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— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 36

Le printemps de Nottingham

By 21 avril 2020 avril 22nd, 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

Lou : le printemps de Nottingham

Donald Trump n’est pas l’unique clown peroxydé qui brille par son incompétence dans la gestion de cette crise sanitaire mondiale. Son acolyte, Boris Johnson, est lui aussi un champion en la matière. Le 3 mars, ce génie de l’hygiène annonçait, encore tout fièrement, avoir visité un hôpital où il avait serré la main « de tout le monde ». Avant d’être confirmé positif au coronavirus quelques jours plus tard. En lisant quelques articles sur sa convalescence, j’ai tout à coup eu envie de prendre des nouvelles de mon meilleur copain anglais, Lou. Je le retrouve dans la maison de ses parents à Nottingham, vers l’heure du dîner.

« Boris va mieux, ouaip. Il a dit qu’il devait sa vie à notre service national de santé. Nous, on pense qu’il lui doit surtout 350 millions de livres ! » Dans le nord de l’Angleterre, on n’a pas oublié ce que l’architecte du Brexit avait promis aux personnels de santé quand il s’agissait de quitter l’UE. « On accroche des arcs-en-ciel à nos fenêtres pour montrer notre soutien aux soignants. Certains applaudissent aussi, mais je trouve ça hypocrite. Si tu as voté conservateur, tu ne devrais pas avoir le droit d’applaudir. » Touché. Même si le gouvernement anglais enjoint la population à rester à l’intérieur depuis plusieurs semaines, le retour du soleil et du printemps n’ont pas aidé à enrayer la catastrophique situation sanitaire du Royaume-Uni. À Nottingham, il y a encore beaucoup de monde dehors, très peu de personnes portant un masque et encore moins de contrôles de police. Tous les jours, Lou va d’ailleurs acheter le journal. Parfois, il fait même un tour de vélo. « Je prends mes précautions, me confie-t-il. La maman d’une de mes élèves m’a envoyé des masques depuis la Chine. »

Lou aimerait bien retourner à sa vie d’avant, mais il sait qu’il devra encore patienter quelques mois. En Chine, tous les visas internationaux sont suspendus afin d’enrayer une deuxième vague de contaminations venue de l’étranger. Cinq matins par semaine, Lou doit toutefois se connecter avec son école à Chengdu, où il continue d’enseigner l’anglais à distance. Le reste du temps, il le passe à lire, à jouer de la guitare, à mater des films. « C’est une super opportunité pour s’enrichir intellectuellement, ce qu’on n’a pas toujours le temps de faire en temps normal », me dit-il. C’est vrai que c’est le bon moment. D’ailleurs, en feuilletant les journaux, j’ai trouvé quelques-uns de ses voisins qui feraient mieux d’adopter cette philosophie. Par exemple, le jeune de dix-neuf ans qui s’est fait taser la nuit dernière pour avoir craché au visage de deux policiers, ou bien ceux qui s’échappent de leur quarantaine la nuit pour détruire des installations pour la 5G. « Il y en a même qui pensent que le Prince Charles n’est pas vraiment atteint, que c’est de la propagande pour qu’on reste chez nous. »

Il est bientôt 20 heures et le soleil se couche au loin. Depuis la cuisine, on entend encore les oiseaux chanter, signe que le printemps s’est définitivement installé à Nottingham. « Je t’avoue que je ne vis pas trop mal cette quarantaine », me dit Lou alors qu’il s’apprête à dîner dans son jardin. Alors que je repars m’enfermer à Vancouver, moi je n’espère qu’une seule chose : que celle-ci s’arrête enfin. »

Grégoire Bienvenu