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— JEAN-FRANÇOIS KIERZKOWSKIᚏ JOUR 35

Dernières lueurs avant la nuit, de Serge Brussolo

By 20 avril 2020 No Comments

Dernières lueurs avant la nuit, de Serge Brussolo (Édition Flammarion, 2000)

Serge Brussolo est l’un des auteurs contemporains les plus prolifiques. Plus de 200 livres en 40 ans : policier, science-fiction, horreur ou suspens, il est le maître de la littérature de l’imaginaire, un Stephen King version française. Sauf que, contrairement à Stephen King, Brussolo n’a jamais vraiment réussi à percer en dehors de nos frontières.

En 2000, Brussolo a certainement voulu remédier à son manque de notoriété internationale en publiant Dernière lumière avant la nuit: un polar noir américain, épais et captivant, avec des rednecks qui boivent des bières la carabine sur l’épaule, des flics qui mangent des donuts dans leur caisse, des prédicateurs fous et, forcément, des serials killers insaisissables. Pari réussi : l’imagination sans borne de Brussolo s’accorde plutôt bien aux codes du genre.

L’histoire ? Elle débute dans un château où un enfant y est confiné (ben oui, je vous rappelle qu’il y a un thème à mes chroniques, quand même…). Cet enfant n’est pas n’importe qui : il s’agit du prince héritier d’un royaume dont les parents, Andrewjz et Antonia, sont le roi et la reine. Les premiers chapitres décrivent un univers idyllique, on se croirait dans le monde du Petit Lord Fauntleroy où l’enfance est dorée et sans souci. Mais, très vite, on a un doute : ce royaume paraît trop parfait. Et puis pourquoi le prince n’a-t-il pas le droit de sortir ? Très vite, on découvre la supercherie : le roi et la reine sont en réalité deux dangereux psychopathes qui ont pour obsession de créer l’illusion d’une fausse royauté autour d’un enfant kidnappé à sa naissance. Quand l’enfant dépasse les dix ans et qu’il devient en âge de réaliser que l’univers dans lequel il évolue est factice, il le tue et kidnappe un autre nourrisson pour recommencer leur jeu de poupée grandeur réelle.

Sauf que là, le gamin échappe au meurtre et réussit à regagner l’extérieur. Une psy et un flic le recueillent et tentent de retrouver le couple de psychopathes avant qu’il ne sévisse à nouveau. La chose n’est pas aisée, car le gamin, très perturbé, reste persuadé d’être le prince d’un royaume auquel on l’a arraché et il n’accorde aucune confiance aux habitants-roturiers de ce très curieux pays appelé “Amérique” dans lequel il a débarqué. À travers l’enquête s’engage une réflexion sur les enfants-rois, à la fois victimes et tyrans, et sur les difficultés d’adaptation d’une génération ayant grandi dans un monde clos et protégé de l’extérieur. Une perspective intéressante de ce que pourrait advenir de notre jeunesse au cas où le confinement s’éterniserait ?

Le livre de Brussolo a obtenu de très bonnes critiques, mais n’a pas franchi les frontières. Pour la petite anecdote, douze ans après, un écrivain inconnu, Joël Dicker, a tenté lui aussi le coup d’une carrière internationale avec La vérité sur l’affaire Harry Quebert. (Quand vous regardez la couverture des deux livres, vous remarquez qu’elles sont similaires.)  L’histoire n’a rien à voir avec Dernière lueur avant la nuit, certes, mais il s’agit également d’un roman américain écrit par un francophone. Et là, banco : traduction dans plusieurs langues et adaptation en série télé…

Les voies du succès sont impénétrables.

Jean-François Kierzkowski

Illustration : Marek