loader image
— COURRIEL QUÉBECᚏ JOUR 38

La pêche aux souvenirs (part. 1)

By 23 avril 2020 No Comments

La fin annoncée du confinement sonne pour moi comme le retour définitif en France. Ce n’est pas particulièrement la fin à laquelle j’avais pensée lorsque j’ai débarqué à Montréal, tout pimpant, en septembre 2018. Pourtant, c’est depuis mon salon et non au beau milieu d’un parc national que je consomme les derniers mois de mon visa canadien.

À mon arrivée, un ami m’a conseillé de documenter mes premiers jours de l’autre côté de l’Atlantique. Après avoir évité le sujet pendant quelque temps, je me suis finalement prêté au jeu, le temps d’une dizaine de pages. Avant de lâcher l’affaire.

Peut-être qu’en le partageant sur SURVI, je trouverai une fin.

Mardi 02 octobre 2018. 10:03

Jour 1 de ma nouvelle expérience rédactionnelle. Me voilà tout excité devant mon clavier, sourire en coin, prêt à regarder ma nouvelle vie dans le blanc des yeux. Comme chaque matin, je m’installe au Darling, un café situé au coin de Marie-Anne et du Boulevard Saint-Laurent. Cinq jours que j’ai découvert cet endroit, et déjà je m’y sens comme chez moi. À l’intérieur, l’ambiance est cosy à souhait. Les grands canapés marrons se frayent un chemin au milieu des plantes et d’objets dépareillés. Autour de moi, des tables occupées par des jeunes professionnels devant leurs laptops. On se croirait dans une B.U. de trentenaires. En tendant l’oreille, on entend un morceau d’Otis Redding sur fond de tasses qui s’entrechoquent. 

Comme à mon habitude, je m’installe au fond du bar, collé à la fenêtre, et trempe mes lèvres dans mon Americano bouillant. À ma gauche, une vue d’ensemble sur la clientèle. À ma droite, Montréal. Tiens, le serveur d’hier, arborant fièrement des cheveux bicolores noir corbeau / orange Tropicana, a visiblement cédé sa place à sa collègue au crâne rasé et au visage enfantin. Une sorte de remake d’Eleven dans Stranger Things, avec quinze ans de plus.

Hier, toujours au Darling, mon nouveau pote JC est venu boire un Latté en ma compagnie. JC, pour Jean-Christophe, ou Jean-Charles, ou Jacques-Cartier ? Aucune idée. Tout le monde l’appelle Jyssé ou Jayssi, lui-même se présente comme tel et, sur les différents réseaux sociaux où nous sommes désormais connectés, l’intéressé signe JC.

Physiquement, le Québécois porte fièrement une barbe faussement mal taillée, des cheveux faussement mal coiffés et une allure faussement débraillée. Fumeur invétéré de pot, JC est probablement ton meilleur pote et le pire cauchemar de ma mère.

Durant plus de deux heures, nous avons discuté voyages, ex-copines et travail. JC a toujours des choses à dire, et je bois ses paroles aussi vite que mon café. Il m’a notamment raconté comment, lors d’un tour d’Europe avec son ex, il s’est fait voler toutes ses affaires dans une auberge de jeunesse à Barcelone. Embrumé, JC s’était éclipsé pour piquer un somme. Sa copine de l’époque, enchaînant les cerveza, avait donné ses clés à un inconnu pour que ce dernier « s’assure que JC dormait bien ». L’inconnu n’est jamais revenu, et la chambre s’est faite dévaliser. « Le guy a dû se dire – Putain ces Québécois sont vraiment fuckin’ crédules », a analysé JC. Même si ça m’a fait un peu de peine, je n’ai pas pu lui donner totalement tort.

Calixte de Procé