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E=MTV2 - SURVI
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— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 7

E=MTV2

By 23 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

Je ne compte plus les jours. Pourtant, mon bac fut obtenu en série économique option Maths :  les chiffres font un peu partie de mon quotidien avec des budgets,  des formules dans des cases Excel. Si j’ai une logique comptable et de gestion, je n’ai pas de rigueur scientifique. Enfant, les cours sur la tectonique des plaques, les reproductions des grenouilles et la réalisation d’herbier m’ont toujours profondément ennuyé. Vous vous doutez donc bien que je ne suis pas les 14 articles à l’heure sur un médecin sosie de Renaud période soutien à Fillon qui aurait trouvé le remède au Corona. Non que je n’y crois pas, je n’ai aucun avis sur la question, ne comprenant rien aux procédures épistémologiques. Si j’ai toujours été une bille en sciences et vie de la terre, je suis par contre respectueux des consignes. Je ne sors donc pas mon nez plus loin que mon bout de jardin et préfère écouter les 72 concerts à domicile par heure en télé-travaillant (je crains par contre les amis musiciens que vous ne puissiez vous auto-déclarer en Guso. C’est le bronx à Pôle emploi, mais ils risquent de débusquer la supercherie). Par contre, je m’en veux. J’ai l’impression qu’un tiers de mes amis sont devenus de brillants chercheurs ayant tous des théories sur « à quel moment doit sortir le médicament », assorties d’histoires de complot. À mon humble avis, guère de plan machiavélique au menu : l’hôpital, le service public, on nous les a démantelés depuis des années les yeux dans les yeux. En nous rétorquant « c’était inscrit sur les petites lignes de notre programme, faut toujours lire les petites lignes. C’est pas une application d’Apple que vous avez acheté là, c’est notre projet ».  Aucun vil personnage se retournant de son fauteuil en caressant son chat ou Brigitte. Ce n’est pas Inspecteur Gadget dont on vous parle, là je crois qu’on est très clairement sur ce que l’on nomme le capitalisme. Je vous avais bien dit que si je comprends rien aux sciences, j’ai bien écouté mes cours de sociologie. Bac ES options Maths, vous parlez pas à n’importe qui là. Je suis passé à une mention de gouverner le pays.

Mais si j’ai séché mes cours de biologie, je ne voudrais pas laisser mes ami(e)s dans la panade. Alors j’ai décidé moi aussi de revêtir ma tenue de chercheur. Je me suis donc rappelé de Code Lisa. Une série où, très clairement, les notions de physique sont très réalistes. Non pas anatomiquement mais en termes de création et de postulat de base.

Pour résumer, c’est la série dérivée du film Une créature de rêve de John Hugues. On peut parler des deux, puisque l’histoire est clairement la même. En même temps, quand tu déclines un film en série, tu ne vas pas changer le pitch. Bac ES je vous rappelle, j’avais aussi des cours de marketing. Kézako l’histoire : deux amis, ayant visiblement plus de facilité avec les ordinateurs qu’avec le sexe opposé décident de mettre leurs génies très relatifs et leurs perversités moins relatives à contribution pour aider le monde. L’un est très intelligent et aime les échecs, l’autre est plus con et aime les filles et les fêtes. Après avoir vu La fiancée de Frankenstein, ils décident de créer une femme via leur ordinateur. Mais en faisant un peu comme moi derrière une recette de pâtisserie, c’est-à-dire à la louche. Car nous sommes dans le cas où l’un a une rigueur scientifique et l’autre serait plus du genre à publier n’importe quoi sur Facebook. Ils créent donc selon l’algorithme de leur ordinateur à disquettes Lisa, la femme parfaite extraite de leurs cerveaux un peu embués d’une quantité de frustrations bien trop présentes. C’est là où se situe toute la complexité et l’ambivalence de la série. Si vous apposez sur une feuille tout ce que je viens de vous décrire, la rigueur scientifique est formelle : tout cela est très rétrograde voire misogyne. Seulement La série était ambivalente car les degrés de lecture sont multiples : ces deux amis un poil benêts pensaient avoir créé la femme parfaite en se basant sur ce qu’ils avaient lu dans des manuels érotiques. Lisa, elle, leur apprendra au fil des saisons la vie et elle mènera clairement le bal (et est 10000 fois plus intelligente qu’eux). Bon après, soyons clairs, les motifs initiaux de sa création scénaristique étaient peu reluisants. En réalité, le souci n’était pas tant le personnage et ses traits de caractère en tant que tels, mais l’utilisation de l’actrice sur la durée. Au fur et à mesure on se rend bien compte que tous les stratagèmes sont bons pour inventer des histoires permettant de la voir en maillot de bain, en peignoir, en nuisette. Autant de mise en scène parfaitement adaptée pour des gamins de 8 ans à l’heure du petit-déjeuner. Découvrir l’érection matinale qui ne descend pas et le goût des Chocapics, cela vous marque une enfance. Combien de jeunes garçons doivent désormais avoir associé le goût du lait chocolaté à des testicules douloureuses à force de pression ? Les produits laitiers des sensations pures.

Une série qui prouve parfaitement que, s’il faut respecter la science, chaque action a des conséquences (on est visiblement en train de l’apprendre au sujet de l’écologie. On n’a rien respecté de la planète. Du coup, désormais on est obligé de remplir des attestations sur du papier pour détruire encore plus d’arbres pour aller acheter du papier pour se torcher les fesses. Ah oui, on a encore rien compris visiblement). En effet, Lisa était une sorte de génie qui exauçait les vœux des deux héros. Mais forcément, dès qu’ils essayaient de tourner un désir trop à leur avantage en négligeant les sentiments et la bienséance, Lisa pervertissait à raison le souhait et leur apprenait une leçon. Sachant que les deux personnages avaient des objectifs assez différents : l’un voulait avoir des bonnes notes pensant que cela allait lui permettre de réussir sa vie et donc de devenir riche et in fine « d’obtenir » une femme. Il apprendra que l’être humain n’est pas forcément vénal et la puissance de l’amour sincère. De plus, tu peux avoir des bonnes notes, tu gagneras moins d’argent que celui qui vend des vaccins au bon moment après avoir écouté les cours de SVT. Le second personnage voulait très sommairement : baiser. Lisa n’étant pas une mère maquerelle, il appendra le respect et la nécessité de faire attention aux autres pour tomber amoureux, puis ensuite consommer une union des corps.

Quel est l’enseignement à tirer dès le premier épisode ? Déjà, que si tu écoutes à l’école, tu peux régler tous tes soucis en tripatouillant un ordinateur plutôt que ton membre. Que l’inventivité et l’amitié sont une solution au repli sur soi. Et aussi que la science est une arme redoutable si tant est qu’on la respecte. Les deux comparses ont joué à être des créateurs tels des dieux, mais ils devront respecter le fruit de leur expérimentation. Et c’est elle qui va leur apporter toutes les réponses et non eux qui vont diriger le fil. Comme un pangolin qui nous rappelle à nos devoirs et nos raisons d’être.

Cette série ne m’a pas convaincu de me fondre de passion pour les statistiques, les ordinateurs et je n’ai pas plus écouté en cours de technologie. Comme les herbiers, apprendre à construire un circuit électrique pour allumer une diode très peu pour moi. Vous vous rendez donc compte qu’en cas de pandémie et sur l’échelle du survivalisme :

a) je ne sais absolument pas reconnaître une plante comestible d’un champignon mortel

b) je ne sais pas réparer un plomb qui saute dans le bunker

c) mes conversations tourneront donc autour de Code Lisa et un débat sur :  était-ce une série progressiste ou affreusement misogyne ?

Autant vous dire que je suis le compagnon rêvé pour une ambiance de fin du monde. L’avantage c’est que je peux vous occuper et l’on peut imaginer ensemble des jeux pour tuer le temps à défaut de tout espoir. Non pas comme celui des shooters tétons qui consiste à boire de la vodka chaque fois que l’on voit poindre ceux de de Rachel dans Friends (car si Joey et Chandler et Ross et en réalité absolument tous les personnages masculins étaient de grossiers personnages, Rachel a milité pour la liberté. De se casser de son premier mariage avec un homme qu’elle n’aimait pas et sur son droit absolu à ne pas porter de sous-vêtements et ne jamais avoir à se justifier). Non, il y a tout plein de références geek dans Code Lisa à retrouver au fil des 8 épisodes. Il y a des parodies de X-Files, de Code Quantum, des péplums, des scénarios de la quatrième dimension, des nanars d’horreur comme Critters. À défaut de mieux comprendre la gente féminine ou la psychologie amoindrie d’un ado de 16 ans, vous pourrez réviser pour vos prochains concours de culture pop, tous les épisodes sont sur YouTube. Ne me remerciez pas, saluez le piratage de quelqu’un qui j’en suis certain a aussi un Bac économie. 

À demain pour le jour je sais plus combien.

Jocelyn Borde