loader image
— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 50

Helga : L’Islande du zéro cas

By 5 mai 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

Helga : L’Islande du zéro cas

Dans mon tour du monde des confinements, je me suis déjà rendu sur plusieurs îles : Australie, Royaume-Uni, Sri Lanka. En temps de pandémie, habiter sur un rocher présente un avantage et un inconvénient. L’avantage, c’est qu’on peut assez facilement s’isoler du reste du monde. L’inconvénient, c’est qu’on est facilement isolé du reste du monde. Une fois le virus présent sur l’île, les habitants fonctionnent en vase clos et il peut devenir compliqué de s’en débarrasser (demande à Boris). Ce matin, j’ai voulu me rendre sur une île qui ne compte plus de nouvelles infections et qui se projette désormais vers l’avenir. Direction Garðabær, dans la banlieue de Reykjavík, en Islande.

Helga m’accueille avec un grand sourire, elle qui vient de donner naissance à un magnifique bébé il y a quelques mois à peine. À l’heure de la sieste, on s’installe dans le salon et elle m’en dit un peu plus sur la situation en Islande. « Depuis lundi, plusieurs restrictions sont levées. Les enfants retournent à l’école, les restaurants et les cafés rouvrent doucement. » Ce n’est pas la première fois que l’Islande étonne et impressionne par sa gestion des événements (et c’est sans parler du huitième de finale face à l’Angleterre de l’Euro 2016 de football). Le pays comptait pendant un temps le taux de contamination le plus élevé au monde : 1 cas pour 245 personnes. Mais cette donnée s’explique par le nombre de dépistages par habitant, là aussi l’un des plus importants au monde. « Au début, les chiffres sont montés très vite. C’était vraiment inquiétant », m’explique Helga. Mais la coopération entre les laboratoires et le Gouvernement a surtout permis de recenser très rapidement les personnes infectées  et asymptomatiques. « La police a même créé une nouvelle section de détectives pour traquer ces personnes et mettre en quarantaine ceux qui les avaient côtoyés. »

Helga, qui profite d’un repos bien mérité, vit ce confinement sans trop de soucis. « Je passe le plus clair de mon temps à m’occuper de mon fils. On regarde des concerts en livestream et je prépare des tonnes de trucs à manger », me dit-elle. Tous les jours, une conférence de presse informe les Islandais de la situation. Contrairement à chez nous, ces conférences n’accueillent que très rarement la Première ministre islandaise, Katrín Jakobsdóttir. « Parfois ce sont des docteurs, parfois le chef de la police ou bien des spécialistes de leur domaine. » C’est intéressant ça. En Islande, on valorise la parole des experts et on la médiatise, ce qui permet de dépolitiser un peu le débat. J’en profite pour me demander : à choisir entre la parole de mon docteur et celle d’Édouard Philippe… Vous m’avez compris. Le mari d’Helga est chinois et, au début de l’épidémie, le couple a eu un peu peur que le regard des autres change. Au final, tout s’est bien passé. « Je suis soulagée, me dit Helga. Les Islandais adorent se chamailler, mais il y a deux choses sur lesquels on est tous solidaires : la lutte contre le virus et l’équipe de football. » Encore eux. Le réel problème qui se pose désormais en Islande est d’ordre économique. Les frontières du pays ne sont pas fermées, et tout un chacun peut s’y rendre s’il observe quatorze jours de quarantaine à l’arrivée. Mais, dans les conditions actuelles, l’industrie du tourisme risque de souffrir durement d’un été sans grande activité. « Avec la crise économique de 2008 et l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010, notre industrie du tourisme est déjà bien mal en point. » Pourquoi pas inviter à nouveau Justin Bieber pour relancer la machine ? « Non, clairement pas. » Suck it, Bieber.

Aujourd’hui, il fait beau d’après les Islandais. Le thermomètre indique 8°C, mais le soleil rayonne de six heures du matin à dix heures du soir. « Le gros changement, c’est que maintenant je peux voir mes copains à nouveau. Les appels par écrans interposés c’est sympa, mais ça n’a rien à voir avec une après-midi au parc. » Helga marque un point. Peut-être même dix. Après deux mois enfermés à l’intérieur, je crois qu’on en est tous plus ou moins arrivés au même constat : vivement qu’on éteigne tous ces écrans et que l’on retourne traîner dehors.

Grégoire Bienvenu