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Aujourd’hui, traitons d’un sujet qui m’a été soufflé par mon visionnage d’hier soir. Et qui cumule mes deux passions. Non pas les fake news et Bill du Bigdil, mais la musique et le cinéma. J’ai donc regardé Yesterday, au sujet aussi simple que brillant (ce sont toujours les théories les plus évidentes qui sont les meilleures. Donc toutes les histoires de complots dans des laboratoires secrets et d’îles où l’on teste des virus ne peuvent tenir sur leurs deux jambes. Nous avons dans notre cas seulement affaire à la mondialisation et des puissants qui veulent continuer à être les seuls dominants. Fin de l’histoire). Yesterday donc : un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et là un musicien se trouve coincé dans un choix cornélien : que fait-il de cette information ? Oui, ce n’est pas le même cas que si c’était Émile et Images. Là, il y a un stock de chansons prêtes à changer la face du monde pour peu qu’il arrive à s’en rappeler et à les voler proprement. On est au même stade de questionnement que si l’on pouvait remonter le temps : allez-vous retrouver Hitler pour le tuer sachant que l’on tombe déjà dans les pommes à la vision d’un steak trop saignant ou en profite-t-on pour aller voir Benji de CM2 qui nous avait arbitrairement volé nos billes en inventant en cours de partie des règles fallacieuses ?

Un monde où les Beatles n’existeraient pas. Déjà cela résoudrait un débat avec mon père. Oui, une de ses théories (mon cerveau ne fonctionne pas à coup d’idées arrêtées sans logique pour rien), il y a deux catégories de personnes. Ceux qui aiment les Rolling Stones et les « peigne-culs » (ce sont ses mots) qui préfèrent les Beatles. Forcément moi je suis de la team des Fab Four, alors il a révisé un peu ses jugements. Compliqué de mettre à la porte son propre enfant qui découvre la musique à 6 ans et chante Let It Be à l’école. Je crois aussi que ma mère, aka sa femme, aimant aussi les Anglais, il se voyait mal arpenter la suite de son existence seul. Et je me rappelle précisément d’une semaine enfant où nous fûmes abandonnés par ma génitrice partie mettre au monde ma sœur : on était allé manger à Flunch tous les soirs. Et c’est comme tout : ce qui est merveilleux au début devient très vite lassant (ne réfléchissez pas à votre couple avec cette phrase. Là c’est à vous de faire tout pour que le merveilleux perdure. Une invitation chez Flunchy en sortie de confinement n’est pas la plus riche idée). Il a donc opté pour une autre distanciation sociale : il y a les gens qui aiment la pop et les conneries mièvres comme Étienne Daho et les autres, ceux qui valent la peine de s’en sortir (me demandez pas pourquoi ce chanteur, ils ont dû se chiffonner à la récré en Bretagne enfant mais visiblement y a bisbilles). Je ne vais pas vous raconter Yesterday, déjà car dans la chronologie des médias du confinement, je ne peux vous spoiler un film qui vient à peine de sortir. Le CSA va m’appeler sinon et j’avoue que j’ai d’autres choses à foutre en ce moment, mon agenda est bien rempli de réunions via visio tous les jours. Les caméras de nos ordinateurs n’ont jamais vu autant de gens habillés devant elles depuis leur création. De plus, je n’ai pas terminé le film car je me suis endormi à l’arrivée d’Ed Sheeran. Non pas que cette icône pop me fasse bâiller mais j’ai gardé la suite du film où l’on parle de gloire pour aujourd’hui. Cela m’a permis de concentrer mes rêves sur les disparitions d’icônes et ne pas m’imaginer chanter toutes les chansons de Kyo à leur place. Que serait  donc notre existence sans certains groupes fondateurs ?

Imaginez : y aurait-il eu autant de piercings au nombril dans le monde sans le clip Baby One More Time ? Alors on peut me rétorquer : oui mais Britney Spears est un produit de consommation, une expérimentation issue des laboratoires obscurs de la pop tel un nouveau virus. C’est nier à mon sens justement tout ce pourquoi rien ne s’est passé comme prévu dans le plan des producteurs. Britney n’a pas engendré une armée de clones. Britney est la réponse du peuple face aux oppresseurs. Britney est celle qui initie la révolution car elle a repris le pouvoir de son existence. Pas pour rien qu’elle fut la star avec Fran Drescher d’Une nounou d’enfer appelant de ses vœux, dès le début de cette épidémie, à renverser le pouvoir établi. Bon à coup de bisous et de caresses, mais on doit tenir notre rôle pour être crédible. Son tweet était je cite : « Nous apprendrons à nous embrasser et à nous serrer dans nos bras à travers les vagues de la toile. Nous nous nourrirons les uns les autres, nous redistribuerons les richesses, nous ferons la grève. Nous comprendrons notre propre importance à partir des endroits où nous sommes confinés. La communion se fait au-delà des murs. Nous pouvons continuer à être ensemble ». Il y a eu un bug dans la matrice, Brit-Brit va tenter de pervertir par un communisme sentimental les cœurs de milliers d’adolescents et jeunes adultes ayant grandi à ses côtés. Des posters de notre star préférée en string suant avec un boa arrivant dans sa bouche pour symboliser un phallus, nous avons construit notre imaginaire sexuel à ses côtés. En femme badass passant de « j’attends le prince charmant » à « j’ai absolument le droit de faire ce que je veux de mon corps » (peut-être pas apposer une mention dans les contrats d’embauche de ses gardes du corps qui était : Britney aime se balader à poil dans la maison, vous pouvez regarder mais sans trop d’insistance. Visiblement elle en profitait pour essayer d’exciter les molosses et jouer avec le risque de dérapage. Faut bien s’occuper quand on est enfermé(e) chez soi. Ne la jugez pas vous êtes en train de vous en rendre compte, les confiné(e)s). Le monde n’aurait pu être le même sans Britney. Et si l’on s’en tient à la théorie, qui n’est pas de mon père cette fois-ci, que rien ne fut inventé depuis les Beatles, sans eux nous n’aurions pas eu Britney. Drop the mic, je viens de résoudre une équation au 3e degré, selon la logique de 2020 je mérite mon Bac avec mention Très bien. Pas de Beatles, pas de star mondiale pop essorée pour faire fructifier les dividendes d’actionnaires ayant investi dans le show-business, le shampooing ou encore des médicaments. Donc pas de renversement programmé du capitalisme par dégoût de ce système contrôlé par des vieux messieurs en costume suant autant que sur le poster avec le boa.

Il est indéniable que ces deux entités de la pop mondiale et industrialisée n’ont pas à être présentées. On s’est tous drogué sur Sergent Pepper et on a tous regardé Britney sous pilules se raser le crâne toute seule au coiffeur. Ce que l’on connaît moins d’eux, c’est quand ils ont tenté de s’extraire de leurs conditions. Quand ils ont tenté d’être autre chose aux yeux du grand public. Quelque part à ce moment-là, ils font comme s’ils n’avaient jamais existé. Les Beatles ont essayé par le cinéma de se moquer de leurs propres conditions de groupe à mèches pour adolescentes. Mais la propre parodie a alterné entre causticité légère et dégoût de leur propre statut sans pour autant totalement renverser leurs rôles. Il y a eu une tentative avortée qui est un des plus grands « et si… » du cinéma : ils voulaient adapter Le Seigneur des Anneaux en jouant les hobbits avec Stanley Kubrick à la réalisation. Un réalisateur despote et selon la légende à la limite du dictateur qui aurait permis la libération des quatre fabuleux via un film évoquant un anneau qui nous gouverne tous, symbolisant clairement les jeux de pouvoir de la société du monde moderne, tout se tenait.  Britney, elle, actuellement poste des vidéos sur Instagram où on la voit peindre en culotte des croûtes intersidérales à la gouache. On ne doit pas juger du moyen de l’émancipation. Elle parvient à ne pas être ce que l’industrie attend.

Elle avait bien tenté son autonomie par le cinéma il y a de cela dix ans et là je peux vous l’assurer : Crossroads n’était pas un appel à renverser le pouvoir. C’était au mieux une voix pour brûler des cinémas. Comme des brasiers d’œuvres culturelles nous rappellent de sombres heures de l’histoire et que le principe du voyage dans le temps est caduque, rappelons-nous ce chef d’œuvre.

Dans celui-ci, notre Trotskiste préférée part à l’aventure avec deux de ses amies de lycée vers Los Angeles pour une audition de chanteuse. Le seul fait de libération de son statut d’idole de la pop était que son canevas scénaristique consistait à retrouver sa mère. Elle n’était pas la chanteuse promise à un grand avenir, mais accompagnait le rêve d’une de ses amies d’enfance. Pour aller toujours plus loin dans les bons sentiments, c’est un certain Ben qui les conduit en voiture, armé d’un lourd secret. On apprendra qu’il a été en prison pour avoir secouru sa sœur et fera pareil pour Britney. Là on est perdu sur les notions de bien et de mal, est-ce que les hommes sont tous méchants et les femmes ont-elles besoin d’eux pour se sauver (bien heureusement Hollywood a bien été forcé d’avancer sur la question ces deux dernières années et la réponse est NON).  Un film bien loin de la révolution où l’on apprenait aux jeunes filles du monde entier que les amies c’était le plus important, que les valeurs de la famille étaient primordiales, l’importance des secondes chances et de toujours croire en ses rêves. Un condensé de tout ce que les États-Unis ont commis de pire après les Rolling Stones en somme. Un film absolument sans logique scénaristique mais avec Dan Akroyd qui, visiblement, a des impôts à payer (depuis, il a trouvé une astuce en montant une marque de Tequila. La vente en masse d’alcool pour un public crédule, une arme bien plus efficace pour continuer à se regarder dans la glace que les teen-movies).

Britney a réussi, elle, à reprendre depuis le contrôle de sa vie. On a alterné entre divorces, extorsion de fonds, mise sous tutelle par les gens la faisant travailler comme une esclave depuis sa plus tendre enfance, à savoir ses parents. Désormais, ayant chassé des démons, elle a commencé à fomenter son plan en vendant ses tableaux moches. Là où d’autres qui ont aussi sombré dans la folie comme Jim Carrey tentent de s’enrichir en apposant leurs noms à des toiles que même le cours du soir des Beaux-Arts de votre ville ne voudrait encadrer, elle reverse l’intégralité des bénéfices récoltés auprès d’associations caritatives. Brit-Brit utilise la cupidité du monde qui a récupéré son image et pense à tort la posséder pour reverser à ceux qui en ont besoin. En même temps, la coiffeuse a récupéré ses cheveux lors de son scalp pour les revendre sur Ebay, pourquoi elle ne profiterait pas de ce libéralisme outrancier. L’offre et la demande est sa petite salope, cependant elle utilise la malfaisance de ce monde pour tenter d’aider son prochain. Si Britney n’est plus une enfant et pas encore une femme selon sa chanson titre, elle est une redoutable figure du peuple. Ce que les puissants n’ont jamais compris en l’érigeant : ne jamais oublier d’où viennent les gens. La faille du plan se nichait là. Elle est devenue une Gandhi en string utilisant le côté obscur à son escient. Britney Spears se sert de la force de tous ses oppresseurs pour mener ses combats et devenir la femme qu’elle a toujours voulu être. Une redneck qui comprend les incohérences et la folie de son pays, une femme d’en bas qui a vu sa famille galérer toute la première partie de sa vie et qui sait qu’en temps de pandémie ils auraient fait partie des sacrifiés. John Lennon chantait Imagine et a changé le monde par des mots, puis fut assassiné certainement pour son pouvoir trop grandissant (pas de complot délirant gouvernemental, on a certainement eu seulement un désaxé dont la folie a pris le dessus, heureusement que Jim Carrey a acheté des tubes de gouache). Faisons-tout pour protéger notre Britney et suivons-la dans sa révolution. Se changer soi, avant de couper des têtes.

À demain si le monde n’a pas encore brûlé. En France, nous sommes obligés d’attendre de toute manière, Emmanuel prend la parole ce jeudi. Est-ce que notre révolution viendra de Priscilla ? Je crois que c’est mal barré, elle s’est mariée avec un joueur de foot, pour une fois les Américains sont bien plus audacieux. En même temps, elle chantait dès le début des rêves bien plus terre à terre.

Jocelyn Borde