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Du miel plutôt aujourd'hui - SURVI
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— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 15

Du miel plutôt aujourd’hui

By 31 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

Mes confrères, l’heure est grave. Enfin cela vous le savez, il vous suffit d’allumer votre poste, télévision, voire pire de lire les statuts de vos ami(e)s Facebook, pas la peine que je vous rabâche les mêmes infos. Visiblement, nous ne sommes pas sur une grippette. Dans ce marasme de pessimisme, une éclaircie est arrivée. Et encore une fois, nous la devons à Booba. Ce grand méchant du rap français, dans la musique en général, cet artiste autant adulé que haï a encore frappé un grand coup. Après des années ou rétrospectivement (je ne le fais pas en intégrale, mais quelques faits d’armes donnent de l’eau au moulin de ses détracteurs, on pourra après passer à l’étape des bons points) : il a envoyé une bouteille de Jack en verre dans la tronche d’un ado, s’est battu avec Kaaris dans un aéroport se comportant comme dans une cour de récréation mais avec des biscoteaux et des armes en plus, a clashé à peu près 9/10e du rap français en faisant des montages sur le fait que la Fouine était un pointeur, a tellement mis le bazar sur Instagram qu’il a réussi à se faire virer de la plateforme, a sorti un clip avec sa fille remettant au placard des intentions foireuses toutes les autres déclarations d’amour chantonnées et a popularisé l’autotune depuis plus de 10 ans ; il est désormais de retour pour propager la bonne parole. Pour l’intelligentsia, normalement le mec est censé partager la cellule de Balkany (visiblement celle-ci a l’air assez confortable : je vous conseille d’aller sur la page d’isabelle sur Facebook, par là-bas il n’y a que des bonnes nouvelles), je me demande comment leur cerveau va pouvoir exploser avec sa nouvelle invention.

Booba a donc encore une fois pris tout le monde de court. Finis les clashs, l’heure est de se rappeler (certes de Miami, mais bon contrairement à Bernard Montiel qui s’est fait vilipender par Twitter pour avoir publié des photos de ses promenades sur la côte basque, lui est réellement confiné à domicile) qu’il est citoyen avant d’être le grand méchant loup. Il enlève sa casquette (non mais vous voyez l’image) et revêt l’identité d’Elie. Et le rappeur est aussi un citoyen, un père, un fils et visiblement un mec bien. Probablement également un cynique qui se fait du fric sur le dos d’enfants crédules, mais qui sommes-nous pour le juger ? Est-ce que l’on reproche à un gouvernement d’être si inapte que c’est l’entreprise Décathlon qui passe pour le sauveur du jour en fournissant gratuitement des masques de plongée pour bidouiller des respirateurs ? Non, je ne crois pas. Elie a donc décidé de monter une émission hebdomadaire « CoronaTime ». Bon, pas de blague les autres étaient déjà prises  (à savoir celle avec la bière et celle avec la chanteuse du même non, y a pas d’autre vanne en réalité, faites un tour sur les réseaux sociaux de Gad Elmaleh pour le comptage, il a déjà dû toutes les recopier). Et là, certain(e)s vont tomber de leur chaise, mais on y retrouve un Booba conscient, intelligent dans sa démarche, sans effet d’esbroufe.

Son souhait est simple et pourrait être contenu dans une punchline sans effet dramatique : reste chez toi. Et c’est là où le ton change, ce conseil de grand-frère n’est pas apposé avec une insulte. Non Elie fait preuve de pédagogie. Et contrairement à tous les plateformes de l’Éducation nationale en berne (prochaine blague à la mode : tu as eu ton bac en 2020 tellement t’es con ou quoi ?), il en distille plus en une demi-heure que bon nombre d’émissions de spécialistes à la télé se hurlant dessus tous postillons apparents en recommandant les gestes barrières. Là, en une demi-heure, le ton est simple, nous ne sommes pas dans un concept tentant de brailler plus fort pour assoir sa vérité. Elie ne sait pas tout sur tout sur le virus, il n’est pas scientifique. Pourtant au regard de ses paroles, on est tenté de dire qu’il connaît parfaitement certaines parties des fondements humains. Ce dont il est certain c’est une vérité brute : il ne faut pas sortir et se confiner pour aider celles et ceux  qui sont au front. Alors il utilise ses armes. Son influence avec son nombre de followers conséquents car il sait que sa voix aura plus de portée que n’importe quel spécialiste pour une jeune génération. Si d’ordinaire il conseille de niquer des mères, là il amène à réfléchir sur l’attitude à avoir pour les protéger.

Dans son émission, il invite donc un médiateur de Nanterre qui intervient dans la rue pour expliquer posément aux gens qui sont de sortie les risques qu’ils encourent et font courir aux autres. Sans jugement moralisateur mais avec des mots simples. Après on peut se questionner sur le fait que désormais si l’on sort et qu’on se fait arrêter par un médiateur en visio, on a une chance de passer un coucou à Booba. Est-ce que cela ne va pas favoriser les attestations avec « je tente d’avoir Booba à Chatroulette » ? Va-t-on voir les mêmes scènes dans les jardins des Ephads à la recherche d’un pigeon voyageur pour saluer Frank Michael ? Ensuite un petit montage où il se sert de ses détournements habituels pour certainement captiver son auditoire. Mais si d’ordinaire ses montages sur Paint qu’on croirait réalisés par le cerveau d’un prépubère (vous savez quand le surplus de sperme est tel que l’embouteillage est réel avec certains connecteurs du cerveau) sont consternants, là cette respiration aux thèmes aussi variés que de pratique buccale en milieu hospitalier, des bisous de boxeurs et de famille à obédience très serre-têtes et jupe plissée chantant la nécessité de se laver les mains sont nécessaires pour nous préparer à la suite. Car là, on s’y attendait autant que la pénurie de PQ arrive avant celle de savons.

La suite risque en effet de vous surprendre avec l’intervention de Bernard Squarcini, ancien directeur du renseignement français pour tout simplement délivrer un message didactique sur ce qu’est une crise mondiale, donner des éléments de compréhension aux discours politiques et appeler les lecteurs de cette vidéo à la plus grande prudence. Booba au fil de sa carrière a toujours fait preuve d’un libéralisme outrancier. Je maille pour ma tronche, mes proches et je nique le monde. D’une violence qu’il voulait conforme à celle de notre monde et nos sociétés, le rappeur a au final toujours appliqué dans ses mots la cruauté et l’incroyable cynisme des gouvernements de ces 20 dernières années. Je ne vais pas faire une explication de textes de Booba car je crois que bon nombre d’universitaires s’y sont penchés en trouvant des figures de style qui ont dû faire marrer le lyriciste en question. De plus, je crois dans l’intelligence du lectorat de SURVI : si tu veux te faire ta propre opinion sur la question, va écouter ses albums (plutôt les premiers) et l’importance du Duc dans le paysage rap français ne sera absolument pas à démontrer. Ce qui est à rappeler, c’est l’utilité d’un message tel que celui qu’il porte aujourd’hui.

Booba parle à une fraction de population de tout âge et de toute situation sociale. Souvent des lecteurs assidus de contenus sur le web, dont sa piraterie en mode char d’assaut de la vanne 2.0 clashant à tout va sied pour se divertir des huit vidéos complotistes qu’ils viennent de mater. Le rappeur n’est pas crédule sur la question et ma théorie personnelle est qu’on en a toujours voulu à ce musicien car son propos plus intelligent que la moyenne contraste avec son attitude de petit con. Entre les interlignes et son comportement, il y a un monde que tout oppose. Booba est un petit malin, qui préfère l’argent au fait de recevoir les félicitations du jury. Les études qui lui sont possibles très peu pour lui, il va partir en BEP plomberie et prouver à tout un système et des conseillers d’orientations débiles que lui aura son palace avant qu’eux découvrent le sens de leur métier. Comme il l’affirme, « la piraterie n’est jamais finie » et si les puissants de ce monde se gavent autant, lui aussi veut sa part du gâteau. Peu importe que, pour l’arracher, il doive être misogyne, violent, garni de références trashs. Booba n’a jamais pris ce rôle d’exemple, de conseiller de vie. Le développement personnel très peu pour lui : tu fais des abdos pour défoncer celles qui font des squats et le travail-famille-patrie devient « argent, ma fille, allez vous faire foutre ». Pour autant, il n’y a pas plus conscient que son art. Car il est aux aguets depuis 20 ans face à ce monde qui déraille et il ne voit pas en quoi il devrait le sauver. C’est finalement très paradoxal qu’au moment où toutes les institutions échouent et ne trouvent plus d’écho face à une large frange de la population qui en ont cure de leurs mensonges, que celui qui revêt le costume de pacificateur et de porte-parole est donc le MC dont on s’est empressé d’amenuiser le sens des punchlines. Les minimisant à ses aspects les moins reluisants quand Booba est le reflet d’une violence étatique au long cours. Je crois que c’est Christine qui avait pour moi le mieux résumé l’incompréhension de la portée des paroles du MC lors de leur duo polémique (qui avait permis de nous rendre compte qu’un fan assidu de pop électronique était visiblement bien plus sectaire que l’auditeur moyen de rap. La chanteuse devant se justifier de cette collaboration synonyme de crime de lèse-majesté par cette sentence que je partage : « Nos trajectoires se croisent, car il y a effectivement un recoupement très important : La colère, le verbe, nous sommes tous les deux dedans ».

L’heure est au grave, probablement à la colère. Que ce soit Booba qui tente d’amener du respect dans les mesures de confinement non pour aider un gouvernement aux abois (pour cela ils ont tous les YouTubeurs stars qui font de belles vidéos de promotion des différentes campagnes, remember Tiboinshape et le service militaire ou EnjoyPhoenix et la Secrétaire d’état de la Transition écologique) mais pour accompagner une jeunesse qui l’a rendu immensément riche. Doux paradoxe de cette époque sens dessus dessous :

« C’est pas le quartier qui me quitte
C’est moi j’quitte le quartier
J’ai maillé, maillé, maillé, déjà
J’ai pas bâillé, bâillé, fait des dégâts »

Booba n’oublie pas d’où il vient, ce qu’il doit à des travailleurs sociaux ou habitants de quartier tendant la main aux autres et effectue le geste le plus salutaire en temps de crise. User de son pouvoir d’influence pour remettre un peu d’ordre. Et imagine que ton proviseur c’est le duc, tu n’as pas envie d’être collé ou d’avoir une appréciation dans ton carnet. Demande à Rohff. Y a que Damso qui lui s’en fout, mais il faut toujours un kamikaze dans chaque collège. Demain, je vous expliquerai comment mes potes et moi de 6e on fut de ceux-là en organisant une séance de cinéma pornographique à destination de toute notre classe. Nous aussi on a tendu les mains (et les sexes).

Jocelyn Borde