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— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 3

C’est quand Avril ?

By 19 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

À l’heure du confinement, nous avons toutes et tous nos moyens concernant le temps. Certains se projettent et pensent à la pétanque dans 3 mois (ou s’ils vont pouvoir échapper aux spectacles de fin d’année des enfants, il n’y a pas de petites victoires), d’autres comme moi font le tour du passé. Non en termes de nostalgie et loin de moi l’idée de vouloir appeler Joséphine qui m’avait brisé le cœur en CP (sortie au zoo : on se tient la main toute la journée, le lendemain elle me largue pour un autre qui devait posséder plus de billes. Je ne crois plus en la joie, la captivité des animaux et les promesses sans lendemain). Mais des parfums reviennent, des sensations.. Et à ce propos, devenant vieux et approchant les 40 ans (on aura bientôt jamais été aussi heureux de souffler nos bougies, sauf pour ceux qui vont le faire par Skype en confinement, un beau retour de manivelle du karma pour certain-e-s), certains artistes doivent désormais être diffusés sur Nostalgie précisément.

Cette radio que l’on connait lors de nos voyages en bus (à ce propos, pourquoi ce corps de métier écoute toujours Nostalgie ou Les Grandes Gueules ? C’est une décision syndicale qui m’a échappé ?) qui nous abreuve de gens morts dont les ayants-droit continuent à percevoir les fruits de leur dur labeur, bien calfeutrés dans leur jardin en Bretagne à boire des Spritz (la lutte des classes réside là désormais. Si tu n’as pas de jardin en Bretagne, tu n’es pas en haut de la pyramide sociale. Je me rends compte qu’étant de Lorient, mes parents en possédant un, je suis un social traître. Pas d’inquiétude, je n’ai pas fui Tours, vous écrivant cependant de mon bout de terre. Cela s’appelle la reproduction sociale, venez me couper la tête. Après il est partagé, mes voisins coupent la pelouse à l’heure de l’apéro de 13h du matin et je suis locataire, pas vraiment la vie de château).

Deux paragraphes pour ne toujours pas parler de l’œuvre que nous allons étudier aujourd’hui. Est-ce que je commencerais à avoir honte de mes goûts ? Préparant un article de 8 000 signes sur Dawson, je peux vous affirmer que non. Le thème de ce jour est donc : les musiques que j’écoutais adolescent (j’ai 36 ans pour la précision temporelle) peuvent commencer à être diffusées sur cette radio. Mais c’est là où je me rends compte que mon esprit flanche. Car l’héroïne du jour est Avril Lavigne. Ah oui, moi je ne tiens pas haute la dragée des culottées de Pénélope Bagieu. Le type, quand il narre les grands combats de femmes, il nous parle d’Avril Lavigne. Mais détrompez-vous, sa carrière est primordiale. Son premier album « Let Go » porte tous les stigmates de 2002 (et c’est là où je me rends compte que je n’étais pas du tout ado, mes 19 ans avaient sonné lors de la sortie. Mais ma sœur en avait 13, donc j’ai l’immunité des goûts) : baggy, riffs de guitares totalement compressés, de la pop qui se veut timidement rock et du punk qui rend ses devoirs en avance avec une copie parfumée à la lavande. Après, Avril, elle n’a jamais porté l’étendard de la révolution. Elle voulait seulement qu’un garçon l’aime. Et que les filles ouvrent les yeux et se rendent compte que certains skateurs boys valaient plus la peine que tous les « fils de » partaient en sortie voile le week-end. Avril luttait contre les a priori. Mais cela valait le coup pour les États-Unis, ce pays où les fêtes dans les films visiblement se passent toujours à 120 personnes (moi, à 19 ans, je buvais des canettes dans des parcs et on allait danser sur Louise Attaque en boîte de nuit. Ah c’est cela la nostalgie en fait, doux temps de la liberté).

Je peux vous dire ayant fréquenté ces endroits où les municipalités mettent huit ans à voter la subvention de 1000 euros pour poser une barre de fer nous permettant de tranquillement se péter les genoux et d’encombrer les urgences, ce ne sont pas des endroits aussi faciles pour le rapprochement qu’un thé dansant de guinguette. Il y avait un décalage culturel et romanesque qui nous faisait rêver avec la musique de ce premier disque. Car chez nous, le skate-park, ce n’était pas Love Actually.  Le skate-park de l’époque avait des règles effarantes en termes genrés. Tu es un garçon cool, tu peux démontrer tes talents en figures ; si tu as une poitrine, tu es censée regarder les garçons sans pouvoir pratiquer le skate et encore moins leur parler. Enfin, si tu es un jeune homme sans style, tu peux seulement regarder et te prendre des vents avec les filles qui, elles donc, regardent les beaux gosses qui tapent des figures. À la fin, personne ne se roule de galoches en tout cas, comme vous avec votre crush du moment ou votre comparse de confinage. La démonstration est longue, mais je ne peux vous faire un schéma, je n’ai pas de tablette graphique et je sais pas dessiner. Vous avez qu’à le réaliser et l’envoyer à SURVI, ce peut être le jeu pour demain : expliquez en un schéma rapide la construction sociale des skate-parks. Si les enfants ont école à domicile via des applications et des connexions internet défaillantes, je ne vois pas pourquoi je ne donnerais pas des devoirs non plus.

Avril, elle, a combattu l’ordre établi. A pris sa guitare et a commandé à toute une génération de jeunes femmes d’aller embrasser le skateur ou de s’en battre littéralement les ovaires. De faire ce qu’elles voulaient. De se donner le droit de dire à des mecs que sa copine c’était une fille superficielle et qu’il perdait son temps. Avril a permis à une génération de jeunes femmes d’arrêter de remplir des putains de carnets violets avec des cadenas supports de journaux intimes. Mais de prendre une basse, son vélo, sa bouteille de pastis : peu importe en réalité, de simplement choisir ce qui nous faisait rêver et de pas attendre qu’un génie vienne réaliser les vœux de nos secrets de girls.

Son premier album est un cri pour la normalité, elle nous présente son monde. Et son univers non fantasmé c’est un produit lisse, ou l’on ne rêve pas plus loin que l’ordinaire, pas trop loin des portes de son lycée. Avril luttait contre les injonctions à être extraordinaire. Elle voulait aller danser au bal avec un mec juste sympa  et pas se faire avoir par les castes. Elle nous parle de lutter contre les à priori et que derrière certains skateurs se cachent de gentils garçons et derrière des rêves de princesses factices il faut simplement écouter son cœur. Comme toute grande dénonciatrice de son temps, le Gouvernement lui a fait payer son message de tolérance. Si elle ne fut pas envoyée au bagne, des rumeurs calomnieuses ont commencé à courir à son sujet depuis une décennie. Elle serait morte, aurait été remplacée par un robot (ceci car elle sourit inlassablement de la même manière sur les photos), a contracté la maladie de Lyme (malheureusement vrai pour le coup) et pire est mariée avec le chanteur de Nickelback (malheureusement encore plus vrai). À l’heure des fake news, je m’en vais rétablir quelques vérités. Déjà, je ne crois pas que le chanteur de SUM 41, avec qui elle fut durant longtemps, aurait couché avec un robot. Le mec certes a sombré dans l’alcool et a failli en crever, mais je crois que c’est car il n’était pas assez cool pour Avril. Choisissez bien votre compagne/non, si l’échelle du cool est trop haute pour vous, vous allez avoir des soucis. Je crains actuellement pour la santé de Matt Pokora, Christina Milian est bien trop cool. En revanche, je crois que pour Michèle Laroque et François Baroin, cela s’annule pour les deux, aucun risque.

Alors profitons de ces temps de confinement pour ressasser ce que l’on va faire immédiatement en sortant. Avril chantait cela : si tu ne déclares pas ta flamme à celui qui te fait rire, un jour il sera sur MTV avec une bimbo. Et alors la superficialité et les seins en plastique auront gagné. Si ce virus chinois peut nous apprendre quelque chose, c’est que tout ne tient qu’à une corde. Une corde de guitare de pop punk qu’on ne maltraite pas trop, on l’on prévient en chanson que, pandémie terminée, on va sortir plus forte pour venir te rouler des pelles. Avec consentement bien entendu.

Jocelyn Borde