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— CONFINÉ CHEZ VOUSᚏ JOUR 35

À Washington pour deux fois plus de confinement / deux fois plus de fun ?

By 20 avril 2020 avril 22nd, 2020 No Comments

3,9 milliards de personnes confinées, soit plus d’un être humain sur deux. J’ai décidé de vous emmener avec moi dans un petit tour du monde du confinement. De Washington à Chengdu en passant par Le Cap et Bagdad, comment appréhende-t-on la quarantaine ? Citoyens du monde, tenez-vous prêts ! J’irai me confiner chez vous.

Épisode 5 – Rita : à Washington pour deux fois plus de confinement / deux fois plus de fun ?

Le voyage d’aujourd’hui nous ramène sur la terre ferme pour suivre les aventures d’une jeune femme qui a tout fait pour échapper au confinement mais qui, en définitive, en aura eu deux fois plus que les autres. Cette jeune femme, c’est Rita Fan. Je connais Rita depuis un an. C’est une bonne copine pékinoise, une journaliste spécialisée dans le hip-hop chinois et, accessoirement, ma professeure de mandarin. Il est 17h30 quand je mets mon boulot en pause pour traverser l’Amérique et la rejoindre dans la banlieue de Washington D.C.. « Ça commence à être long là. On ne regarde plus les news pour essayer de se préserver », me confie-t-elle. Et pour cause : Rita fait partie de ceux qui ont commencé leur confinement il y a plus de deux mois, et qui y sont toujours aujourd’hui.

Quand l’épidémie commence à devenir un sujet en Chine, Rita se trouve à Sanya, une ville balnéaire de la province du Hainan, où elle passe le Nouvel an chinois avec son mari américain et ses deux parents. « On rentre à Pékin le 26 janvier et on sait que les choses ont changé. Wuhan est en quarantaine depuis trois jours, tout le monde dans la rue porte un masque. » La situation devient de plus en plus tendue dans la capitale chinoise. Le couple décide alors de s’installer chez les parents de Rita, mais un premier cas déclaré de coronavirus dans leur résidence entraîne un strict lockdown de celui-ci. La deuxième option, c’est les États-Unis, chez la belle-famille. Donald Trump vient tout juste d’annoncer sa décision d’interdire les vols depuis la Chine, mais Rita et son mari parviennent à sauter dans le dernier avion pour Washington DC. Ils atterrissent le 2 février, une heure après que l’interdiction devienne effective. « Je me souviens, au lieu de l’annonce habituelle en arrivant, le chef de bord nous a indiqué que nous devrions pouvoir nous poser. Personne ne savait vraiment ce qui allait se passer. »

Sauf qu’aux États-Unis, début février, c’est encore la fiesta. À l’instar de son leader inconscient-mythomane, le pays est très loin d’imaginer la pandémie qui s’annonce. « À l’aéroport, j’étais folle. Les officiels ne savaient pas quoi faire, ils nous ont laissé passer sans rien demander à personne ! On ne nous a même pas demandé de nous mettre en quarantaine. » Précautionneux, le couple s’enferme tout de même quatorze jours dans une chambre d’hôtel, avant de rejoindre les beaux-parents dans une banlieue résidentielle de D.C.. « On me regardait bizarrement avec mon masque dans la rue. À la télé, on ne parlait même pas de ce qu’il se passait en Chine », me confie-t-elle, dépitée.

Avec un temps d’avance sur son continent, cela va bientôt faire deux mois et demi que Rita vit enfermée entre quatre murs. « Tu veux que je te dise le pire ? Tous les jours, je vois encore plein de gens passer dehors. On a même vu des gens pique-niquer à DC l’autre jour. » No comment.

Grégoire Bienvenu