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— FLEUR BLEUEᚏ JOUR 31

L’humain se retire

By 16 avril 2020 No Comments

Lorsqu’on on habite à Nantes, on pense bien souvent qu’il y a Nantes… Et la mer. Entre les deux, des routes, souvent embouchonnées (prenez-le dans le sens que vous voudrez) lorsque, justement, on revient de la mer.

Quand on quitte Nantes, pour se mettre au vert, après avoir durant tant d’années savouré l’urbain (dans les sens que vous voudrez), on découvre un drôle de monde, vêtu de collines, de vignobles, de serres et de marais.

Lorsqu’il pleut beaucoup, comme durant ces longs mois qui ont précédé le confinement tant redouté, les marais se gorgent d’eau, menacent les maisons qui les jalonnent de prendre la marée, défient les habitats suspendus à un fil d’ouvrir un jour leur porte sur une piscine géante et venteuse. La Loire se fait reine, la fière amie qu’on n’embête plus.

Et puis, un jour, l’humain se retire.

L’enfer étant devenu les autres, le paradis se fait animalier, plus proche de l’arche que de l’enfer. Et croyez-le bien, nos amis les insectes, gonflés d’envies, abreuvés de stocks inouïs et nourris de floraisons hâtives activées par des journées solaires qu’un air pur salue à nouveau chaque matin, se relèvent et s’ébrouent. S’en ressent le pare-brise de ma vieille bagnole, lors de rares sorties tardives.

C’est sale, c’est gras, saignant de rouge de vert de jaune. C’est inédit. Tout y passe. On a presque faim. On croit rêver tiens, encore.

Près de mes marais à moi, depuis quelques années se sont installées des cigognes. On leur avait facilité la tâche via la pause ci et là de structures hautes avec plateau, susceptibles d’accueillir les géants nids de broussailles. Un beau succès.

Ces grands échassiers se font plus nombreux qu’avant, comme les cygnes graciles, un peu plus bas. Ils chassent et pêchent des trucs qui mangent des plus petits machins choses.

Les cigognes embrassent les vents chauds et se lancent sur les hauteurs, sans effort, ravissant l’œil hagard de l’urbain reconverti. Leur envergure est telle qu’on se sent tout petit, ébahi, lorsqu’elles survolent les terres.

Le cigogneau, quant à lui, passe son temps sur le nid, à se faire renflouer de grenouilles ou d’oisillons, lesquels sont bien fat, cette année. Et les cigognes de voler à leur rescousse, dans une danse elliptique, pour se poser en douceur et leur coller un bec.

J’ai faim.

Elles vous remercient.

Jean-Christophe Baudouin