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— FLEUR BLEUEᚏ JOUR 50

Ah la campagne et ses pérégrinations…

By 5 mai 2020 No Comments

J’apprenais hier que les urbains quadruplaient leurs recherches de logement près de la verdure depuis le confinement. Ce même jour, entre deux gouttes abyssales, je n’ai pas résisté à l’envie de côtoyer les flaques, les moustiques en charges elliptiques, et le bruissement du vent fort dans les feuillages, ceux qui gorgent nos naseaux d’effluves puisées de sédiments au bord de l’eau, d’organismes divers et de fragrances toastées à la noisette.

Bien que la nature soit prolixe, les chemins praticables pour s’émouvoir un peu trop sans se faire repérer, c’est-à-dire un peu plus loin que prévu par nos chers ministres, sont rares. Tant et si bien que j’ai coutume de stopper net, le long d’une rivière charmante, auprès d’un petit havre de paix.

Cernée de jeune frênes et de chênes, une cabane, au milieu d’herbes hautes.

Une cabane de bois.

Une petite terrasse, ombrée de glycine en fleur, lui confère une classe New Orleans de premier ordre.

Autour, des chants d’oiseaux, gourmets attirés par ce jardin qui peine à être entretenu, clamant la joie de vivre.

L’endroit semble abandonné.

Mais je me plais à y prêter attention.

Derrière la fenêtre, des rideaux tirés.

Là, quelques traces de pas. Et cette sensation, fantasmée ou justifiée, que d’aucun s’y rend à des heures oubliées. Une vie se trame à loisir ici et là, hors du temps des badauds.

Je rêve.

Pourtant, bien que les herbes poussent et soient balayées par les tourments du vent, chaque fois que je passe, quelqu’un a foulé le petit chemin qui mène à la cabane.

Qui es-tu ? Êtes-vous nombreux ? Qui profite de cette maison de bois sait vivre, pour sûr, mais quelle discrétion !

J’imagine une mamie et son fauteuil, ne sortant que lorsqu’elle le sent, au petit matin, au soir tombant, pour jouir seule de ces moments de grâce que lui octroie la campagne délaissée. J’imagine une famille de migrants, accueillie par de formidables personnes, qui ont trouvé que cette cabane siérait bien à de dignes échappés. J’imagine un vieux grincheux, qui ne supporte pas trop de passage dans le chemin au loin, et qui la nuit part en quête de sa barque cachée derrière les arbres pour débusquer la recette gourmande de pièges laissés ça et là. Ou peut-être est-ce une femme, sauvage ou légère, un brin dérangée, qui se refuse à trop de contacts, et préfère le bois de l’intérieur.

Hmmmm, mon esprit s’échappe, la cabane aux visions me rend doux-dingue.

Et au premier plan de ce jardin ni bien ni mal fichu, ce vieux hamac en perdition qui laisse présager d’une autre vie encore.

Oh que j’aimerais emprunter cette maison de bois, y siroter avec toi quelques verres sur la terrasse séchée, à l’ombre d’un soleil couchant fort odorant. J’imagine bien des folies à l’intérieur, que je ne saurais coucher ici-même, et qui pour sûr se termineraient sur le hamac retapé pour un repos tant apprécié.

C’est ma cabane du pêcheur, prenez-le comme vous voudrez.

Jean-Christophe Baudouin