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— JEAN-FRANÇOIS KIERZKOWSKIᚏ JOUR 7

Le mur invisible, de Marlen Haushofer

By 23 mars 2020 No Comments

Le mur invisible de Marlen Haushofer (Éditions Actes Sud, 1963)

Dans la série des bouquins prémonitoires, en voilà un au destin plutôt étrange : Le mur invisible de Marlen Haushofer.

L’histoire : une femme part en week-end avec un couple d’amis dans les Alpes autrichiennes. Tous les trois s’installent dans un petit chalet de montagne. Le premier soir, le couple d’amis annonce vouloir faire quelques courses au village et ne revient pas. La femme part dès le lendemain à sa recherche et… se heurte à un mur invisible : une énorme paroi translucide qui l’isole du reste du monde. De l’autre côté, elle aperçoit les humains figés, statufiés. Le temps et la vie semblent se poursuivre uniquement de son côté du mur. Le roman se transforme alors en un récit survival qui a l’étonnante particularité d’être passionnant alors qu’il ne se passe pas grand-chose. C’est une version féminine(iste ?) de Robinson Crusoë. Un livre dans lequel on apprend que s’organiser en confinement est une occupation à plein temps. (Tiens, d’ailleurs, à ce propos : on entend partout en ce moment que la télé et Internet mettent à disposition pléthore de chaînes et de sites gratuits pour parer l’ennui. L’ENNUI ? Sérieusement ? Vous avez le temps de vous ennuyer, vous ? Perso, j’ai à peine trouvé le moment d’ouvrir un livre, alors pour la télé, hein, c’est gentil, mais faudra repasser…)

Revenons à notre mur invisible. Forcément, après avoir lu le résumé, il y en a qui pensent au Dôme de Stephen King. Même point de départ : un village qui se retrouve isolé sous une cloche invisible. Mais, désolé monsieur King, votre bouquin est moins bien : d’une part, votre idée a un demi-siècle de retard sur Marleen Haushofer ; d’autre part, la conclusion de votre roman est un peu faiblarde : le dôme est l’invention de petits extraterrestres qui s’amusent à attraper des humains. (Oups… j’ai spoilé la fin ! Bon, ben, il ne vous reste plus qu’à lire Le mur invisible).

Pour terminer, je disais en tout début de chronique que Le mur invisible avait eu un destin étrangement prémonitoire. Ce roman, tombé dans l’oubli, a vécu récemment une deuxième vie grâce aux réseaux sociaux. Il y a un an, en janvier 2019, la blogueuse Maureen Wingrove (aussi appelée Diglee) en a fait une promo de dingue : « Attention, stop, arrêtez tout, il fallait absolument que j’en parle. Je viens de terminer Le Mur invisible de Marlen Haushofer. […] J’ai dû attendre un jour avant de faire ma chronique de ce livre, tellement il m’a secouée. […] C’est indescriptible parce que le ton oscille entre tension, angoisse, et plénitude, douceur, sérénité. J’avais envie de franchir le papier et d’être avec elle dans cette clairière. Je ne pensais QU’À ÇA, nuit et jour. » Résultat : une explosion des ventes pendant toute l’année 2019. Les lecteurs se sont préparés sans le savoir au confinement.

Je suis un peu jaloux. Moi, ce livre, je l’avais découvert il y a une douzaine d’années. J’en avais parlé autour de moi avec beaucoup d’enthousiasme. Résultat : seule ma mère l’avait lu (et elle avait adoré). N’est pas influenceur qui veut.

Jean-François Kierzkowski

Illustration : Marek