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Au Kerala, État modèle du sud de l’Inde - SURVI
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— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 43

Au Kerala, État modèle du sud de l’Inde

By 28 avril 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

Vishnu : au Kerala, État modèle du sud de l’Inde

Cette fois-ci, on n’a pas assuré sur les courses. D’habitude on anticipe, on se fait livrer à l’avance et on arrive même à acheter de la farine pour faire des crêpes. Mais cette fois-ci, on s’y est pris comme des glands et les placards sont vides. Du coup, ce soir il a fallu commander à un restaurant pas loin. En attendant d’être livré, je reçois des nouvelles de Vishnu, un pote de doctorat à Pékin. Sur la côte sud-ouest de l’Inde, dans la province du Kerala, le jour vient tout juste de se lever. Curieux de savoir ce qu’il s’y passe pendant le confinement, je m’envole pour la petite ville de Palakkad – ou പാലക്കാട് pour ceux qui ont pris LV2 Malayalam.

Au moment où mon écran s’allume, un détail me saute aux yeux. Il y a trois mois, j’avais quitté Vishnu presque chauve, le voici avec des cheveux ! « Ouaip, je sais, me dit-il péniblement. Mais le coiffeur devrait passer à la maison un de ces quatre. » Me voilà rassuré. Confiné chez ses parents depuis son retour de Chine, le jeune Indien a l’air en pleine forme. « On habite dans un village hors de la ville, c’est super paisible. Le Kerala c’est vraiment un État indien à part. » Situé entre la mer et les montagnes, le Kerala est un territoire régulièrement administré par des communistes depuis les années 1950. « C’est le premier endroit au monde où les communistes sont arrivés au pouvoir lors d’élections », me confie-t-il, avec un grand sourire. Grâce à des politiques sociales ambitieuses et avant-gardistes, cet État peut désormais se vanter d’avoir le meilleur taux d’alphabétisation et le meilleur système de santé du pays.

Alors forcément, avec ce genre d’investissements, en ce moment c’est bingo. Au début de la crise sanitaire, l’État du Kerala a très rapidement mis en place une gestion « stricte mais humaine » de la situation, vantée jusque dans les colonnes du Washington Post. « Le gouvernement a donné 15 kg de riz à chaque famille, m’explique Vishnu. Il y a des travailleurs administratifs qui appellent régulièrement les gens chez eux pour s’assurer que tout va bien, qu’ils ne manquent de rien. » Un instant, je me sens happé par ce doux rêve socialiste. Le temps d’un battement de cils, Benoît Hamon est président de tous les Français et l’État-providence est restauré au service du bien-être collectif. Ahh. « L’État a aussi mis en place des cuisines communes où des travailleurs sociaux préparent à manger pour les plus démunis. » Enfin, le Kerala a également adopté une stratégie offensive de test, construit des logements pour les travailleurs migrants et opté pour un confinement général qui devrait prendre fin le 3 mai. Résultat : alors qu’il y a deux mois on y recensait le premier cas d’infection en Inde, on ne compte que trois victimes du virus depuis. À Palakkad, plusieurs commerces sont encore ouverts et les Indiens portent très peu le masque à l’extérieur. « On se connaît tous ici et on vit en vase clos, donc ça ne nous inquiète pas », me raconte Vishnu. La journée, il rejoint même ses copains pour jouer ou mater des films. Mais d’après ce qu’il me dit, une majorité de ses voisins reste quand même chez eux. Et c’est pour le mieux, parce que la police indienne a pris pour habitude d’expliquer physiquement que flâner dans les rues n’est pas à l’ordre du jour. « S’ils t’attrapent, ils te mettent une belle raclée. »

Quand j’aborde la question du reste de l’Inde, le ton redevient très vite sérieux. Les routes qui mènent aux autres provinces sont actuellement bloquées. « En Inde, me dit Vishnu, on n’a pas beaucoup de ressources, alors la seule chose qu’on peut faire, c’est prendre des précautions. » Le Kerala est un État privilégié. Mais comment penser distanciation sociale et mesures d’hygiène dans le bidonville de Dharavi, à Bombay, où l’on compte plus de 277.000 habitants au kilomètre carré ? De retour au Canada, je me sens un peu con avec ces grands espaces et mes soucis de livraisons. Je viens de me rendre compte que le confinement est un luxe.

Grégoire Bienvenu