Warning: Creating default object from empty value in /homepages/44/d821061045/htdocs/app821061203/wp-content/themes/salient/nectar/redux-framework/ReduxCore/inc/class.redux_filesystem.php on line 29
La thérapie par le vinyle - SURVI
loader image
— RANGER SA VIEᚏ JOUR 22

La thérapie par le vinyle

By 7 avril 2020 No Comments

J’ai repoussé tant que j’ai pu, mais il va falloir s’y mettre. Me voilà donc lancée dans le grand rangement de mes vinyles. J’ai trimballé ces précieux sésames d’appartement en appartement dès que j’ai pu quitter le nid familial. De trois ou quatre, la portée est passée à plus d’une centaine aujourd’hui, un vrai petit patrimoine (investir dans la pierre, ça n’a jamais été mon truc…). J’éprouve à la fois une légère mélancolie et un sentiment rassurant en étalant ma centaine de carrés au sol. Comme j’aime jouer, je cherche à sortir du classement alphabétique, ça permettra d’arriver plus vite au bout de cette 22e journée sans trop de mal. Je ne vais pas ici chroniquer chaque disque de ma collection, sinon il va encore falloir prolonger ce confinement (on est d’accord : au secours).

Nous avons donc les vinyles compulsivement achetés après un concert. État : ruinée, plus ou moins éméchée selon le nombre de groupes (il faut bien s’occuper entre les sets), ne se rend pas compte qu’elle n’a plus un rond pour finir le mois, se dit que mince, seule la musique compte après tout, davantage que son estomac. Achète un vinyle qu’elle n’écoutera pas car elle n’a même pas de quoi s’acheter une platine. Voilà, nous avons donc une première catégorie.

Il y a ceux dénichés au fin fond des brocantes. Par exemple, cet exemplaire en parfait état d’Autobahn de Kraftwerk dénichée à une foire aux disques à Berlin. Ça ne sent pas la madeleine, mais retomber sur ces quelques perles me rappelle de bons moments. Vous me direz, c’est toujours ça de pris ! État : se prend pour une collectionneuse à l’œil de lynx, persuadée de connaître tous les labels obscurs de cette édition spéciale de Pink Floyd, ce live violet pailleté de Prince, ou cette rare pépite des Platters. Que voulez-vous, il faut bien un moment dans la vie où l’on se croit plus cultivée que tout le monde… Surtout que j’ai un peu honte en classant discrètement un 45 tours gondolé de John Travolta parmi ces chefs d’œuvre…

Viennent ensuite ceux offerts à moi-même par moi-même, à une époque où la vie était un peu moins drôle pour ma pomme et où j’avais besoin de garder une trace positive d’un voyage, d’un week-end ou d’une ballade. État : morose, se souvient après coup que son achat lui a juste fait perdre de l’argent car elle n’a toujours pas de platine. Mais en revanche, des goûts musicaux plutôt pointus, avec une passion pour le déstructuré, la musique des enfers et tout genre devant lequel on peut ajouter « post-» pour se la raconter un peu. D’autres avant moi ont probablement déjà écrit sur le lien entre musique et déprime. Dommage, réfléchir au sujet m’aurait fait une superbe excuse pour arrêter de trier mes disques.

Et enfin, retrouvons les sacro-saints disques que m’ont confiés mes parents. Chaque écoute me replonge dans mes souvenirs d’enfance, à l’époque où je bafouillais les paroles de Yellow Submarine, où je me dandinais en chausson sur les Communards, où je découvrais la douce et réconfortante tristesse de Neil Young… Entre nous, j’avoue que j’ai aussi récupéré Nana Mouskouri, mais on a les madeleines qu’on mérite ! Quatrième et dernière catégorie terminée, je peux enfin prendre l’apéro.

… Mais, du coup, The Fall, je le range où ? « Et mes disques à moi, tu les ranges où ? » Ça, c’est la voix de mon cher et tendre. Ma nouvelle passion pour le rangement le comble de bonheur, mais j’avais oublié un petit critère : je ne vis plus seule ! C’était pourtant bien parti cette affaire, voilà qu’il faut tout recommencer… « Demain ? » Face à son regard terrorisé en voyant chaque recoin du salon transformé en chaotique arrière-salle d’un disquaire peu soigneux, j’abdique.

Tant pis pour la mélancolie et les souvenirs d’enfance : on a fini par tout classer par couleur. Allez, ça vaut bien une petite photo sur Instagram, non ? 

Mathilde Colas