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Bref, l'importance du vide - SURVI
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— DE LA CONFITURE AU CONFINÉᚏ JOUR 10

Bref, l’importance du vide

By 26 mars 2020 avril 2nd, 2020 No Comments

En toute logique, vous commencez à comprendre le concept de cette rubrique. Je vous propose tout ce que j’aime et qui défie les lois du snobisme pour que vous puissiez perdre votre temps avec allégresse durant ce confinement. Il ne faut pas croire : ce n’est pas parce que l’on est contraint que l’on va tous se révéler de grands génies créatifs. Les livres, disques, peintures qui sortiront de cette période ne seront pas tous incroyables. Ce n’est pas parce que tu écris sous produits que ta prose est incroyable, ne croyez pas que parce que vous êtes enfermés votre talent va se révéler. Pour vous aider à surmonter tout cela, des recommandations d’œuvres oubliées ou injustement méconnues. Que mon cerveau malade tente souvent de réhabiliter. C’est mon combat sur cette terre, j’ai bien compris depuis longtemps que nous sommes en guerre. En même temps, quand un président qui fut élu par suffrage démocratique instaure sa nouvelle campagne de presse pour gagner en popularité sur une base militaire avec des soignants et médecins confinés derrière des grillages pour pas qu’ils viennent perturber le direct, je suis hyper rassuré. Tout va bien, on va bien massacrer le Code du Travail, des gens meurent et la distribution de dividendes atteindra des taux records en Europe dans les prochains jours. Du coup, malgré ce soleil qui me nargue continuellement, j’ai besoin d’une cure de vitamines. Quoi de mieux que de ne pas chercher aujourd’hui à sauver une œuvre par des moyens détournés de mon cortex, mais de vous proposer une fiction se tenant de bout en bout. Un objet ou j’ai eu beau le/la retourner dans tous les sens, je n’y vois toujours aucune critique objective. Je crois que c’est le paradigme même de l’amour, cette phrase.

Parlons donc d’une série se regardant en quelques heures : Bref. Quoi de plus logique que le format télévisuel ayant redéfini l’urgence du montage pour passer un temps ou précisément le temps n’existe plus. En termes de style justement, cette chronique n’empruntera aucun des tics de la série. Nous avons déjà passé sa malédiction en devant supporter toutes les parodies lors des mariages dans les années 2010. Même pire, nos plateformes envahies de tentatives des BDE des écoles de commerce d’être sarcastiques. Qu’est-ce que cela nous a appris ? Qu’en premier lieu, plus tu paies une école, moins visiblement ton planning est chargé. De même si tu t’habilles en étant sponsorisé Ralph Lauren comme si tu allais au club équestre tous les jours, ce n’est pas en empruntant des références cool que tu le deviens.  Il y a eu aussi des tentatives heureuses dont une que beaucoup de parents doivent en ce moment reconsidérer en opérant l’école à la maison.

C’est souvent le drame des œuvres populaires, l’incompréhension. Quand une création échappe à son auteur. À la base, le Coronavirus, c’ était une simple campagne virale pour alerter sur la prise en considération des animaux moches mis au ban des défilés de popularité. Ras-le-bol que l’espace médiatique soit encombré de chiens, de lions et de loups. La vache avait eu le droit un temps à un retour en grâce via la grippe folle, le pangolin n’avait seulement pas compris que désormais il y a Instagram et Pornhub et la bande est devenue très passante. Bref, revenons à nos moutons non contaminés.

Qu’est-ce que la série raconte et pourquoi à mon sens faut-il s’y attarder ? Je ne vais pas vous résumer l’arc narratif de la série. Déjà car les épisodes font 2 minutes et il me prendrait plus de temps à les expliquer que vous à les regarder. Cela serait donc profondément absurde. Non la série m’est importante car elle l’est aux yeux d’un grand nombre pour une raison simple : on pouvait enfin se retrouver dans la réalité de la lose. Certes, de mes yeux d’homme blanc trentenaire échouant au jeu sans frontières de l’amour j’entends. Mais les traitements scénaristiques concernant la gente féminine faisant autant avancer l’intrigue que le personnage principal permettaient aussi j’imagine l’identification pour toutes ces jeunes femmes éprises de garçon trentenaire échouant tout seul comme des petits enfants se croyant adultes au jeu sans frontières de l’amour. Bref, cette phrase est toute sauf concise. Vous voyez que je n’applique aucune règle de style. Pourtant ce tournant télévisuel restera marqué dans mon cerveau tel l’avènement de la culture du rien, sans que cela ne me gène. On peut intéresser les gens sur un paquet de pâtes entamé et la manière de terminer le mois, non car on l’a tous déjà vécu. On peut susciter l’intérêt si on arrive à dépasser son sujet en étant drôle, peu importe le thème. Autre point majeur, on peut parler de branlette à des heures de grande écoute. Visiblement Lustucru et le papier hygiénique étant les intérêts prioritaires des Français depuis un mois, ces problématiques traversent le temps. Montre-moi ton caddie, je te dirai qui tu es. Ce jeu est tout à propos notamment le 14 février où vous rigolerez comme des bossus du malheur des autres.

Bref nous vengeait par ailleurs des formats courts que l’on subissait depuis des années. Un gars une fille nous questionnait sur notre envie d’être en couple. Si eux représentaient le bonheur, à quoi bon ? Pire encore, à force de jouer des personnages qui sont ensemble par dépit, les acteurs de cette shortcom ont fini par se maquer. Un exercice meta que mon cerveau n’est pas prêt d’oublier.

Caméra café, elle, nous terrorisait sur le climat de la vie en entreprise et du nombre d’existences gâchées par le fait de devoir écouter des inepties par convention sociale. Bref, quant à elle fut une série sans pitié pour ses personnages : point d’amour ni de salut. Son héros prend objectivement toujours le mauvais chemin et aurait été bien nul au livre dont vous êtes le héros. Inévitablement, il va choisir la meuf la plus canon quand il passe à côté de celle qui dessine sur des pommes de terre pour le faire rire. Avec qui il peut à la fois baiser comme un forcené en se marrant comme des bossus et se faire martyriser à la console en rigolant comme des gens sans bosse.

Sur ce propos, je ne suis peut-être pas des plus objectifs. On est ici pour tout se dire et si l’on crève tous, ce webzine sera notre dernière capsule temporelle envoyée au monde gravée dans l’éternité de l’espace d’Internet. Alors je me dois de livrer une confession qui n’en est pas une pour bon nombre de personnes ayant partagé ma vie à un instant T. Nous avons tous une liste. Une liste de personnes avec qui on a le droit de coucher si un jour on les croise et si par miracle cette même personne ressent une attirance pour nous. Le même principe prévaut sur une liste de personnes avec qui on a le droit de boire des bières. Qui peut amener à voir les listes se confondre en cas de consommation intensive. Sur la mienne, en numéro 1 il y a Bérangère Krief. Alors forcément, je suis team Marla (son personnage) dans la série. Cela amène à un principe de vie. Choisis toujours la personne qui te fait rire car au final l’éjaculation dure 4 secondes quand le reste de la journée ensemble en moyenne 6 heures (cette logique est encore plus prégnante en ces temps de confinement). Du coup, si jamais vous n’avez pas réalisé votre liste, voici un jeu bien plus amusant qu’une partie de bataille navale. Soyons réalistes et arrêtons-nous à trois noms sur les deux listes. Cela permet de plus de voir qui est stratège, qui est joueur et qui est purement pragmatique dans la baise. Si la liste de votre compagnon ne contient que des prénoms de stars américaines ou de personnages de fiction, visiblement il est très amoureux. Si elle contient le prénom de votre sœur et la boulangère du quartier, je crains que vous deviez vous inquiéter. Surveillez bien ses attestations de sorties.

Le travail des auteurs Kyan Khojandi et Navo les années suivantes a continué sur le thème non pas du désœuvrement mais du sensible. Bloqués : une série de deux glandeurs se serrant les coudes sur un canapé et s’aidant pour traverser un monde duquel ils ne veulent faire partie. Celui des petits boulots, des caméras cafés et autres monotonies. On y voit une projection de l’importance de l’amitié avec la tendresse infinie qu’ils ont pour Serge le Mytho. Personnage qui fut également décliné en série où tout l’arc était de démontrer que, sous ses conneries gigantesques, se cachait la véritable détresse d’un homme usé par les commandements de réussite de notre société. Dans un croisement d’univers, un épisode amène toutes les réponses : après une véritable déclaration d’amitié, Orel Gringe et Serge marchent dans la rue et sortent enfin de leur appart et croisent… le personnage de Bref des années plus tard en couple avec Marla. Car le salut de ce personnage et son avancement devait se réaliser hors caméra et n’avait pas à nous être conté. À la fin, c’est toujours l’amour le plus évident qui surnage. Team Marla.

Bref est une série admirable par sa fin. Ils ont su réaliser ce que peu arrivent à faire : savoir mettre un terme avant qu’il ne soit trop tard. La série s’est arrêtée au bout de deux saisons, en pleine gloire et n’a pas cherché les intrigues de trop. Le personnage largue celle qui ne lui correspond pas, se prend une crampe avec Marla qui, à juste titre, en avait cure de pas se faire respecter en tant que meuf méga cool. Et rideau. Car c’est là ou le projet avait au mieux cerné notre époque. Il n’y a pas forcément de happy-end, de remise en question. Bref, ce n’était pas l’auscultation des détails du quotidien. La série a rapidement terminé car précisément ce phénomène d’identification devenait néfaste. Tout le propos est contenu dans son épisode de fin. Le personnage marche et l’on entend les pensées de tout le monde présent dans un parc. Ce que cela signifie c’est que toutes nos vies merdiques ont une importance, une histoire à raconter. On ne se retrouvait pas dans celle du personnage. On était simplement enthousiastes de se rendre compte que nos ères du vide avaient une résonance. À nous de proposer nos versions de nos quotidiens sans les sublimer mais en percevant les poésies cachées. À nous de faire entendre nos voix. 

À demain et si d’ici là vous trouvez le temps long : les trois séries citées sont disponibles intégralement et gratuitement sur YouTube. Le spectacle Pulsions de Kyan Khojandi également et c’est une heure d’humanité si précieuse que je ne peux que vous le conseiller.

Jocelyn Borde