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— SEXITᚏ JOUR 35

De la jouissance au télétravail

By 20 avril 2020 No Comments

Mikaëlla, banquière de 32 ans est confinée avec son mari M. et leurs trois enfants. Guérie du Covid-19, elle a retrouvé le goût et l’odorat et se découvre en manque de sexe et de ses amant.e.s. 

Épisode 3

Quand je fais l’amour avec M., je ne pense jamais à mes amant.e.s. Je l’aime et quand nous sommes dans notre lit, je suis la plus heureuse. Depuis le confinement, on fait bien l’amour et on se découvre des repaires cachés, comme des solstices dans nos saisons intimes. À vrai dire, on ne passe jamais autant de temps ensemble. D’habitude, je suis derrière mon bureau avec mes collègues quatre jours sur cinq de neuf heures à dix-sept heures. Depuis que j’ai passé le cap Covid qui était pire que les pointes dans les mers du sud (je n’ai pas été hospitalisée), je fais la banquière depuis la maison et M. me voit de près avec mes client.e.s – au téléphone. Je vois ses yeux sans concession qui semblent sur le point de découvrir une autre moi, alors je me concentre pour ne pas trop dérouler mes gestes -même au téléphone- séducteurs avec mes clients. Je tiens cet art du charme de mon père qui, s’il avait été un arbre, aurait été un Charme commun et aurait poussé plus haut que tous les arbres autour de lui les ayant convaincus de lui laisser la place pour la photosynthèse.

Comme mon père et comme un Charme (l’arbre), j’aspire à l’ombre, en tous cas, pas toujours au soleil ET je suis heureuse au contact d’autres essences. Parmi mes client.e.s, on trouve plein d’essences différentes. Il y en a une qui m’a toujours intriguée. Justement, je lui ai parlée ce matin et, chose étrange, elle s’appelle B. et son prénom signifie Charme (l’arbre) en italien, pays dont elle est originaire – aucune chance qu’elle lise ce blog, même si secrètement, j’espère qu’elle le lira.

Elle m’appelait donc sur ma ligne à l’agence qui en fait est chez moi. Je suis posée avec mon Dell sur un coin de la table de la cuisine. Je regarde dehors. J’ai un casque sans fil que j’ai acheté le jour du confinement. Avec mon casque autour de ma tête et le micro devant ma bouche, j’ai l’impression d’être Lady Gaga meets livreuse de coke en scooter, efficace, sûre de moi et si fragile. À l’autre bout du fil, l’Italienne, sa voix magnifiquement amplifiée par ce casque sublime et rutilant qui vient me pénétrer l’oreille avec son accent bourgeois sec d’Italie du nord et ses fréquences graves et posées. M. fait des allées-venues et j’essaie de m’isoler. Tandis que la voix de la Botte m’hypnotise, je dis en off à M. de sortir avec les enfants. Je prétexte un problème de connexion au serveur ce qui n’est pas loin d’être faux car ça arrive tout le temps. M. sort avec les deux petits et le grand est sorti. Seule, je me lève et je rappelle B. J’ai tout son dossier en tête et j’ai de bonnes réponses, je crois. Une fois, les questions résolues, par courtoisie et surtout pour rester plus longtemps en ligne avec elle, je lui demande des nouvelles de sa famille qui vient d’une des régions les plus contaminées au monde par le Covid. B. se détend étrangement et abandonne la sécheresse de son ton. Dans le casque, elle m’enveloppe à présent. Je suis debout et je frémis. Je pense à elle quand elle rentre dans l’agence, impérieuse et résolue, toujours apprêtée avec ses seins petits mais gonflés. Je pense à un grand accident dans sa vie, un ressac qui viendrait vibrer son apparence bétonnée. En agence, je pense à elle autrement que comme une cliente mais ça passe. Là, debout seule dans mon salon, irriguée par sa voix, j’assouplis mes défenses professionnelles. Je sens mes propres odeurs qui se répandent. Je n’ai pas eu le temps de me laver ce week-end, mon sexe et mes aisselles envoient des signaux à une voix proche pourtant si lointaine. J’entends des histoires d’un grand oncle et d’une cousine italienne décédés. Je dois commencer à avoir la respiration hoquetante. Ce que B. doit prendre pour de l’empathie est de l’excitation. Enfin, c’est les deux à la fois : mon sexe compatit.

Je ne sais plus ce que je dis, mais ce doit être un langage habile et j’ai doucement amenée B. là, avec moi. Je suis avec sa douleur, je vibre son béton, elle se dévêtit. Je veux la rassurer et la prendre dans mes bras, serrer ses seins contre les miens. Les envelopper avec mes mains comme si je mesurais la taille de mangues indiennes de La Chapelle. Je me rassois pour me cacher de la vue des voisins. J’entends dans la voix de B. qu’elle se raffermit et qu’on se dirige vers la fin protocolaire de la conversation, je ne veux pas qu’elle raccroche, je traverse vite l’espace entre ma peau et ma salopette. Je mets ma main dans ma culotte, je remonte ma main pour la renifler et badigeonner mon nez et ma bouche. C’est son sexe à elle, c’est le sexe de B. que je crois renifler maintenant, je redépose mon index et mon majeur à l’entrée de mon sexe, B. raccroche. J’entends les notes insistantes que font les téléphones à la fin d’une communication, mais pour moi c’est sa voix qui continue de m’hypnotiser et m’ordonne de rentrer mes doigts qui sont les siens aussi et je jouis en télétravaillant. Je reste là un instant hébétée. Je mets la chanson de parfum de femme d’Armando Trovajoli dans mon casque sublime. Je remets mes doigts sur mon sexe et je jouis plusieurs fois de suite jusqu’à ce que j’en puisse plus. Je me lave vite les mains et le visage, je me remets à mon bureau, j’ajuste ma salopette et M. et les enfants rentrent de la promenade et je suis impatiente de retrouver M. ce soir pour faire l’amour quand les enfants seront couchés.

Mikaella S.

PS : Si vous vivez une situation similaire, écrivez-moi à survizine@gmail.com qui transmettra. Anonymat garanti.