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Il y a des instants qui ne servent à rien. Des moments de vie, des années où cela ne compte pas. Étrangement, tout le monde te fête tes sept ans car visiblement c’est l’âge de raison, tes dix car c’est rond, la formule s’applique ensuite aux dizaines. De mon côté, j’avais fêté avec enthousiasmes mes 25 car mon cerveau a toujours cru que ce serait mon entrée dans le club (je parle de la mort. Bonne ambiance garantie. Cette croyance m’était apparue après avoir tenté un retourné acrobatique dans mon salon et en me fracassant le crâne. Olive et Tom, un danger pour tous les enfants). Ne me demandez pas pourquoi c’était aussi précis, mais cela était écrit ainsi. Au fond, mis à part ce sentiment de survie symbolique, rien ne m’a réellement atteint. Content de souffler les bougies chaque année, ce qui prouve que je suis encore de ce monde (c’est visiblement de plus en plus une victoire quand aller au supermarché devient un combat). Dans l’échelon de notre cursus scolaire, il en est de même : certaines années ne marqueront pas. Le CP, tu apprends à lire et si tu ne mouilles plus tes culottes, à toi la classe de neige (spoiler : je ne suis jamais parti). 6ème : arrivé dans le monde des adultes avec ses découvertes comme mentionnées hier. 5ème, en toute franchise, cela ne sert à rien. En général, vous avez la même classe, aucune évolution majeure. Vous êtes un peu plus à l’aise dans cette jungle sans pour autant avoir choisi votre camp : vous longez les murs pour ne pas être martyrisés, mais ne luttez pas contre l’oppression. En 5ème, nous sommes un peu tous François Bayrou. Cette classe n’est pas celle des aventures. Alors certes on commence une seconde langue, mais soyons honnêtes : personne n’a envie de regarder sa série préférée en Espagnol ou en Allemand sous-titré. Ok Un, Dos, Tres était stylé et j’ai commencé à comprendre que visiblement dans cet univers fictionné, un paquet de professeurs couchaient avec leurs élèves (ce qui m’a valu quelques sueurs froides quand je pensais à mes profs d’alors. Moi Lolita, certainement pas). J’ai donc choisi Espagnol par pure fainéantise et pour pouvoir avoir la moyenne en traduisant une chanson de quatre lignes de Manu Chao. La 5ème, c’est peut-être cela finalement : voir son destin insidieusement trahi par la liberté qu’on nous laisse. Celles et ceux dont les parents avaient de trop grand rêves et une idolâtrie pour l’économie de marché du modèle allemand allaient forcément les décevoir, nous autres pequeños espíritus libres allions arpenter une voie bien plus dangereuse. Nos échecs nous appartiendront. Tres calabacines por favor, à peu près tout ce que j’ai retenu. Mais je fus vite autonome.

Pour Harry même enseigne. Enfin, lui vit toujours sous son escalier l’été. Il a beau sauver le monde des sorciers, in real-life il reste un moins que rien. Tu peux dessiner la plus belle des îles à Animal Crossing, la réalité te frappe toujours de plein fouet. Qu’est-ce que vous croyez ? Jordy, il avait beau courir les plateaux télés, il devait ranger sa chambre et filer tout son pognon. Bakchich parental. Évolution tout de même dans le prisonnier d’Azkaban, les hormones frappent à la porte de cette troisième aventure. Les changements sont matérialisés par des cheveux mal coiffés et des tenues savamment débraillées. Tout un art : heureusement que le gel pour reproduire l’effet saut du lit existe. Les publicitaires arrivent donc à nous vendre des formes de placements capillaires que l’on produit naturellement dans la nuit. Tu bosses des heures à ne pas trouver ta position contre l’oreiller, mais non Vivel Dop le fera toujours mieux que toi. En termes de parité, ils vendent également bon nombre de savons intimes quand le vagin est auto-nettoyant. L’Éléphant Bleu dans nos culottes, pétards Mammouth sur le crâne. Ce troisième film est celui des amis, de la confirmation de sa bande. Avec Ron et Hermione, ils se rapprochent toujours plus d’Hagrid. Un garde de trois mètres de haut, barbu qui vit au fond de la forêt et aimant énormément les enfants. En toute logique, on pourrait avancer qu’il y a un loup dans la bergerie, mais si celui-ci apparaît dans l’histoire ce n’est pas celui que l’on croit. Hermione suit un nombre incalculable de cours car il a pris toutes les options et visiblement est clairement du camp allemand première langue. Ce livre et film qui sont mes préférés de la saga nous content au final les choix et orientations de ces jeunes élèves face à l’ennui que propose la 5ème. Objectivement, mon voyage en Espagne (oui, j’avais arrêté de mouiller mes slips) s’est déroulé de la sorte : on pouvait sortir la nuit, nos accueillantes étaient un couple de lesbiennes qui nous ont proposé en premier repas l’équivalent d’un buffet d’Astérix, on s’est battu dans la rue après avoir refusé de donner une cigarette ivres de San Miguel. Visiblement, l’excursion allemande de mes comparses de l’autre choix fut remplie de rigueur et d’un scandale qui a éclaté autour d’un joint retrouvé dans le bus. La tournée de Mötley Crüe contre celle des Poppys. Harry lui a aussi choisi la voie de l’aventure, de ne pas respecter les règles et ne pas forcément croire aux figures d’autorité. La 5ème, c’est accepter qu’il n’y a pas de destin, seulement des agrégats de décisions qui nous amènent un jour à regretter. Accepter d’acter des chemins de vie sans rien comprendre à celle-ci, les adultes n’étant pas beaucoup mieux armés que nous. Qu’est-ce qu’ils y connaissent au choix de la seconde langue ; eux apprenaient des langues régionales à l’école ?

Pour se donner fière allure, il reste toujours la case sport. Ou parader en couple. Soit tu trouves une activité où tu domines, sinon tu te maques. La société des adolescents est en réalité hyper conservatrice. Cela ne sert à rien de parader avec des nudes sur Snapchat : si tu n’as remporté ta coupe de France UNSS au foot ou que tu n’as pas promis l’amour éternel jusqu’au cahier de vacances de 4ème, tu as raté ton secondaire. Harry a réfléchi à ses choix et dans le livre suivant (La coupe de feu) optera pour la compétition. Il ne sait absolument pas parler et encore moins comprendre les jeunes femmes et conclura qu’il est moins dangereux de chevaucher un dragon que de braver l’épreuve de danse au bal de fin année. Nous n’avons pas cette tradition bien américaine (ou du monde de la magie visiblement, après, s’ils sont tant en galère, ils n’ont qu’à se jeter un sort pour ne pas laisser bébé dans un coin, Expecto Patrick Swayze), les coutumes françaises se portent plus sur la galoche sous préau et les rumeurs qui s’ensuivent. Encore une preuve du caractère vielle France rance : tout les garçons fabulent sur une conquête féminine, mais dès que l’une d’entre elles franchit le pas, elle se retrouve affublée des pires anecdotes de la terre. Tu mélanges ton chewing-gum innocemment et, en deux temps trois mouvements de langue, tu serais mère de trois enfants, dont un abandonné dans une ruelle, et tu te prostituerais pour t’offrir ta palette à Sephora. C’est là que souvent les adolescentes bien plus matures que les personnes dotées d’un pénis en mutation prouvent leur supériorité intellectuelle et de discernement. Si elles sortent toujours avec le rigolo ou le rebelle au grand cœur de l’école, c’est car lui ne joue pas un rôle. Mes repères de ce qui était cool à l’époque étant un sweat Iron Maiden et chanter à haute voix les chansons des Chevaliers du Fiel, il valait mieux qu’aucune photo et trace d’un bal n’émerge. Le ridicule en cas de tentative d’invitation aurait été réelle. Dans les films, ce type de soirée est mignonne : on mélange un peu de punch au jus de canneberge ou on boit plus de bière au beurre (c’est là qu’on voit tout de même que cette série est anglaise, cela ne choque personne que les enfants boivent des canettes dans des pubs, mélangées avec du gras. On parle d’un pays qui a inventé le concept d’arrêt maladie pour gueule de bois, non ce n’est pas le chômage sous Thatcher, oui je vous délivre des cours d’histoire gratuitement en plus de l’orientation pour votre choix de langues vivantes). Une soirée telle que celle du film dans ma contrée bretonne, cela aurait forcément mal terminé. Je viens d’un pays où les jeunes désœuvrés pour s’occuper le mercredi après-midi opèrent des concours de cul-sec de blancs. Et cela ne consiste pas à s’épiler le siphon inter-fessier entre copains, mais bien à boire le plus rapidement une bouteille entière de vin. Un jour, de mes yeux, j’ai vu le résultat de 13 secondes. Un vomi et un avenir gâché à jamais plus tard pour ce jeune qui a connu la gloire trop vite. Les affres de la célébrité, Harry n’y touche pas dans ce film puisqu’en bon élève de 5ème, il pue la lose. Pas de danse, son meilleur pote ne comprend pas qu’Hermione préfère aller danser avec un autre garçon (qui vient manifestement de Russie, qui décidément s’ils n’ont plus l’arme nucléaire dans les films continuent d’être vus comme des méchants) et l’amitié est mise à rude épreuve. Celle des ragots et des quolibets. Comment surmonter une fraternité mise à mal par les affres de la vie, les côtes de popularité et les hormones ? Avec un bon relent de compétition bien entendu.

Le collège offre donc une seconde possibilité de briller : le sport. Il existe même des compétitions avec des élèves d’autres villes : l’UNSS. Alors là encore, ne vous attendez pas à une ferveur comme dans tout bon film américain, vous participez seulement à un cross dans la boue pendant que vos parents vous maudissent de ruiner leur samedi matin (et donc objectivement leur seul instant où ils pouvaient faire l’amour. Vos désirs de gloire ont massacré leur libido et ont obligé l’un des deux à aller voir ailleurs, remettez-vous en question. Repensez au script : Bim leçon de vie gratuite, économie du psy). Comme pour les deux premiers opus, on constate donc assez simplement que nos jeux olympiques inter-départementaux puent littéralement la banalité face aux épreuves que notre sorcier va traverser. Des dragons, un labyrinthe, et une épreuve aquatique où personne n’est obligée de porter un bonnet de bain. Cela change de mes excursions en côte bretonne où, sous couvert de classe verte, nous nous retrouvions à naviguer sur des optimistes avec comme seule aventure celle de réaliser en solo nos sacs de voyage. Si tu oublies des pantalons de rechange, prépare-toi à passer trois jours avec un jogging qui tient tout seul à l’eau de mer et des algues dans le slip. Certain que ce genre d’épopées ne serait pas arrivé à quelqu’un qui aurait pris Allemand en seconde langue, l’autonomie quel dur apprentissage. Mais je préférerais toujours être du clan d’un pays qui actuellement communique sur un possible retour des festivals dans l’été et donc de la fête et un peu de vie et en même temps passe de la javel sur des plages (ils se sont excusés depuis, après eux n’ont pas le choix. C’est Espagnol, première langue. Vlà le bordel pour la confiance dans le gouvernement). Vivement la 4ème où l’on redevient les petits des grands (oui c’est technique le collège, faut suivre).

À demain pour l’étape 3. Je ne parle pas de plan de déconfinement, là nous en sommes au stade 45. Emmanuel, à tous les coups, il avait du prendre Latin en option pour la grandeur. Et ceux-là, faut s’en méfier.

Jocelyn Borde