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Difficile d’imaginer une pandémie sous le soleil du Sri Lanka - SURVI
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— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 49

Difficile d’imaginer une pandémie sous le soleil du Sri Lanka

By 4 mai 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

Dasuni : Difficile d’imaginer une pandémie sous le soleil du Sri Lanka

Le plus pénible dans cette pandémie, ce ne sont pas les restrictions en elles-mêmes. Honnêtement, combien d’entre vous aviez prévu de voyager entre février et mai ? Qui se mettait les doigts dans la bouche avant que l’OMS ne lui dise de ne pas le faire ? Non, le plus pénible dans la situation actuelle, je crois que c’est de savoir que si l’on voulait faire quoique ce soit qui implique de sortir hors de chez soi, ça serait très compliqué. Ça, et l’ennui. J’ai une amie en doctorat avec moi qui habite un endroit paradisiaque, et qui ne souhaite pourtant qu’une chose : retrouver une situation normale. Vers 23 heures, je me sers un verre de vin et m’en vais lui tenir compagnie sur la côte sud-ouest du Sri Lanka, dans la petite ville de Galle.

Le Sri Lanka est une petite île de vingt-deux millions d’habitants située au large de l’Inde, dans l’océan Indien. Colonisé par les Portugais, les Hollandais puis les Anglais, le pays est devenu un paradis à touristes pour ses eaux turquoises, son architecture coloniale et ses nombreux sites archéologiques. « Pour l’instant c’est un peu calme, me raconte Dasuni, même si on croise encore quelques étrangers qui n’ont pas voulu rentrer dans leur pays. » On s’installe sous une tente dressée dans le grand jardin de ses parents. Dans la ville de Galle, à une centaine de kilomètres au sud de la capitale Colombo, c’est le matin et il fait déjà trente degrés.

« Le gouvernement a fait du bon travail ici, m’explique Dasuni. On n’est qu’un petit un pays en développement, tu sais. » Et comme de nombreux pays dans cette situation, les mesures ne se sont pas fait attendre. Au deuxième cas d’infection déclaré, les écoles ont été fermées. Au trentième cas, le pays a commencé à adopter des mesures de confinement. « Dans les zones considérées à risque, comme dans la capitale, on a eu plusieurs lockdowns de 24 heures. » Dans ce cas, impossible de sortir de chez soi. Des marchands sont missionnés pour vendre de la nourriture à la porte des citoyens enfermés. « Le gouvernement a eu peur des répercussions d’une propagation à grande échelle et a annoncé que l’isolation et la prise en charge dans les hôpitaux seraient gratuits. » Comme en Chine, l’armée a été très largement mobilisée et a construit plus de quarante-cinq camps de quarantaine. Grâce à un traçage très précis de la population sur l’île et l’adoption d’une technique de clusterisation forcée, qui consiste à mettre en quarantaine une zone qui a été visitée par un individu infecté, le Sri Lanka ne compte que 660 cas confirmés. Un nombre ridicule à côté des 30.000 arrestations qui ont eu lieu pour non-respect du confinement.

Dans le décor paradisiaque de Galle, difficile d’imaginer la pandémie qui menace le Sri Lanka. Les choses semblent aller de mieux en mieux, mais les restrictions perdurent. « Pour sortir dehors, on doit porter un masque. En fonction de ton numéro sur ta carte d’identité, tu peux sortir une fois par semaine : s’il commence par le 1 ou le 2, tu peux sortir le lundi par exemple. » Pour occuper les étudiants à la maison, le gouvernement sri lankais a distribué des graines et encouragé ses citoyens à faire pousser des fruits et des légumes chez eux. Dans le fond de son jardin, Dasuni me montre une vingtaine de pots alignés qu’elle attend de pouvoir récolter. J’ai un peu les boules, parce que de mon côté, ça fait bien une vingtaine de jours que mes noyaux d’avocats refusent de pousser. Avec les examens qui approchent, les écoles vont uniquement rouvrir pour les niveaux concernés, avançant la date des vacances pour les autres. « Moi, je passe beaucoup de temps avec mes étudiants de l’université de Colombo, je les aide à se lancer dans leurs recherches alors que j’ai mis ma thèse de côté », me dit Dasuni. Le reste du temps, elle le passe avec sa famille mais aussi auprès d’une association qui vient en aide aux « travailleurs quotidiens », la classe la plus paupérisée du Sri Lanka qui subit de plein fouet l’impossibilité de travailler.

De retour à Vancouver, je m’installe dans le salon et allume la radio. Soudain, me vient une pensée. Quand Aznavour demandait inlassablement à ce qu’on l’emmène au bout de la terre, au pays des merveilles, je crois qu’il aurait tout à fait pu parler du Sri Lanka. Mais Aznavour parlait aussi de cette misère, certes moins pénible au soleil mais pour autant pas moins misérable. Et dans ces temps pandémiques, je crois qu’il est important de se souvenir que si c’est compliqué, il y en a pour qui ça l’est encore plus, même sous le soleil dans un petit coin de paradis.

Grégoire Bienvenu