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— FLEUR BLEUEᚏ JOUR 35

La croisière, sa muse

By 20 avril 2020 No Comments

Ah les croisières, leurs délices, un tour du monde en trois mois, des destinations de rêve. Ah ces familles économes, durant tant d’années, vouées à la dépense, folle idée, le temps d’un détour de la vie, d’un tour du globe alangui. Ah mais quelle bête les a piqués d’aller virevolter ainsi alors que se répandait l’immondice ?

Et ces étapes grossières, pour emplir des déserts de culture d’un fantasme vain de l’ailleurs, ont-elles participé à répandre le mal au sein du ventre géant qui sillonnait les mers ? Ces HLM de luxe, montés sur flotteurs puissants, entreront-ils ou non dans nos ports protégés ? Quel suspense ces derniers jours !

Les pays frontaliers s’affrontent en diplomates scients en matière de oui ou de non, ils nous divertissent de mesures à prendre ou éviter.

Nous voyageons, cela nous distrait !

L’Espagne dit oui, mais pour les siens. La France dit non, cela suffit.

Et l’Italie, aïe, l’Italie accueille les milliers de passagers, qui fuiront ensuite via des transports hautement anxiogènes, vers nos tendres pays, lesquels ont refusé, mais acceptent le transit.

C’est rigolo, un Italien au pouvoir.

Ça refuse des héroïnes aux commandes de petits bateaux sauveurs, au courage magnifique, d’une dignité sans nom…

Et puis, quelques mois après, les élections ont eu du bon. Ça accepte les voyageurs zélés, trop bronzés, et surtout éreintés d’être ainsi balancés entre soirées et soirées, pardon, ports et ports, pendant trop longtemps pour que l’on ne s’en indigne !

Hmmmm, le Costa Deliziosa, qui consomme en un tour du monde des centaines de périph’ parisiens, cessera au moins de polluer nos airs et se mettra au diapason de la délicate ironie de notre sort écolo du moment.

C’est beau, une croisière quand ça cesse.

Jean-Christophe Baudouin