps, semble désormais à court d’arguments pour mettre un terme à ma journée. Alors, pour trouver le sommeil, j’ai deux techniques. La première, c’est de prendre les chemins de traverse avec Ennio Morricone. La seconde, c’est de m’évader dans les classiques de la littérature. Il y a quelques jours, je me suis (enfin) plongé dans L’Odyssée d’Homère. Impossible alors, de ne pas faire le lien entre le récit des aventures d’Ulysse et le retour à la maison de Margot. Mi-mars, alors que l’épidémie du coronavirus terrasse l’Italie, elle se bat contre vents et marées pour rentrer chez ses parents à Milan. Il est dix heures du matin ici quand je prends la route de la Lombardie pour écouter son récit.

« Maintenant j’en rigole, mais sur le moment c’était vraiment pas marrant. » Il y a encore un mois, la jeune étudiante de vingt ans se trouvait en stage à l’hôpital de Cape Coast, une petite ville portuaire au sud du Ghana. Alors que l’épidémie se développe en Europe mais que la situation semble stable en Afrique, la question du rapatriement se pose. « Le risque, c’était de ne pas pouvoir rentrer plus tard. Et puis, même si je ne suis pas une personne à risque, le Ghana n’était pas prêt à faire face à la pandémie », m’avoue-t-elle. Alors, quand les premiers cas se déclarent dans le pays vers le 20 mars, elle décide de rentrer à la maison. « J’arrive à avoir un avion pour Amsterdam, mais ma connexion pour Milan est annulée », m’explique Margot. En fait, tous les vols à destination de l’Italie sont annulés. Du coup, une fois à Amsterdam, il faut trouver un plan B. « À cinq heures du matin, je prends un train pour Bruxelles, rejoindre mon frère. » S’ensuivent quatorze jours de quarantaine, un nouveau vol vers l’Italie annulé et des dizaines de coups de fil pour trouver une solution. Finalement, Margot parvient à prendre un avion direction Rome et une correspondance pour Milan. Trois heures de retard sur le premier vol auront raison de cette correspondance. « J’ai dû rester dormir une nuit dans un hôtel à Rome. C’était comme une prison, j’avais interdiction de sortir de ma chambre et on m’apportait à manger à la porte. » Finalement, elle s’envole pour rejoindre Milan le lendemain, après un périple de plus de quinze jours.

Depuis, Margot n’a pas sorti un doigt de pieds de l’appartement familial. « La situation à Milan est inquiétante, me dit-elle. Tous les chiffres sont encourageants en Italie, sauf ici. On a été parmi les premiers à devoir se confiner et les gens n’en peuvent plus. Ils recommencent à sortir pour tout et pour rien. » Même si les policiers sont dans les rues et qu’il faut une attestation pour sortir de chez soi, les Milanais ne tiennent plus en place. Mais aujourd’hui, les hôpitaux de la ville sont encore saturés et le personnel médical sous pression constante. « Ici, les soignants représentent 10 % des personnes infectées par le virus », me dit-elle, dépitée. Alors que les fêtes de Pâques, synonymes de grandes réunions familiales en Italie, viennent de s’achever, nos voisins transalpins broient du noir. Tandis que le chantier des réflexions pour l’après s’ouvre tout doucement à l’échelle nationale, certains préfèrent continuer de la jouer prudent. « Ne faites pas n’importe quoi. […] Le bout du tunnel est encore loin », a été obligé de rappeler Domenico Arcuri, le commissaire spécial à l’épidémie, il y a quelques jours.

Les Milanais, malheureusement, ont encore de longs jours à patienter avant de retourner flâner le long des Navigli. Alors que le combat continue des deux côtés des Alpes, de mon côté j’ai décidé de faire un geste pour l’amitié entre les peuples. Oubliée, la recette des carbonara avec crème. Pardonnée, la finale de 2006. Envolée, la querelle sur la nationalité de Léonard de Vinci. Italiennes et Italiens, dans ces temps durs, de tout mon cœur je vous dis : Forza Italia ! Andrà tutto bene.

Grégoire Bienvenu