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— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 5

Le roi des patins

By 21 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

Aujourd’hui, je sens dans mon lien qui me relie au monde (je parle de Facebook, je n’ai pas monté un stratagème avec mes voisins avec des gobelets et un fil pour communiquer) la petite forme. À l’inquiétude légitime pour tous mes contacts ou ami(e)s devant sortir pour sauver des vies ou participer à faire tourner économiquement la Nation, je ne peux objectivement pas répondre grand-chose. Si ce n’est délivrer des bonnes ondes de positivité. Je ne vais pas vous écrire un rap à base de « corona, tu nous auras pas, corona, tout ce que tu as produit, c’est un ancien monde sur lequel on chie », je vais donc vous délivrer un conseil feel-good. C’est quoi le feel-good (je me la joue patriote, dans les dernières guerres visiblement c’est toujours les Américains qui viennent nous sauver) : cela consiste à regarder des films qui te font le même effet qu’un bon grand verre de jus de fruit AOC. Cela te rassure, c’est bon pour ton organisme et il y a souvent Omar Sy dedans. Dans les films, j’entends, Omar Sy ne va pas vous apporter un verre de jus de fruit à chaque fois que vous êtes déprimés, ce n’est pas le Père Noël (je vous rappelle qu’il n’a pas de barbe, je suis quasi-certain à 100% de cette  théorie).

Aujourd’hui, une saga qui promeut les valeurs de l’abnégation, le dépassement de soi, le combat contre l’alcoolisme (et présentement on en a tous besoin au regard de notre consommation), qui vous redonnera envie d’aimer vos enfants : non ce n’est pas le petit Grégory sur Netflix mais la trilogie des petits champions. Mais qu’est-ce donc me diriez-vous ? Déjà ce sont des films Disney. Et là dessus, le grand Walt (je sais pas combien il mesurait en réalité), il était pas manchot pour diffuser du bonheur. Prenez Mary Poppins : si l’on traduit correctement le film : elle combat le capitalisme et explique à des familles de banquiers que leur métier ne sert à rien, vagabonde avec les enfants et essaie de se chopper un petit mec pour ensuite repartir à l’aventure car le concept de mariage très peu pour elle. Moi je dis méga feel good, Mary elle se lève et elle s’envole. Dans le film présenté aujourd’hui, moins de danse de pingouins mais tout de même de la glace (vous voyez la transition habile, putain je suis tellement incroyable pour combattre la déprime que là je me fais un high-five tout seul. C’est malin désormais ma main droite commande à ma main gauche d’aller se laver pour enlever les virus qu’elle lui a peut-être transmise. Oui, ces derniers jours ont confirmé que la droite sur un échelon national était plus propice à contaminer allègrement et s’en battre les steaks). Revenons à nos manchots le film présenté aujourd’hui traite de hockey sur glace.

Alors nous en tant que Français, on connaît mal ce sport. En gros, c’est comme le hockey sur gazon, mais avec des patins. Si vous voyez ce que je veux dire et regrettez vos parties de hockey sur gazon, laissez-moi vous dire que votre vie était sérieusement sujette à remises en questions. « Les petits champions », ce sont donc des films sur le sport : une bande de gamins même pas mignons, qui sont archi-nuls et se retrouvent entraînés par un avocat perdu dans l’échelle des priorités de la vie et se noyant dans le travail et le bourbon. Mais pourquoi me diriez-vous ? Car, enfant, il était hockeyeur, et c’était le plus fort (on apprend tout cela dans un flashback ; pour bien nous faire comprendre que c’est dans le passé, ils ont mis une couleur sépia). Malheureusement, lors d’une finale d’une compétition pour les 8/10 ans, il a raté le pénalty de la gagne et du coup son entraîneur a vu sa vie gâchée. Oui, au pays de l’oncle Sam, ne pas remporter une médaille en chocolat lors de compétition pour les benjamins peut te causer des traumas toute ta vie.

Du coup, je me demande au visionnage de ce film, si c’est moi qui ai toujours eu un souci avec la notion de compétition. Enfant, j’ai d’abord pratiqué le tennis car je ne voulais pas jouer avec d’autres enfants. À 11 ans, j’ai compris au bout de 5 ans que j’avais été trompé par André Agassi. Non car il portait une perruque sous sa casquette, mais qu’à part lui ce sport était pratiqué par une bande de belles baltringues. Le Tennis, c’est un sport pour les gens qui aiment aller au club-house mais qui n’ont pas assez de pognon pour fréquenter de vrais salons privés de sports de riches. C’est en gros un sport de centriste. À la suite de cette révélation, j’ai donc troqué ma raquette et mon classement minable pour un ballon de basket. Cinq ans plus tard et mon intronisation en équipe régionale, j’ai compris que mon problème était que je préférais boire des bières que transpirer (au-delà du fait que quand t’as 14 ans, pas de poil sous les bras, très peu de talent, encore moins de style et aucun muscle, porter un maillot des Charlotte Hornets te donne juste l’air con). J’étais de plus assez mature pour me l’avouer : non pas que mes jugements à l’emporte-pièce sur le tennis étaient peut-être légèrement déplacés, simplement que la compétition et les discussions des parents au verre d’après-match étaient l’antichambre de l’enfer dans mon esprit. Car, moi, les considérations des pères qui projettent sur leurs gamins de 14 ans leur envie de réussir, cela me donnait déjà envie d’échouer (cette phrase ne vaut absolument pas pour mon père, qui fut toujours parfait de bout en bout, nous poussant à faire ce que l’on aimait et à se marrer avant tout. Je t’aime papa, et pourtant il était entraîneur de tennis sur ses heures de loisir. Mais il a réussi à s’extraire de sa condition, désormais en retraite il arpente les club-house de golf, l’ascenseur social à 60 ans, croyez en vos rêves…).

Donc les petits champions : Emilio Estevez (pour les quadras, ce nom vient de faire pop dans votre esprit), après s’être fait pincer à picoler au volant, se voit gratifié de travaux d’intérêt général : à savoir entraîner une équipe de bras cassés (tout du moins, une équipe tellement nulle qu’elle n’arrivera à casser aucun bras). Et là je vous le donne en mille : il va réussir. Après avoir gagné leur confiance, aperçu le potentiel d’un des gamins à devenir le capitaine (bien que ce ne soit pas le plus fort, mais il a ce petit truc en plus), dragué la mère de ce nouveau capitaine (c’est peut-être pour cela qu’il a le blason en réalité), il va les faire s’entraîner avec des méthodes toutes plus absurdes sur le papier les unes que les autres mais qui en réalité leur permettront de devenir les petits champions promis par le titre. Oui visiblement dans tous les films de sports, on devient les plus forts en détournant les méthodes. Là par exemple, il leur fait ramasser des détritus avec leurs crosses, comme cela ils deviennent hyper forts en défense dans les vrais matchs. Comme c’est de plus un communiquant redoutable et qu’il y a tout de même la valeur de l’argent omniprésent, cette bande de nuls deviennent les Mighty Ducks et ont désormais un logo reconnaissable et des maillots trop stylés. Et là, Bim magie Disney. De derniers du championnat, ils effectuent une remontada incroyable et se retrouvent en finale du district et sont confrontés : à l’entraîneur d’Emilio enfant qui l’avait dégoûté du hockey. Je ne vous raconte pas la fin car je ne voudrais vous gâcher le suspens :  son nouveau fils, enfin tout du moins le gamin dont il veut se taper la mère, mettra-t-il le dernier tir car il lui aura fait un discours pas du tout larmoyant sur le plaisir de jouer et la confiance en soi, roulera-t-il une galoche à la mère sur la glace une fois victoire acquise ??

Si ce film vous aidera à bomber le torse, vous fera voyager, ses suites amènent à se poser d’autres questions. Et nous poussent probablement à rêver un peu trop loin. C’est le souci de Disney, ils ne savent pas s’arrêter. Si l’on résume : nous avons des enfants, archi-nuls, qui s’entraînent dans un parc sans coach (car le premier avait fait une crise cardiaque tellement ils étaient consternants, les enfants du film racontent cela en se marrant, je précise), qui apprennent plus ou moins à patiner sans tomber et gagnent quatre matchs départementaux. En toute logique, on peut s’arrêter là. Mais l’oncle Sam en veut plus. Nous ne sommes pas sur un registre de petites victoires. Dans les films 2 et 3, cette équipe de quartier deviendra progressivement l’étendard du sport national avec campagne télévisuelle et réflexion sur « l’argent doit-il corrompre la passion » , « doit-on vendre les images de gamins de 12 ans sur des paquets de céréales » ?

Encore plus fort, ils représenteront le monde à des Jeux Olympiques contre des enfants islandais (qui, comme dans tout bon film de ces années-là, sont les Russes du patin sur glace dévorant visiblement de la chair humaine et jouent au Hockey comme s’ils étaient en Guerre. En vrai Guerre, pas comme celle de Macron où il est même pas capable de fournir du gel et des masques pour nos armées de soigneurs). Nous sommes donc passé de tocards à des sportifs si doués qu’il n’y a même plus de sélection nationale : les meilleurs du pays ce sont les Mighty Ducks, emballé c’est pesé. Dans le troisième film, une nouvelle problématique sociale : ils sont envoyés dans une école privée prestigieuse, et il sera question de méritocratie, de combats contre des gamins puants pratiquant l’aviron (eux ont réussi, ils ont dépassé le stade du tennis) et de justice sociale. Gordon (l’entraîneur alcoolique) dans un tour de passe-passe brillant parviendra à les faire ré-intégrer l’école malgré les méchants par de la prose de haute voltige d’avocat. Ce que le film laisse par contre plus en suspens, c’est qu’en réalité, ces dernières années, il a tenté une nouvelle carrière de joueur de division 3 de hockeyeur et qu’il a ghosté la mère du gamin capitaine du premier film. Cette valeur sur la lâcheté masculine mettant en priorité ses rêves de grandeur moisi est toutefois plus passée sous silence.

Je ne saurais que vous conseiller d’aller découvrir cette saga, qui nous assure que même si on est archi-nul dans un domaine, on peut le rester mais devenir une référence. Quelque part c’est une belle leçon de vie. Si les petits champions vous permettent de voyager en termes d’émotions et de dépense physique à l’écran et que l’on arrête d’aller courir pendant 4 heures dans les parcs, ce sera alors la plus belle des victoires. Petit conclusion meta qui prouve que je retombe toujours sur mes pattes (peut-être car je ne sors plus de mon canapé) : l’enfant qui voit sous ses yeux ébahis sa mère se faire draguer et qui met ses rêves d’enfant du divorce dans ce nouveau père providentiel (spoiler : tu feras certes les Jeux Olympiques, mais comme ton vrai père il vous abandonnera) est Joshua Jackson adolescent. Qui n’est autre que le personnage de Pacey dans Dawson, un des prochains articles de ce confinement. Mais là il me faut un peu plus de temps, car ma théorie personnelle est qu’il y a toutes les réponses aux questions de l’univers dans cette série. J’ai simplement pas trouvé encore l’épisode sur la pandémie. Et également que Pacey est le véritable héros de cette saga, Joey ayant réalisé le parfait choix final en laissant ce crédule de Dawson à ses élucubrations de puceau plus vierge de corps mais énormément d’esprit. Mais je ne voudrais griller toutes les cartes.

À demain pour de nouvelles aventures (je suis toujours optimiste, par contre séchez la messe).

Jocelyn Borde