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Ma poésie du chaos - SURVI
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— RANGER SA VIEᚏ JOUR 25

Ma poésie du chaos

By 10 avril 2020 No Comments

Au cas où vous n’auriez pas suivi, hier, j’ai tenté de me remettre au sport. Comme il fallait bien que ça foire, j’ai réussi à me bloquer l’épaule… Mise à part ma tasse de café, impossible de soulever quoi que ce soit aujourd’hui. Dommage, mes étagères de vêtements froissés et oubliés commençaient à me supplier doucement : « Range-nous, par pitié range-nous, on mérite autant que les autres… ».

Je profite donc de cette journée de convalescence pour parfaire mes méthodes de tri, rangement, bien-être intérieur (ajouter autre expression de la saison 2019 ici) et découvrir les passionnés du rangement. Avec Marie Kondo, grande maîtresse du rangement, j’apprends qu’il faut remercier mes chaussettes, et je réalise que mon fer à repasser n’a pas servi depuis bien longtemps. En quelques épisodes, elle transforme les intérieurs les plus chaotiques en véritables images de catalogues. Les participants, parmi des larmes de joies, la remercient de pouvoir sentir à nouveau leur moquette ou retrouver leurs factures (personnellement, je préfère ma technique qui consiste à les oublier innocemment au fond d’un tiroir…). Je me rends compte que, niveau capharnaüm, il y a du sacré niveau dans d’autres foyers ; en fait je ne me débrouille pas si mal (par contre, où est passée ma tasse de café ?).

Au bout de quelques épisodes, je me laisse finalement prendre au jeu. Garder uniquement les objets qui me procurent de la joie me paraît de premier abord peu réaliste pour tout ce qui constitue notre quotidien (quoi qu’un simple rouleau de papier toilette fait son petit effet à pas mal de monde en ce moment, semble-t-il). Mais prenons par exemple les vêtements : j’ai plutôt tendance à démêler la boule informe au pied de mon lit le matin pour trouver ce que je peux me remettre sur le dos qu’à aller fouiller dans mes placards… Et nous avons un bingo : en fait, c’est parce que je mets toujours les mêmes, ceux qui me procurent de la joie. Ok Marie Kondo, j’arrête de sourire, tu marques un point…

Après un documentaire sur le minimalisme à l’anglo-saxonne, j’apprends que cette tendance à vivre avec peu de choses s’est développée à contre-courant de la société de consommation et du rêve américain, qui pousse à posséder et gagner toujours plus. Mais en naviguant sur plusieurs sites dédiés à la religion du rangement et autres blogs vantant les mérites du vide chez soi, je découvre peu à peu un manifeste et des techniques parfois poussés à l’extrême. Prenons la loi du 20/20 : « tout objet coûtant moins de 20 euros et rachetable en moins de 20 minutes finit inexorablement à la poubelle », puis-je entendre dans un reportage sur Arte. Pour un mouvement qui s’est développé par rejet du consumérisme compulsif, je trouve cette méthode un peu contradictoire… Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je n’ai ni les moyens ni l’envie de commander une nouvelle théière chaque fois que je voudrais me faire une tisane. Quant à la brosse à dents, ça risque de poser problème au bout d’un moment, je vous rappelle que je ne vis pas seule… Bref, suivre mot pour mot les idées d’anciens traders regrettant d’avoir gâché leur vie à travers un salaire à six chiffres, ou d’entrepreneurs globe-trotters à plein temps capables de louer en quelques clics leur nouvel “home sweet home” au bout du monde pour quelques mois, ce n’est peut-être pas fait pour moi. Et passer d’un 4 pièces à Manhattan à un loft vide à Oslo ne reste pas à la portée de tout le monde.

Et puis, une question me taraude en visionnant tous ces témoignages. On ne serait pas un peu tombés dans un autre mode de consommation à outrance ? Si l’on pousse l’idée jusqu’au bout, d’après ces conseils de certains apôtres du minimalisme, on devrait en effet se débarrasser de ses livres et vinyles pour tout garder en version dématérialisée, sur tablette ou sur ces éphémères nuages numériques qui ne nous appartiennent pas vraiment. Il faudrait remplacer les cartes d’anniversaire de nos grand-mères, objets du passé nous empêchant d’avancer dans la vie, par une hyperconnexion aux réseaux sociaux. Ou se jeter ses ustensiles de cuisine pour manger des plats commandés 20 minutes plus tôt. Concrètement, il faut donc à nouveau acheter, puis racheter, en gardant son téléphone scotché à la main pour être présent partout et immédiatement… Je vais passer pour une réfractaire au changement, mais l’idée ne correspond guère à mon état d’esprit. Déjà, parce que je viens de ranger disques et bouquins bien proprement, ce n’est quand même pas pour tout jeter derrière. Et surtout parce que cela reviendrait à tout obtenir en un claquement de doigts : relations sociales à la carte, repas sur commande, tablette pour stocker ses lectures, appartement loué en trois clics. Revenir à l’essentiel, c’est peut-être pour moi conserver cette boîte à souvenirs avec les petits mots de mes grand-mères ou de feu mes « Best friends forever – cœur » de ma classe de CP.

Je conclus mes recherches et ma semaine en réalisant que, pour moi, l’étagère vide, c’est un peu l’équivalent d’une page blanche : angoisse et sentiment de passer à côté de sa vie. Puisque dans ma tête les idées fusent dans tous les sens, il est après tout assez logique que ce bénin chaos se retrouve dans mon petit intérieur. Après une semaine de rangement, pliage de chaussettes et pics  culpabilisateurs en tous genres, je décide donc de faire la paix avec Instagram, ses chats, et Pamela la pro du fitness. Mon joyeux bordel et moi partons en week-end l’esprit serein. Ah, on me dit dans l’oreillette que l’amoureux a trouvé un vinyle à jouer pour l’apéro en moins de 5 secondes grâce à mon nouveau rangement par couleurs. Comme quoi, il n’y a pas de petite victoire…

Mathilde Colas