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La pêche aux souvenirs (part. 4) - SURVI
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— COURRIEL QUÉBECᚏ JOUR 45

La pêche aux souvenirs (part. 4)

By 30 avril 2020 No Comments

La fin annoncée du confinement sonne pour moi comme le retour définitif en France. Ce n’est pas particulièrement la fin à laquelle j’avais pensée lorsque j’ai débarqué à Montréal, tout pimpant, en septembre 2018. À mon arrivée, un ami m’a conseillé de documenter mes premiers jours de l’autre côté de l’Atlantique. Après avoir évité le sujet pendant quelque temps, je me suis finalement prêté au jeu, le temps d’une dizaine de pages. Avant de lâcher l’affaire. Peut-être qu’en le partageant sur SURVI, je trouverai une fin.

Mercredi 10 octobre 2018. 11:51

Ok, alors là ce n’est même plus un manque d’assiduité, c’est de la tromperie. Presque une semaine sans écrire. Je n’en suis pas particulièrement fier. De plus, je m’aperçois que, plus j’attends, plus me remettre devant un écran est difficile. Comme si j’avais peur d’affronter mon « laxisme rédactionnel rampant ». Cette expression ne vient pas de moi. Il s’agit d’un qualificatif que m’avait donné un de mes supérieurs, à l’époque où je débutais ma carrière de journaliste. Même avec le temps, certains défauts persistent. 

Six jours, et tant de choses à dire, que je ne sais plus par où commencer. Au départ, j’avais remis au lendemain mon récit quotidien, prétextant que « c’est le week-end et, comme toute personne normalement constituée, j’ai besoin de repos ». Puis lundi, jour auquel j’aurais dû reprendre mes petites habitudes au Darling, avec mon Americano et mon ordinateur, voilà qu’on me met un jour férié dans les dents. L’Action de Grâce, qu’ils disent. Je ne me suis pas particulièrement renseigné sur la signification de cette journée, mais j’ai bien mangé. Une dinde de sept kilos pour une tablée de seize personnes, avec quelques têtes inconnues et des visages qui me semblent peu à peu familiers. La routine canadienne.

À cette occasion, Tom, une nouvelle fois voisin de tablée, a prétexté l’Action de Grâce pour me montrer ses talents de rouleur de pétard. « Tu connais le sapin de Noël ? », m’a-t-il soufflé à l’oreille entre le plat de résistance et le dessert. « Quelque chose me dit que ça n’a rien à voir avec le grand arbre qui pousse dans les foyers la deuxième quinzaine de décembre », lui ai-je répondu.

Petit aparté. Je m’aperçois que c’est la deuxième fois que je parle de Tom, sans vraiment aller plus loin dans la description. Pourtant, il s’agit d’un type que je croise régulièrement depuis mon arrivée à Montréal. Tom fait partie de ces gens à qui tu ne peux pas donner un âge. Physiquement, il porte quelques signes qui tendent à le classer dans la catégorie du « presque quarantenaire ». À l’allure, tu le déplaces  dans le « presque trentenaire ». J’imagine qu’il se situe un petit peu au milieu des deux. Peu à peu, je découvre une personne vraiment à l’écoute, avec laquelle les brefs échanges peuvent devenir des conversations sans fin.

Plein de malice, Tom se met à rouler un cône (les dîners se ressemblent) puis s’empare d’une bouteille de sirop d’érable, badigeonne son œuvre de ce doux produit sucré, et ajoute à nouveau du cannabis à même la feuille collante. « Ça, c’est un sapin de Noël », me dit-il fièrement.

À nouveau au fond du canapé, je repense aux bonnes résolutions que j’avais listées à mes amis français avant de prendre l’avion. Premier point : profiter d’un environnement totalement nouveau pour me reprendre en main. Doux rêveur.

Calixte de Procé