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— FLEUR BLEUEᚏ JOUR 30

Ah… du croquant

By 15 avril 2020 No Comments

C’est ce qui m’est venu ce matin, au bon loisir d’une visite longue mais délicieuse et pimentée de sourires généreux, au magasin du coin, dans la première couronne, comme dirait ce cher Arnaud Bénureau.

Un charmant coin de campagne, enroulé d’élevages et d’étables, où d’aucuns se succèdent en rang d’oignon (impossible ici de ne pas penser à ce texte gouleyant de SURVI servi par Céline Rousseau).

Après l’attente, on se faufile deux à deux dans cette charmante bâtisse offrant à ses convives moult productions bio du coin (fromages, viandes, légumes, vrac, jus et compagnie).

Une heure debout certes (ou assis : on nous emmène des chaises molletonnées de bleu vif)… Mais pour atteindre le graal de l’échange gourmand on ne compte pas, et quel échange !

Je ne résiste pas à l’envie de partager tout ceci.

Arrivé aux aurores, j’ai vu la danse des livreurs au pied de la ferme, chacun offrant son sourire au personnel accueillant -et nos trombines matinales en file indienne, qui n’en faisaient pas moins. Cela change des grandes surfaces !

Une femme vint même braver l’enfilade, avec son bébé et un cageot. Des têtes surprises lui laissèrent place (il y avait un bébé tout de même). Mais non, c’était la livreuse de champignons, produits à la cave d’à côté. Frais, pimpants les croquants !

Un homme d’allure sportive s’exerçait à porter des cartons de vins naturels, posés entre autres sur le siège bébé de sa camionnette… Pour la bonne cause.

Une femme causante nous expliqua qu’elle venait de Pornic pour dépanner, via sa glacière, de quelques poulets fraîchement préparés.

Un homme grisonnant au pull cliché couleurs indiennes, soixante-huitard de premier ordre, la mine enjouée, triait des pomelos et des oranges ravinées, moches à souhait, dépouillés de cette laque inquiétante, la brillantine qu’on aimait à trouver dans les hyper bidules.

On croirait rêver !

Ah mais quel bonheur, et quelle impatience d’en être enfin. Je me trouvais rivé à ces fromages et yaourts de tout sort, avec l’envie frustrée de croquer, de dévorer, de laisser passer ces tourments de confinés vers l’arrière cuisine, de me livrer corps et âmes à une envie dionysiaque. Quel désir grimpant m’assaillait !

Et puis, ces tomates, ces courgettes, ces aubergines, manquantes à l’appel, parce que pas d’actualité, quelle leçon.

Les radis gorgés des soleils d’hier et d’avant n’avaient pas à en rougir ; ils le faisaient pourtant si bien.

Hmmmm. Je m’en vais de ce pas pleurer de bonheur à déshabiller deux trois oignons, bel hommage.

Jean-Christophe Baudouin