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Ayé c’est la fin. Non de la planète, quoique la vie telle qu’on l’a connue précédemment semble plutôt mise à mal. Lundi, la vie reprend mais pas vraiment. Elle reprend sans que l’on puisse vivre. Je ne dis pas cela en mode plaintes, n’étant absolument pas scientifique comme ces deux derniers mois d’écrits vous l’ont montré, je me garderai bien d’avoir un quelconque avis. Cependant, l’ensemble de mes échanges avec des amis hier parlaient essentiellement de se voir de manière raisonnée pour répondre à une question : comment boire du Gin Tonic avec des masques ? C’est con quand même : les dernières élections montrent un soin grandissant porté à l’écologie pile au moment où la planète nous dit qu’elle rompt avec nous. Elle a tenté, hein, de faire le dos rond, d’accepter les manques de tendresse et nos crachats perpétuels à la tronche et, de manière bien logique, elle a décidé de nous dire d’aller nous faire foutre. J’espère que l’on ne va pas faire parler la voix souvent insidieuse d’hommes frustrés et laissés sur le bord de la route du fait de leurs manques constants d’attention sans se remettre en question. Je ne suis pas mieux que d’autres, ma première réflexion est de me dire : « pour picoler ensemble et contourner bon nombre d’obstacles, nous n’avons qu’à remettre en place les pailles. Construire des pailles géantes qui nous protègent de tous risques». Je suis à deux doigts de proposer d’emballer l’intégralité de nos produits dans du plastique pour notre sécurité. Reculer pour mieux sauter.

Une fin d’aventure n’est pas toujours un feu d’artifice. Je ne vais pas aujourd’hui aller dans la surenchère et vous délivrer des détails scabreux ou de l’intime. Pour celles et ceux qui ont suivi ces écrits, vous avez matière à rigoler ou être effrayés. De même, sur une conclusion, nous sommes censés tirer des leçons, en sortir grandis. À part m’amuser à lire les conneries des ami(e)s que pour un grand nombre je n’ai pas encore pu rencontrer, je suis resté le même pré et post SURVI. Avec quelques kilos en plus certes. Étrangement passé d’une journée d’activités classique à 24 pas dans le jardin et ma reprise du fromage dans l’alimentation ont conduit à ce résultat. Je vous avais dit que j’ai toujours été nul en sciences, j’aurais pu le voir venir le summer bidon. Sinon je me suis laissé pousser la barbe comme un grand défi pour illustrer ce temps qui passe. Là encore, je n’ai pas bien écouté mes cours d’économie, j’aurai dû réaliser une photographie par jour pour témoigner de la captivité. Et certainement vendre cela en performance contemporaine. Ma conscience m’a certainement freiné, il serait compliqué de se plaindre des conditions de détention quand certain(e)s depuis deux mois ne rêvaient que de cela : du confinement. Il y aussi que ma barbe est tricolore (brune comme mes poils pubien, rousse comme mon code génétique, blanche comme le poids des années). Le projet de barbe était ma manière de me rassurer sur le temps qui passe, les évolutions nécessaires. À défaut de grandir spirituellement, je porterai les stigmates de notre aventure. C’était cela ou bien je me commandais une machine à tatouage. Mais ma scolarité m’aura appris deux choses : je ne comprendrai jamais la géométrie et le sens des proportions et rajouter des bites à tous ses dessins ne vous permet pas de briller. L’orientation sur les poils fut donc inévitable pour qu’hier j’apprenne qu’avec le port du masque obligatoire dans les transports, je m’en vais devoir raser celle-ci. Sinon le masque serait à 90% moins opérant. On en parle pas beaucoup de la souffrance à venir. Des hommes, car nous allons tous redevenir moches, des femmes et des personnes gays qui devront coucher avec des gens hideux. Je crains de plus après la première tonte une peau si rêche qu’elle limite toute pratique de sexe oral consentie au risque de provoquer moult brûlures chez les partenaires. Encore une fois la science contrecarre tous nos plans, elle ne me laissera jamais tranquille celle-ci.

Sur le dernier papier, c’est le moment de tirer des bilans. L’œuvre de ce roman confiné n’avait aucun propos d’origine. Quitte à avoir du temps, autant le perdre avec désinvolture. De prescripteur de tendances à ne pas suivre, j’ai dérivé sur l’auscultation de mes souvenirs les plus enfouis. Pour les rares ayant eu la folie de tout lire, je dois vous l’avouer : rien ne fut exagéré. Ces passages étaient bien plus intéressants que toute proposition culturelle. Sur le dernier grand parallèle de cette semaine, Harry rentre donc en 3ème dans les deux derniers épisodes. L’âge où l’on est aussi censé mieux comprendre ces trois dernières années. On se prépare à l’autonomie, au monde des grands : le lycée. Nous n’avons pas tous le même filtre quant à cette introduction. Souvent c’est l’instant où l’on découvre les baby-foots, les clopes et les premières sorties le soir. On ne comprend que bien plus tard la notion de sacrifice, les loyers et charges à payer ; là c’est la dolce vita. Objectivement, le stress du diplôme de fin d’année (à mon époque tout du moins) n’était pas hyper prégnant. Certainement là où nos parcours se séparent avec celui d’Harry. Déjà car la magie chez moi à consister à ne pas se faire casser le nez lors de cours de rugby qui tournaient inévitablement en pugilat. Une mêlée de collégiens de 14 ans, sexes confondus, est rarement une très belle idée. Étrangement, le niveau de malaise et de testostérone est bien trop puissant. Pas la peine de créer des filtres d’amour pour provoquer des rapprochements chers sorciers, balancez un ballon ovale et laissez le chaos se répandre. Les quêtes étaient bien différentes puisque lui se retrouve toujours  pourchassé par Voldemort. On ne rigole plus du tout dans ces conclusions avec un nouvel élément introduit. Non pas des sorts customisés mais tout bonnement la mort. Harry est amené à grandir dans son année apparentée à celle de 3ème car à la fin il est confronté au vide. Ils ne vont plus à l’école et s’embarquent dans une grande quête de ce que l’on nomme les Horcruxes. Alors il se baladent dans le monde en temps de guerre (le terme, là, n’est pas usurpé) à la recherche d’items, encore mieux cachés que n’importe quelle partie de Pokemon Go. Comme tout bon voyage, ce qui compte ce n’est pas la destination mais ce que l’on apprend durant celui-ci. Harry découvrira une des plus grandes épreuves de la vie de jeune adulte : la cohabitation avec ses potes. Bon d’accord, lui n’est pas en vacances mais en exil, toutefois les comportements se révèlent forcément. C’est facile de bien s’entendre avec son comparse de cour de récréation qu’on ne voit que sept heures par jour et ensuite d’aller manger ses Choco BN trempés dans du lait au goûter. Mais se retrouver à gérer les repas et les habitudes de chacun nous fait regretter n’importe quelle cantine. À ce propos, est-ce que comme moi vous avez des souvenirs de salle où les profs mangeaient entre eux et pouvaient boire du rouge le midi ? Les souvenirs sont une des clés de ces derniers épisodes, tant ceux-ci jouent un rôle prédominant dans notre compréhension de tout ce que l’on vient de voir. Certains personnages se révèlent totalement et notre esprit doit repasser les sept derniers films sous ce nouveau prisme. De littérature pour enfants, Harry Potter se révèle comme une des plus importantes œuvres de ces dernières décennies tant les ramifications et les enseignements sont multiples. Nous apprenons plus des rencontres que des cours dispensés, autant vous dire que les enfants confinés avec leurs parents depuis deux mois n’ont pas appris grand-chose et doivent commencer à vivre dans une réalité parallèle.

Je ne vais pas vous raconter la fin de la saga. Si dévoiler Fast And Furious peut m’être pardonné, pour ce monument de la pop-culture nous pourrions avoir des réclamations. Sachez seulement que les véritables héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit et que certains personnages se révèlent littéralement au cour des deux dernières aventures. Des parcours accidentés ont permis de construire de véritables forces de caractères pour certain(e)s et plus que les batailles finales, ce sont ces évolutions qui ont toujours nourri mon affection pour cette saga. Pas de crainte pour Harry, il survivra à tout ce bordel et, malgré son année tronquée, finira visiblement dans un poste de fonctionnaire au Gouvernement des années plus tard. Je peux vous raconter l’ultime scène qui ne révèle rien de capital sur l’intrigue. Vous vous doutiez que le héros n’allait pas périr dans d’atroces souffrances, moins pratique pour les ventes de costumes pour les enfants ensuite. Harry aura bravé toutes ces aventures pour se retrouver affublé d’une illustration de sa vie ressemblant aux photos figées de la famille royale d’Angleterre. Tu bats le plus grand virus de la Terre pour être mort à l’intérieur : une leçon à retenir pour la sortie de crise (un jour). Combattre l’enfer et la damnation pour se retrouver bloqué dans celui du quotidien, quelle drôle de morale. Comme pour Harry et ses camarades qui apparaissaient comme les seconds couteaux et se révèlent capitaux dans la conclusion, il est toujours drôle de se questionner sur ce que sont devenus nos anciens confrères de prison. Nous avons tous dans notre parcours fréquenté un élève devenu célèbre. J’ai une amie proche qui a arpenté le même bitume au collège que le premier nain utilisé par Franck Gastambide pour Kaïra Shopping. Oui car après, dans son film sur la boxe thaï et la tourista à savoir Pataya, il change de nain. On ne réagira pas à ses choix de casting et ses amitiés visiblement interchangeables avec des personnes de petite taille, mais vous noterez que je suis à un degré de séparation d’un acteur ayant aussi participé à Danse avec les Stars. Voilà une belle manière d’occuper ce grand week-end : les recherches sur Facebook de vos copains d’avant. Une technique souvent recommandée en cas de petit moral. Vous gagnez des points de confiance quand vous vous rendez compte de l’existence bien morne de certain(e)s et n’avez qu’à vous dire que les réseaux sociaux ce n’est pas la réalité pour ceux qui brillent trop.

C’est sur cette fin qui n’en est pas une que je vous quitte. Il n’y a pas plus compliqué que de convenablement terminer. Alors je vais utiliser la porte de sortie classique «  ce n’est pas vous, c’est moi. Vous méritez mieux que cette vie confinée. Vous êtes supers, c’est moi qui ai un souci ». Par SMS cela a plus d’impact mais vous voyez l’idée générale. On se retrouve dans la vraie vie. N’allez pas voir mon Facebook, ma vie est géniale, cela va vous déprimer.

Jocelyn Borde