Warning: Creating default object from empty value in /homepages/44/d821061045/htdocs/app821061203/wp-content/themes/salient/nectar/redux-framework/ReduxCore/inc/class.redux_filesystem.php on line 29
Isolement sous haute tension - SURVI
loader image
— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 36

Isolement sous haute tension

By 21 avril 2020 No Comments

Il y a une certaine forme de routine qui s’installe. Non l’insidieuse classique pénétrant le couple, là le temps est étiré. Il faut du renouvellement, sans cesse. Pourtant, être à la mode ne sert à rien, on ne sort plus. Elles te servent à quoi désormais tes chaussures à 125 euros quand le seul réconfort provient de tes charentaises ? Je me demande d’ailleurs si les tendances continuent d’évoluer : quand on va sortir le bandana, sera-t-il revenu à la mode ? Il servira de cache-misère au regard de tous les masques manquants cela dit. De mon côté, mon moi ne se transforme pas. Je n’ai pas mis 36 ans à construire cet être imparfait pour, à la première crise majeure, tout foutre en l’air ce travail de sape. Je suis impassible face aux évolutions de ce monde en feu. Visiblement le pétrole serait gratuit d’ici peu. Je ne suis pas un expert des cours de baril, mais je peux assurer que cela ne prédit en général rien de bon. Je n’ai pas de voiture, alors je ne sais pas ce que je vais foutre de barils à la maison et donc ne vais pas monter un business-plan. Vous me direz, certains avaient une vie paisible et pensent que la réunion de leurs êtres et la création d’enfants est un investissement au long terme pour notre société, nul plan n’est parfait. Après, c’est mathématique : le cour est indexé sur la consommation. On sort moins, on se déplace moins, en toute logique moins de voiture. Pour le reste des produits livrables qui n’ont besoin que de piles, la tendance est inversée. Les gens restent chez eux, consomment plus (cette affirmation s’appose aussi au corps de leurs compagnons) donc le cour des ustensiles d’amusement type sex-toys serait en hausse de plus de 40%. Ces rabbits servent-ils en priorité aux gens en solo qui ont peur de la tendinite et d’encombrer les services des urgences ? Ou des couples en mal de sensations (à un moment, c’est compliqué de varier et on est coincé de toute manière, alors le plaisir prostatique il est vrai…) ?

La réalité est que, même dans ce secteur du corps à corps, il convient d’innover. Peu importe la situation (en solo, à deux et épanouis, à deux et en manque de celui ou celle qui nous épanouit), nous sommes en recherche d’indices. Comme d’habitude, certains font les malins. Et comme depuis le début du confinement, des gens sans aucune compétence ou diplôme à mon instar sont là pour vous éclairer. Je décrypte les signes. Netflix nous propose ainsi une nouvelle série réalité. Un genre à l’ancienne comme si le temps n’avait plus cour. Séduction sous haute tension, cela s’appelle. Nous ne sommes pas forcément dans l’intellect, après il faut parfois laisser le cerveau se reposer pour mieux hisser la grande voile. Je n’ai pas pu aller plus loin que la bande-annonce, malgré mon goût du sacrifice. Nous nous retrouvons sur une idée classique à l’île de la tentation ou n’importe quel concept de la sorte à dire vrai. Foutre des gens plutôt bien gaulés ensemble sur une île et attendre que tout le monde copule pour contrer le désœuvrement. Proposer la version avec du sable de n’importe quel samedi soir sur terre dans un bar au fond. On leur infuse de l’alcool et croise les doigts pour qu’ils oublient les capuchons. Ainsi le bénéfice est double. En sus des images dévêtues, on récupère l’argent de la vente de la paparazade sur l’avortement ou de l’accouchement neuf mois plus tard. Le plan est rôdé et connu. Mais nous sommes en 2020, la terre ne tourne plus dans le même sens. Je vous rappelle que cela nous coûte désormais plus cher d’acheter précisément des préservatifs que du pétrole. Et j’ai eu beau poncer YouTube, il n’y a pas de tuto pour transformer le second en premier via un passage au micro-onde. Ce nouveau programme passe donc un cap sur l’indécence : nous avons toujours de jeunes trop musclés pour être honnêtes, aux fessiers encore fermes de ne pas avoir connu les premières affres de la vie qui sont certes confinés. Et pour gagner des points, de la popularité et donc le jeu, la règle est de ne pas coucher. Déjà cela sous-entend que l’on considère que ces candidats ne pourraient se retenir plus de quelques jours. Franchement il suffit de se rappeler notre adolescence et de se mettre en condition : c’était tous les jours que nous étions obligés de nous retenir. Le grand défi intérieur du confinement serait donc celui-ci ?

Que veut me dire ce programme ? Que l’élévation intérieure se produirait via un stockage des fluides et des excitations ? Est-ce une tentative désespérée des fondamentalistes religieux de toute sorte de profiter de cette ambiance de fin du monde pour inculquer de mauvaises idées de la sorte aux jeunes générations ? C’est certain que pour la santé publique, la meilleure des préventions est l’abstinence. Mais cela vaut si tu es mormon. La réalité, c’est l’information et non pas l’affabulation. Le message envoyé ici est double : si tu ne couches pas, tu es un vainqueur, et si tu n’as pas matière à réfléchir si tu souhaites copuler ou non (avec consentement toujours) c’est que tu es trop moche par rapport à ces bellâtres. Ou peut être est-ce un complot de nos gouvernements se rendant compte de la pauvreté des hôpitaux publics ? Pour ne pas faire face à un surplus de naissance dû à un baby-boom et devoir encore acheter de nouveaux respirateurs, la politique est celle de la couille-rentrée (et la chatte-serrée pour la parité). Ce n’est la première fois que l’industrie du spectacle nous fait le coup des messages subliminaux. Déjà, de mon temps adolescent, il y a eu 40 jours et 40 nuits. Une comédie avec Josh Hartnett qui était à l’époque au summum du cool et représentait tout ce que l’adolescent moyen voulait être (enfin l’adolescent blanc, de classe moyenne et n’ayant aucun problème dans sa vie). Dans ce film, on le suit à la recherche du véritable amour, celui-ci ne pouvant se trouver qu’en combattant sa vie de séducteur et donc en faisant la diète du sexe. Évidemment, les femmes vont se jeter sur lui pour une histoire de pari et d’attirance qui devient déraisonnée tant il paraît inatteignable et dégage des phéromones puissants (dans la vraie vie, la seule odeur qui émane en cas de disette sexuelle est celle de nos aisselles car, à un moment, on ne va pas s’emmerder avec un déo pour notre propre confort). Le stupre contre l’amour véritable ; celui d’une vie. Y a-t-il concept plus conservateur et in fine américain ? Déjà car cela voudrait dire que l’on ne laisse aucune chance à nos plans-culs. Ce qui n’est pas sympa, on laisse toujours une chance au produit. Comme Darty, c’est le contrat de confiance. Selon le film, une fois nos petites affaires débutées, on serait coincé. Donc pour faire repartir l’amour il faudrait passer par les régimes type diète du cul. Si l’on combine cela au detox qui ne consiste à ne manger que du raisin, je suis certain que le colon est bien propre après pour toutes les expérimentations.

Le cinéma américain a souvent joué un double jeu sur les premières constructions adolescentes. Montrer énormément de torses huilés, de poitrines refaites pour, au final, nous asséner une morale bien rétrograde sur le mariage. Pour vivre longtemps mais malheureux, vivez bagués. Dans toutes nos teen comedies préférées, les épisodes du type « 20 ans après » n’existent pas mais sont induits. La fête est à un moment terminée et vous êtes coincés avec le premier ou la première que vous avez réussi à décoincer. Seul American Pie a osé la fresque avec un épisode 4 qui bascule dans le futur. Le « Il était une fois l’Amérique » de la branlette nous conte clairement que les personnages ont fini par se ranger et se font tous chier. Ils amènent les gosses à l’école, trompent l’ennui dans des parties de ligue de foot imaginaire et pour ceux qui ont eu l’outrecuidance de multiplier plusieurs expériences après leur compagne de lycée vivent dans le péché et le malheur infini. L’éternel recommencement de la vie induit que le masturbateur de tarte à la pomme se retrouve coincé dans une relation triste et son seul échappatoire est YouPorn. L’interligne serait cependant d’accepter que sa femme aussi a des fantasmes tordus et que la communication à défaut de permettre leur réalisation peut déjà être un jeu en soi. Mais non, le film nous montre des adultes qui retournent à leur condition primaire de lycéen : ne pas savoir comment aborder l’autre sexe. Comme si nous étions éternellement coincés dans une boucle temporelle ou nos confinements étaient intérieurs. American Pie aurait-il été prophétique ? Si l’on en croit cet épisode, le seul personnage un tantinet heureux est Finch qui a construit toute sa vie sexuelle en couchant avec des mamans. Vous avez donc la solution pour être épanouis. Pour le versant féminin, faites de même avec les pères : ils ont de plus plein de fric et de temps en trop à dépenser ne gardant leurs enfants en général que quatre jours par mois. Blague à part, le seul personnage ayant dépassé les affres du temps est celui qui a écouté ce qui le rend heureux et accepte précisément ce qui l’excite. Et il le partage avec celles qui acceptent de troquer d’autres de leurs fantasmes sans jamais juger. Le salut ne se trouve pas dans la simple acceptation de cet état intérieur et American Pie nous donne une grande leçon de vie. Il faut  accepter de grandir et vieillir : si l’on bande moins ou mouille moins rapidement, des ustensiles sont là pour nous aider. L’isolement serait le temps où l’on peut réfléchir sur nous et faire le point. Le seul pour nous à trouver est le G, peu importe où celui-ci se situe. Son emplacement est différent pour tous (pas physiologiquement, je ne suis pas stupide, je sais que les filles elles aiment bien qu’on leur masse le genou gauche). Chez certains personnages, ce sera la famille, d’autres la vie de rencontres multiples. La seule règle est le non-choix : tout est dans le partage des tâches et des jouets. Certainement pas dans l’île où le coffre à trésors des fantasmes est bouclé à triple tour au risque d’explosion séminale. Communiquons sur ceux-ci, on pourra toujours faire jouer le caractère anxiogène de cette situation comme élément déclencheur : « je te jure que si, je t’ai parlé de mon souhait d’être déguisé en tortue sexy, c’est à cause de la dernière allocution présidentielle ».

À demain pour un épisode plus chaste, le mercredi c’est le jour des enfants à ce qu’il paraît.

Jocelyn Borde