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— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 11

Francky c’est pas bon

By 27 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

Ce week-end, j’étais censé être en voyage. Un court road trip devant partir en Belgique avec mes parents et ma sœur. C’était notre cadeau de Noël, la réponse au consumérisme. Y a pas à dire, le capitalisme il finit tout de même toujours par nous entuber à la fin. Pas la peine de tenter de la contourner, vos plus beaux paquets en papier recyclable n’empêcheront pas la folie de ce monde. Mais comme à un grand jeu de l’oie sur lequel nous ne cessons de perdre, j’ai décidé d’avoir foi dans le retour des canards se baladant actuellement dans les métropoles. Alors j’ai mélangé ces différentes informations et tenté de réfléchir à ce qu’il pouvait en sortir. J’ai premièrement cherché en hommage une œuvre de ce plat pays traitant de la période des fêtes et du bonheur retrouvé. J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé d’album célébrant le petit jésus par les Girls in Hawaï ou Veence Hanao. Il y a bien un épisode de Striptease, baptisé « Pas de cadeau pour noël », mais le thème de cet ancien étudiant rwandais qui ne peut plus rentrer au pays pour cause de Guerre civile et qui traîne sa mélancolie dans les bars n’allait pas aider votre moral.

Alors je m’en vais en hommage à ce pays qui ne sera honoré de la visite de la famille Borde, célébrer l’humour, l’absurde, l’égalité des êtres et dénoncer la domination masculine. Et quoi de plus logique pour se faire que probablement le film le plus étrange, rendant à la fois grâce à la bande dessinée trésor national ainsi qu’à nos amis les poilus : Boule et Bill le film. Enfin, les deux films car les malheurs n’arrivent jamais seul et la suite a son importance sur l’appréciation de l’œuvre. De quoi parle-t-on ? De Boule, enfant  de classe moyenne des années 60/70 qui récupère Bill, cocker de la même décennie. À côté de ces deux héros, le papa et la maman respectivement interprétés par Franck Dubosc alias Patrick Chirac et Marina Foïs dans le premier. Oui dans le premier, cela aura son importance. Il n’est pas aisé de transposer des planches de BD d’une page en un film qui se tient sur une heure trente. Ils ont tenté de résoudre ce premier point en proposant une narration en 1h18 générique compris, la supercherie est tout de même démasquée. La grande force de ces deux films est que, comprenant qu’il n’y a rien à tirer du postulat de base, ils vont chercher dans les tréfonds de l’humain. Les scénaristes ont donc détourné ce canevas de base pour traiter de sujets à priori improbables dans des comédies pour enfants. Mais c’est là qu’on se dit que les enfants belges n’ont peut être pas le même sens de l’humour que nous. C’est arrivé près de chez vous est-il diffusé dans les écoles élémentaires ?  Le matériau animal se résumant à un chien qui se salit et produit du comique canin, tombe amoureux d’une grenouille et nous fait profiter de toutes ses pensées sur nos incohérences d’humain. Comme un éditorialiste de chez Pascal Praud qui, parce qu’il a un micro, se doit de nous donner son avis sur des sujets aussi variés que le réchauffement climatique, le coronavirus ou le port du voile. Il est à noter que, pour les félins, Garfield était doublé par Sébastien Cauet dans une autre œuvre majeure. Le cinéma nous prouve par cette occasion que définitivement les chats sont plus cons que les chiens, même dans le choix des voix censées les représenter.

Dans Boule et Bill premier du nom, toute la tribu déménage pour le rêve de l’époque : une belle promotion à la Capitale, toute la famille devant s’entasser dans un minuscule appartement pour que l’homme de la famille puisse grimper dans la hiérarchie sociale et s’épanouir professionnellement. Et là, le film prend alors une tournure féministe inattendue et salutaire avec tout un débat sur la place de la femme, le refus de Marina Foïs d’être mère au foyer et de devoir tout sacrifier pour son mari. La cellule familiale est en crise et Francky, décidément jamais à court de bonnes idées, décide que pour rapprocher tout le monde, quoi de mieux à faire que de donner Bill. Une belle leçon de vie nous est donnée en trois temps :

  • Adopter un chien pour apprendre à son enfant à s’occuper d’un autre être vivant et resserrer les liens familiaux
  • Faire passer son intérêt personnel de soi-disant chef de famille et, pour s’en sortir, bien affirmer que c’est lui qui ramène l’argent à la maison et donc a le vote final
  • Prendre comme solution la plus mauvaise, à savoir abandonner un animal qu’on vient de recueillir, démontrer à son fils qu’on est un sale con et à sa femme un fervent lecteur de Valeurs actuelles.

L’enfant, je vous le donne en mille, a le raisonnement le plus logique en choisissant de fuguer. Grâce à la magie du cinéma, de la BD ou de la Belgique on ne sait plus, toutes ces aventures seront résolues en même temps. L’enfant et le chien après moult péripéties d’au moins 10 minutes comprenant de la pluie et une benne à ordures (un chien télépathe, cela a dû gréver tout le budget) retrouvent le foyer familial. Là, évidemment, tout le monde comprend que ce qui est le plus important avant l’argent et le confinement, c’est la valeur de la tribu et ils décident d’un avis unanime de retourner vivre à la campagne. Ainsi, la mère au foyer pourra rester à domicile mais avec un mari également chez eux pour lui taper sur le système. Cependant, twist scénaristique plus incroyable que n’importe quel épisode de Scooby-doo. La mère trouve des planches de dessins réalisés par le père qui, je vous le donne encore en mille, parlent de Boule et de Bill. En réalité derrière son apparence de gros beauf, Franck Dubosc aime réellement son fils et son chien (et accepte sa femme), il décide donc de réaliser une BD. Qui s’appellera « Boule et Bill ». Le cinéma rejoint la réalité qui rejoint la BD : nous sommes dans le surréalisme belge, depuis le début nous assistions à la naissance de la création du livre du même nom, les personnages de papier étant devant nos yeux. Ce n’est pas une adaptation mais un biopic. Une mise en abîme improbable, les héritiers de Jean Roba devant être ravis de voir comment cet homme est traité dans le film avec toutes les immenses qualités qui lui incombent : pleutre, ne pensant qu’à sa gueule, méprisant sa femme.

D’où le rectificatif du second film (il y eut plus de 30 bandes dessinés sur un chien qui parle, ils pouvaient avoir l’outrecuidance de réaliser une suite) où là nous entrons dans un vortex de non-sens. Désormais le film s’appelle Boule et Bill 2 (jusque-là rien de surnaturel) et est grosso modo un traitement de la dépression du père. C’est tout le propos du film. Cela aurait été certes moins vendeur de placer sur l’affiche « Les idées noires de Jean Roba, la désillusion post-mai 68 » mais probablement plus honnête vis-à-vis de ce que l’on nous projette. Les esprits taquins (comme le mien) diront qu’en même temps, dans le rôle de la mère, on a remplacé Marina par Emmanuelle Seigner. Et rien que cela doit logiquement délivrer des pensées très sombres à n’importe qui de censé.

En effet dans ce nouvel opus, Boule est heureux, Bill est heureux, la mère travaille mais à domicile, donc tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes rétrogrades. Mais malheur, la nouvelle éditrice du paternel rejette les dernières planches et touche de plein fouet l’ego d’un homme que l’on sait sensible. Depuis le déménagement de la famille en Belgique (oui après la promotion du premier film, ils partent en réalité en Belgique et non à la campagne hexagonale, conclusion peu claire il faut bien le mentionner), la vie étant trop simple. Imaginez-vous : après des années de vie au royaume des trottinettes électriques abandonnées, à savoir Paris, vous vous retrouvez dans la quiétude et la tranquillité bienheureuse d’un havre de paix. Vos traits d’humour seraient donc bien moins caustiques (alors que pourtant les comiques belges peuvent être tout aussi dérangeants que nos influenceurs français dans leurs idées pour lutter contre le virus :

On navigue alors vers un film qui n’est plus comédie mais traite globalement de la panne d’inspiration, du sentiment d’incompréhension, de solitude et de traversée du désert. Comment créer en temps de quiétude ? Doit-on se créer des drames pour écrire ? Se sépare-t-on uniquement pour écrire des chansons tristes (quelques exs me doivent du coup de beaux albums, et je dois quelques livres à certaines) ? Faut-il une bonne troisième guerre mondiale pour qu’enfin le romancier termine Games of Thrones ? Franck Dubosc a donc une idée brillante pour retrouver l’inspiration (on rappelle que dans le premier son trait de génie fut de vouloir abandonner le chien) : cette fois-ci il va chercher à plonger sa famille dans un malheur tout relatif et factice qu’il pense pouvoir contrôler. Comme un gouvernement parfaitement non préparé à affronter une crise sanitaire majeure et qui a pour solution de demander aux gens de rester confinés mais de tout de même aller travailler sans sortir son chien à plus d’un kilomètre. Ainsi, ses planches pourront se teinter d’un vernis rose amer, ton nettement plus vendeur selon son éditrice.

Comme nous sommes dans un film censé être pour les enfants, le tout va rester très sage. Confrontant toujours un peu plus Franck Dubosc dans sa torpeur, il n’y aura point de salut pour l’homme rétrograde qu’il est. Boule lui aussi tombera amoureux d’une fille à l’école et je vous le donne toujours en mille : va se prendre un râteau. En même temps, quand ta figure masculine est son père, tu as intérêt à trouver d’autres rôles modèles pour t’en sortir à l’adolescence (les hommes lecteurs, ne blâmez pas tous vos paternels pour vs échecs avec les filles cependant). Boule et Bill 2 est un grand film malade, un voyage vers les névroses masculines et la nécessité de créer du drame pour s’épanouir dans la création. Un des importants mensonges à abattre de notre siècle : l’angoisse du confinement et de la situation mondiale ne va pas vous provoquer un pic de créativité et ce n’est absolument pas grave. Marc Levy et Jean-Jacques Goldman continueront à amasser tous les droits d’auteur de la planète et vous ne pourrez rien contre cet état fait. N’abandonnez pas vos animaux, valorisez votre compagne, remettez à leur place les rêves de gloire de pacotille de votre mec, soyez humains et acceptez le bonheur. Autant de grande leçons que ces films m’auront appris et qui me permettront d’encore mieux profiter de ce futur voyage à Bruxelles en famille un jour peut-être. Par contre, désolé frangine, on ne pourra prendre ton chien. En même temps, Elia, elle ne sait pas parler. Papa, on te garde par contre.

À demain non sur Survi car je suis en week-end et j’ai pleins de trucs importants à réaliser comme boire des bières dans mon jardin et recharger mes batteries pour d’autres découvertes la semaine prochaine.

Jocelyn Borde