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François Truffaut, de Noël Simsolo et Marek - SURVI
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— JEAN-FRANÇOIS KIERZKOWSKIᚏ JOUR 32

François Truffaut, de Noël Simsolo et Marek

By 17 avril 2020 No Comments

François Truffaut de Noël Simsolo et Marek (Éditions Glénat, 2020)

Depuis le début de SURVI, vous avez certainement remarqué les dessins qui accompagnent chacune de mes chroniques : élégants, précis, dans une ligne claire maîtrisée, ils sont signés du dessinateur Marek, auteur et illustrateur de bandes dessinées.

Si je vous parle de lui aujourd’hui, c’est que Marek devait sortir cette semaine son dernier ouvrage aux éditions Glénat : une épaisse biographie de François Truffaut en bande dessinée (dont Noël Simsolo signe le scénario). Devait sortir, dis-je. Coronavirus oblige, la publication est reportée à plus tard. À quand ? Juin, probablement. Le problème, c’est que toutes les sorties sont reportées à juin. Les librairies se préparent à un raz-de-marée de nouveautés. Les présentoirs n’étant pas extensibles, il faudra s’attendre à un turn-over littéraire qui ne laissera aucune chance aux livres qui ne feront pas leur preuve immédiate.

Je préfère donc vous prévenir à l’avance : ne passez pas à côté de ce Truffaut.

J’en entends déjà certains qui râlent : « On n’aura pas que ça à faire ! Lire la bio d’un cinéaste mort depuis plus de 30 ans sera à mille lieues de nos préoccupations postpandémiques. » Pour convaincre ces lecteurs réticents, je pourrais répondre que Truffaut s’y connaissait en matière de confinement : enfermé dans un centre d’observation des mineurs délinquants durant son adolescence, puis placé en foyer sous surveillance étroite, l’homme a été profondément marqué par un besoin d’évasion qu’il a retranscrit dans tous ses films : dans Les 400 coups, Antoine Doinel n’est-il pas placé dans un centre d’observation par un juge pour enfant ? L’enfant sauvage n’est-il pas le récit d’un ado retrouvant la liberté après avoir été mystérieusement enfermé depuis sa naissance ? Et que dire du dramaturge reclus dans la cave du théâtre Montmartre dans Le Dernier Métro ? Et de Jean-Louis Trintignant dans Vivement dimanche ! enfermé dans sa cave à observer les jambes des passantes par un soupirail…

« D’accord, diront toujours les mêmes râleurs, mais quand le confinement sera levé, qui aura encore envie de lire la vie d’un homme hanté par ses claustrations ? » (vous remarquerez comme j’ai tendance à dialoguer avec des détracteurs imaginaires après un mois de confinement…)

Plus envie d’entendre parler d’enfermement lors de notre libération cet été, dites-vous ? Pas faux (vous remarquerez aussi que je suis souvent d’accord avec mes contradicteurs imaginaires) Alors trouvons un autre argument : Truffaut, c’est l’histoire d’un homme qui a vécu une adolescence mouvementée  dans l’époque terrible de la récession d’après-guerre. Or, ne nous affirme-t-on pas depuis des semaines que nous devons nous préparer à une période de vaches maigres ? Dans cette perspective, il est intéressant de se souvenir qu’une passion (pour le cinéma, par exemple) est un parfait moyen de s’extraire de la misère. Truffaut est l’exemple même d’une vie sauvée grâce à l’amour de l’art. À méditer.

Et pour finir, j’en reviens à Marek. Que fait-il pendant que son livre reste en stand-by ? Comme Truffaut : il s’en sort grâce à l’amour de l’art. La preuve en est qu’il dessine son jardin. D’où la belle illustration qu’il nous offre aujourd’hui pour SURVI.

Jean-François Kierzkowski

Illustration : Marek