Warning: Creating default object from empty value in /homepages/44/d821061045/htdocs/app821061203/wp-content/themes/salient/nectar/redux-framework/ReduxCore/inc/class.redux_filesystem.php on line 29
Dakar, une solidarité à toute épreuve - SURVI
loader image
— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 45

Dakar, une solidarité à toute épreuve

By 30 avril 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

Djibril : Dakar, une solidarité à toute épreuve

Depuis le début de la pandémie, je reçois presque tous les jours des notifications de mon père qui annonce au reste de la famille le nouveau décès d’une personnalité. Manu Dibango, Gene Deitch, Christophe, Pape Diouf… Pape Diouf !? Alors certes, je suis un peu jeune pour me souvenir de ses heures de gloire à la tête de l’Olympique de Marseille. Mais pour avoir grandi dans une famille d’amoureux du ballon rond, « Papa » Diouf est indéniablement de ceux dont le nom rayonne au-delà de la simple carrière pro. Cela faisait quelques jours que je n’avais pas mis les pieds sur le continent africain. J’ai donc décidé d’aller me confiner quelques heures chez ce grand monsieur, dans la capitale du Sénégal, à Dakar. J’y retrouve Djibril, un jeune entrepreneur social sénégalais qui m’a donné rendez-vous au coucher du soleil.

« Alors, ici tu es dans la capitale du Sénégal, le pays de l’hospitalité. Mais, vous les Français, vous nous connaissez mieux pour notre équipe de football, les Lions du Sénégal », m’annonce-t-il d’entrée de jeu. Il est vingt heures passées sur la côte ouest de l’Afrique et dehors, les rues sont vides. Le couvre-feu ainsi que l’état d’urgence ont été prolongés jusqu’au début du mois de mai pour contenir la propagation du virus. « Les règles sont bien respectées, m’assure Djibril. On a une population très consciente de ce qu’il se passe, c’est pour ça qu’on est peu touchés. » Avant même que les mesures d’urgence soient appliquées dans la capitale, les habitants se préparaient déjà à la pandémie. Mais dans certains pays du sud comme le Sénégal, il est impossible de mettre en place un confinement total de la population. Pour de nombreux Sénégalais, la priorité c’est de travailler pour pouvoir manger. Du coup, les autorités s’appuient beaucoup sur des campagnes de sensibilisation. Ceux qui peuvent télétravailler le font, les autres vont au travail et bénéficient d’horaires allégés. Dans la rue, le port du masque est obligatoire.

Avec un grand sourire dans la voix, Djibril m’explique que, dans son pays, on accorde une grande importance aux témoignages de personnes qui ont contracté le coronavirus et qui s’en sont sorti. « Ceux qui sont guéris ont la légitimité de donner des conseils. Ils nous rassurent. » Sa remarque paraît si simple et pourtant j’en reste bouche bée. Je suis l’évolution de la pandémie depuis Wuhan et j’ai si peu entendu parler de ceux qui s’en sont sortis. J’aurais voulu qu’ils me rassurent, moi aussi, quand la peur était là.

Au cours de ma discussion avec Djibril, je suis épaté par le bon sens et la sympathie de mon hôte. Dans sa bouche, un mot se détache particulièrement : la solidarité. Quand je lui demande comment se procurer des masques, il me répond simplement que les associations se mobilisent pour en fournir à chacun. Et s’il n’y en a pas, alors les tailleurs en confectionnent. Djibril est un jeune engagé qui a fondé une association, il y a plus de dix ans maintenant. « Équipe Aidons les Talibés », vient en aide aux talibés, ces enfants confiés à des écoles religieuses mais en réalité réduits à la mendicité dans les rues de Dakar. Dans le contexte actuel, Djibril et son équipe redoublent d’énergie pour protéger ces mineurs abandonnés à eux-même. « En ce moment, on confine les enfants talibés, me dit-il. Tous les jours, on cherche à manger pour les nourrir et du matériel pour assurer leur hygiène. » Sur Facebook, on peut voir l’association en action expliquer aux jeunes comment se laver les mains et se saluer avec les pieds. Avec le début du ramadan, les choses sont un peu plus compliquées mais pas question de baisser les bras : quand il n’est pas en train de lire ou de travailler sur de nouveaux projets, Djibril est dans la rue pour venir en aide aux plus démunis.

En découvrant cette solidarité entre les habitants de Dakar, j’ai vraiment pris un grand bol d’optimisme. Le genre de bol qu’on ne prend pas assez souvent. Alors que sans cesse (et peut-être même encore plus depuis que nous sommes enfermés), nous acceptons passivement l’infobésité catastrophiste de certains médias, au Sénégal j’ai pu observer une société qui se lève et qui se bat pour que tout le monde s’en sorte. Avant de nous séparer, Djibril me confie : « Les gens disaient que ça allait être chaud ici : il n’en est rien. » Nio far, mon ami.

Grégoire Bienvenu