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— JEAN-FRANÇOIS KIERZKOWSKIᚏ JOUR 3

Les hommes protégés

By 19 mars 2020 mars 21st, 2020 No Comments

Les hommes protégés de Robert Merle (Éditions Gallimard – 1974)

Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, on débattait passionnément de la réforme des retraites, on s’inquiétait du sort des réfugiés syriens, on se demandait si Harry et Meghan allaient se réconcilier avec la Reine Mère, on gueulait sur la remise d’un César à Polanski… et puis d’un coup : plus rien, à part ce gros virus à tête couronnée.

Pourtant, ces sujets sont toujours d’actualité. Le mouvement #Metoo, par exemple, devrait être au cœur des préoccupations du moment. À l’heure où les familles sont enfermées chez elles, il serait urgent et primordial de s’accorder sur un partage équitable des rôles ménagers. Hommes et femmes doivent trouver le juste milieu pour vivre en bonne intelligence.

Profitons de cette chronique littéraire pour chercher dans les livres une réponse sur l’égalité des sexes à l’heure du confinement. En 1974, un écrivain s’est posé la question du féminisme en cas de pandémie mondiale : Robert Merle.

Robert Merle, vous connaissez sans doute, c’est l’auteur de La mort est mon métier (1952) ou Malevil (1972). Ce que vous connaissez certainement moins est son roman, Les hommes protégés, qui raconte l’histoire d’un virus mortel ne touchant que les hommes. (« Mais si, mais si, moi je connais ! », hurlent déjà certains internautes derrière leur écran. C’est bien : toi tu connais, mais est-ce une raison pour interrompre ma chronique ? Non. Alors je poursuis). Où en étais-je ? Les hommes protégés. Résumé : une pandémie d’encéphalite 16 sévit dans le monde. Particularités de ce virus : il est extrêmement contagieux et foudroie uniquement les hommes, pas les femmes. Conséquence : dans les pays du monde entier, les femmes remplacent les hommes au pouvoir, le système politique devient matriarcal, les femmes créent des centres de rétention pour parquer les hommes destinés à la reproduction. Vous l’aurez compris, les rapports de force s’inversent : les viols se font à l’encontre des hommes, les guerres se poursuivent, les discriminations aussi, une discipline de fer est instaurée à l’encontre des hommes, une chaussette sale qui traîne et c’est le peloton d’exécution assuré…

Est-ce un roman féministe ? En fait, non, pas vraiment. La conclusion du livre serait plutôt que le sexe dominant maltraitera toujours le sexe dominé et cela de manière intervertible. Ah. J’en étais sûr. J’en entends d’ici qui râlent : « N’importe quoi, cette chronique. Je ne suis pas d’accord. » J’y suis pour rien, moi, c’est le point de vue de Robert Merle. Allez sur la tombe pour vous plaindre, il est enterré dans le petit village d’Aiguillon, près d’Agen, dans le Lot-et-Garonne. « Le patrimoine d’Aiguillon révèle la richesse historique de la ville et fait de la cité un lieu de découverte et de culture », annonce le site Internet de la commune… Une idée de sortie après le confinement, non ?

Pour en revenir à la pandémie, dans notre cas, le Covid 19 touche aussi bien les hommes que les femmes, alors contrairement aux Hommes protégés où le virus engendre une guerre des sexes, ce serait plutôt le moment pour une réconciliation, non ?

Jean-François Kierzkowski

Illustration : Marek