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— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 8

Lady Perry

By 24 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

En ces temps incertains, il est important de se rassurer via ses acquis. On ré-écoute des disques qui nous sont chers sur lesquels on peut chanter dessus assez fort (par exemple le premier album non sorti des Bewitched Hands partagé sur SURVI qui nous rappelle immédiatement des ambiances de liesse amicale de fin de nuit dans nos bars préférés), on regarde des films ou des séries tels des doudous (préférez la trilogie Retour Vers le Futur à Tchernobyl, enfin moi je dis cela, je ne suis pas payé par le Gouvernement pour votre santé mentale). Et parfois on est à court d’idées et on fait confiance aux influenceurs/euses qui nous mettent sur le droit chemin. Des prescripteurs culturels j’entends, les chantres de ce nouveau métier qui sortent en général de la formation des anges de la télé-réalité. Pensez à eux ils/elles ne vivent pas la période la plus simple. Imaginez quand votre quotidien c’est de vendre des produits de fitness ou d’être payés par des agences de voyage pour poster vos photos en maillot de bain dans des endroits paradisiaques sur Instagram. Bim chômage partiel, vous devez vous identifier sur le site du Gouvernement et là aucune saison de Secret Story ne vous avait préparé à telle épreuve (à ce sujet, je vous conseille en temps d’ennui de lire les péripéties d’une certaine Kim Glow. Le résumé de ces derniers jours : retour de Tunisie où elle publie une story en colère auprès d’Emmanuel Macron qui ne lui envoie pas d’avion militaire pour être rapatriée de ce qu’elle considère comme une dictature. Emballement malsain et drôle des réseaux sociaux qui va trop loin et s’apparente à du harcèlement. Refus de calmer le jeu de sa part, au contraire nouvelle story où elle nous explique qu’après le confinement, elle retournera à son travail d’influenceuse pendant que nous pourrons aller crever avec nos Smics de merde. Et là on se questionne sur effectivement le danger sur la santé mentale de cette période de confinement).

Pour aider tous ces influenceurs/euses en arrêt de travail, je revêts donc la casquette de chef de chantier (comme visiblement le Gouvernement a décidé de baser sa politique sur des proverbes. « Quand le  bâtiment va tout va », vite il faudrait qu’ils retournent tous au travail pour nous sortir de la crise. Je me demande quel sera notre sort quand ils vont être sur le «  on n’est jamais mieux servi que par soi même » ou «  mieux vaut être seul que mal accompagné ». Le retour de la loi du talion?). Sans Instagram mais grâce à la plateforme dirigeant désormais vos vies, à savoir SURVI, je vous conseille aujourd’hui de regarder : des documentaires musicaux. Sur Netflix essentiellement car il faut aider les PME en galère. C’est quoi un documentaire musical ? Ce sont des images et de la musique, de la musique sur de l’image qui nous aident à découvrir l’intimité de nos stars favorites. Mais sous l’angle qu’ils/elles choisissent, nous ne sommes pas en présence de Laurent Boyer ou Séverine Ferrer. Forcément, il y a plusieurs écoles dans ce type de documentaires. Il y a ceux purement promotionnels ou les artistes sont sous leur meilleur jour et vendent des produits. Ce n’est pas ce qu’on recherche ici : la volonté est de trouver la vérité, les moments qui échappent à tout contrôle, quand l’histoire initiale de vendre son disque déraille totalement. Vous êtes un peu perdus. En analogie je dirais : c’est exactement ce même moment de grâce où deux acteurs pornographiques se mettent à pleurer et se font des câlins oubliant la mécanique de la levrette claquée en haut d’un arbre. Je sais que le confinement est pas aisé à ce niveau, alors je me place au niveau du bordel de nos cerveaux.

Nous partirons sur quatre documentaires iconiques à travers deux papiers (la suite arrivant demain, je n’ai pas que cela à faire de vous divertir) qui, à mes yeux, symbolisent parfaitement l’essence même d’un bon documentaire musical. Des larmes, des rires, de la musique, des ruptures, des réconciliations. Un bon documentaire nous fait apprécier un artiste sous un angle inédit. Démarrons cette incursion par le sexe fort de la pop musique : les femmes. En numéro un le documentaire Five foot two de Lady Gaga.

Qu’attend-on en lançant le film ? Probablement des tenues extravagantes, des scènes où la chanteuse va hurler sur ses équipes et des histoires de fesses. Cela car on confond trop son parcours avec la madonne alors que la femme de pouvoir qu’est Lady Gaga a une sensibilité toute différente. La chanteuse durant tout le film ne va rien s’épargner et nous livre une confession thérapeutique filmée géante. On la voit préparer son album Joanne dédiée à la sœur de son père décédée à l’âge de 19 ans, les préparations pour sa performance au Superbowl qui spoiler alert mettent un peu la pression. Le documentaire est également tout un processus pédagogique sur la fibromyalgie, où l’on découvre le mal permanent qui la ronge. Lady Gaga ne va jamais dans le pathos alors que nous avons pourtant une scène où elle fait découvrir à sa grand-mère le disque qui conte tout de même l’histoire de sa fille emportée à l’âge de 19 ans. Forcément cela chiale, on utilise les paquets de mouchoirs, mais ce n’est pas en mode « American way of life ». Nous ne sommes pas devant ces vidéos où les soldats américains rentrent chez eux et une petite fille leur saute dans les bras sur fond de violon et de souvenirs de frères d’armes qui ont perdu des bras pour une guerre qui n’était pas la leur. Non, toute la dramaturgie se déroule dans un salon, sur fond d’albums de photos de famille et d’instants que l’on sent importants dans sa construction personnelle. Cette période où l’on comprend que nos grand-parents ont plein de choses à nous apprendre et que leur utilité n’est pas simplement de vous résumer la semaine de Plus belle la vie à la télé. La Gaga est par ailleurs très généreuse vis-à-vis de son public et a une solution pour nous aider à aller mieux après tout ce déversement lacrymal. Elle va nous parler de la détresse de sa vie amoureuse et nous permettre de nous rassurer sur la nôtre. Si elle galère autant, alors nous n’y pouvons pas grand-chose avec nos vies au SMIC. Une scène si triste nous explique qu’à chacun de ses succès, elle a perdu un amoureux. La gente masculine étant probablement tristement effrayé du pouvoir gagné par leur amoureuse, de son statut de femme puissante et inévitablement elle se retrouve seule. Comme si la réussite ne pouvait se combiner à la stabilité émotionnelle. Ce rapport à la séduction selon le genre est profondément injuste : si vous avez le chromosome Y et devenez puissante vous allez galérer, quand vous vous appelez François Hollande votre nouveau statut de chef de l’État va vous permettre de vivre votre meilleure vie sur votre scooter et distribuer du stupre tel un livreur Deliveroo du sexe. Le documentaire est effrayant de solitude : on y suit une jeune femme qui conclut ne se définir que par le regard des hommes sur elle et se sent leur propriété. Quand elle est plus badass et a entrepris 1000 fois plus que tous ceux qui ne la considèrent pas. Lady Gaga comble ses vides, remplit des stades et, à la fin de la journée, pleure dans son lit avec pour seul confident une caméra. Nous pouvons alors être rassurés sur nos propres conditions : si une star interplanétaire n’a absolument pas trouvé réponse à ce type de questions, qui sommes-nous pour y arriver ? Surtout quand on croit que les réponses sont dans Bad Romance.

Cette stabilité est au cœur du second documentaire arpenté : Part of Me de Katy Perry.

Ne se mentons pas, musicalement le sublime est bien moins présent. Mais le propos n’en est pas moins touchant et sera votre allié après chacune de vos ruptures. En effet, l’on suit la vie de Katy, le travail de ses 123 auteurs par album et ses questionnements sur « qui suis-je, où vais-je, à quoi bon ». En réalité, la partie musicale est à évincer. Le film est par contre précieux dans sa plongée au cœur de la rupture avec Russel Brand et la pression immorale que fait supporter l’industrie à ses pop stars. Si le postulat de base de « découvre la vie de Katherine, de ses rêves de gloire de petite fille fille de pasteur à I Kissed a girl et comment un simple baiser lesbien dans une Amérique puritaine peut changer une vie » n’est guère original, les instants volés de sa rupture (devrais-je dire son expédition sale et sans échappatoire comme ton premier flirt en 4e quand eux sont mariés) avec son mec d’alors sont terrifiants. On y voit la caméra tourner dans des coulisses, où l’on sent toute une équipe sous la pression de l’annulation qui lui commande de reboutonner fissa sa guêpière et d’aller sur scène. Le tout au moment où elle pleure à chaude larmes avec sa maquilleuse qui spoiler alert a bien du mal à réaliser son boulot car le mascara et les yeux mouillés cela ne se marie absolument pas. Car oui, l’on a beau être Katy Perry : on peut se faire larguer par texto à quelques minutes de devoir monter sur scène pour simplement réaliser son job. Si du côté de nos vies, l’on s’en sort en allant chialer dans les WC de son lieu de travail, Katy elle doit continuer à sourire et assurer le garde-manger de genre 150 personnes de son équipe. Pas le temps pour les drames futiles romantiques et encore une fois toute la solitude remonte à la surface. Rassurez-vous, on se sort toujours plus fort(e) de nos drames sentimentaux (sauf Jenifer Aniston) : après s’être fait larguer deux fois par Orlando Bloom son next, celui-ci l’a demandé en mariage le jour de la Saint Valentin à bord d’un hélicoptère. Nous attendons désormais patiemment le nouveau documentaire. Non pas sur son nouveau album mais sa vie de femme épanouie qui attendait ce bonheur, car elle le mérite. Et en ces temps compliqués, nous avons besoin de happy ending. Son ex goujat Russel devant avoir un peu la rage puisqu’il ne cesse de s’épancher dans la presse pour narrer à quel point elle était décevante au lit (mais qu’elle reste une fille sympa). Autant de preuves que rien ne sert de trop courir après vos rêves de gloire : au mieux vous aurez du succès et cela entérinera le fait que votre comparse de vie prendra son sac, au pire vous allez échouer et devoir arpenter une émission de télé-réalité pour ensuite devenir influenceur. Et croyez-moi, ce statut n’est guère simple, je sens la pression depuis la transmission des dernières statistiques de suivi de ce site. Vivement le documentaire sur ma vie pour remédier à tout cela.

À demain pour des histoires de rédemption, de religion et de thérapie de groupe. On y parlera testostérone avec les Backstreet Boys et Metallica. Deux boys band pas si éloignés que cela.

Jocelyn Borde